#8 Panorama licences 2016 2025 – Sport scolaire : il est le plus faible là où on en aurait le plus besoin

Hier c’était la journée du sport scolaire. L’occasion d’y consacrer un article. Les fédérations scolaires affilient l’équivalent de 28,4 % des élèves en France, de 13 % en Seine-Maritime à 71 % en Lozère. On pourrait attendre du sport scolaire qu’il compense la faiblesse de la pratique en club là où elle manque. C’est l’inverse : les départements où l’on se licencie le moins en club affilient 25,0 % de leurs élèves, ceux où l’on s’y licencie le plus, 39,3 %. Septième et dernier volet de l’analyse décennale des licences sportives.

Deux volets de cette série ont montré que le sport scolaire est la variable qui sépare le plus nettement les territoires dynamiques de ceux qui décrochent. Restait à en dresser la géographie complète, sur les 101 départements, et à poser la question que cette géographie appelle : le sport scolaire corrige-t-il les inégalités de pratique, ou les reproduit-il ? Toutes les données sont explorables dans le Panorama des licences sportives 2016-2025.

Une convention de lecture s’impose . Le taux d’affiliation scolaire rapporte les licences des fédérations scolaires et universitaires aux effectifs de l’Éducation nationale de la rentrée 2025. Ce n’est pas un taux de couverture individuelle : un élève licencié à la fois à l’USEP et à l’UNSS y compte deux fois. Il mesure l’intensité de l’affiliation scolaire dans un département, pas la part d’élèves concernés.

1. Une décennie de stabilité

Sur le champ constant, les licences des cinq fédérations scolaires et universitaires passent de 3 124 929 en 2016 à 3 179 199 en 2025, soit +1,7 %, quand le reste du sport fédéral progresse de 8,6 % (de 13 091 704 à 14 223 916). Leur part dans le total des licences recule de 19,3 % à 18,3 %. De 2016 à 2018, entre 427 000 et 478 000 licences scolaires par an ne sont affectées à aucun département dans le recensement, principalement à l’UGSEL (377 033 en 2016) et à l’USEP (96 207). Elles le sont intégralement à partir de 2019 ; les évolutions départementales du sport scolaire se lisent donc à partir de cette date. Cette stabilité nationale recouvre des situations sans commune mesure, et c’est le premier enseignement de ce volet : aucun autre indicateur de cette série ne varie autant d’un département à l’autre

2. Un rapport de un à cinq entre départements

Le taux d’affiliation scolaire dessine une France de l’Ouest et des campagnes intérieures, opposée à la vallée de la Seine, à la grande couronne francilienne et au littoral méditerranéen.

Le taux d’affiliation scolaire s’établit à 28,4 % en France, avec une médiane départementale de 28,6 % et un intervalle interquartile allant de 23,5 % à 35,9 %. Les extrêmes sont considérables : la Lozère atteint 71,4 %, la Corrèze 60,9 %, le Morbihan 60,8 %, la Mayenne 59,0 % et la Vendée 57,8 %. À l’autre bout, la Seine-Maritime est à 13,1 %, le Val-d’Oise à 13,2 %, le Var et la Seine-et-Marne à 14,7 %, la Seine-Saint-Denis à 16,0 %. Le rapport entre le premier et le dernier département métropolitain est de un à cinq et demi.

La géographie est nette. Les taux les plus élevés se concentrent dans l’Ouest — Bretagne, Pays de la Loire — et dans les départements ruraux du Massif central et du Sud-Ouest. Les plus faibles se trouvent dans la vallée de la Seine, la grande couronne francilienne et sur le littoral méditerranéen. C’est très exactement la géographie de la pratique licenciée décrite dans le deuxième volet de cette série.

3. Le sport scolaire n’égalise pas, il amplifie

Plus la pratique licenciée en club est forte dans un département, plus l’affiliation scolaire y est élevée.

C’est le résultat central de ce volet, et il est contre-intuitif. La corrélation entre le taux d’affiliation scolaire et le nombre de licences hors fédérations scolaires par habitant est de +0,41 sur les 101 départements, et de +0,33 sur la seule métropole. Le sport scolaire est le plus développé là où la pratique en club l’est déjà.

La démonstration par quartiles est plus parlante encore. En classant les départements métropolitains selon l’intensité de leur pratique licenciée hors sport scolaire, l’écart d’affiliation scolaire entre le quartile le moins pratiquant et le plus pratiquant atteint quatorze points.

Quartile de pratique licenciée hors sport scolaireLicences hors scolaires pour 100 hab.Élèves licenciés en fédération scolaireTaux UNSS des collégiens publics
Q1 — pratique la plus faible17,325,0 %43,5 %
Q220,625,9 %41,9 %
Q322,628,2 %46,1 %
Q4 — pratique la plus forte24,839,3 %48,5 %

Cette corrélation n’a rien de mécanique : les deux indicateurs ont des dénominateurs différents — les élèves d’un côté, les habitants de l’autre — et des numérateurs disjoints, puisque les licences scolaires sont exclues du second. Le taux UNSS, calculé sur le seul dénominateur exhaustif que sont les collégiens du public, confirme la pente : 43,5 % dans le premier quartile, 48,5 % dans le dernier.

Le sport scolaire est régulièrement présenté comme le filet de rattrapage des territoires où l’offre associative est faible. Les données décrivent le contraire : il se comporte comme un multiplicateur des différences de culture sportive locale. Là où les clubs sont nombreux et les familles familières de la licence, l’association sportive scolaire recrute ; là où ils manquent, elle recrute moins.

4. Dix ans de mouvements

Les licences scolaires n’étant intégralement affectées aux départements qu’à partir de 2019, les mouvements se mesurent sur 2019-2025. La Haute-Loire gagne 3,5 points de part scolaire, l’Eure-et-Loir 3,4, l’Yonne 3,3, l’Aube et les Alpes-Maritimes 3,0. À l’inverse, la Haute-Saône en perd 8,9, la Meuse 4,7, l’Ardèche et La Réunion 4,5, le Loir-et-Cher 4,4 et les Hautes-Alpes 4,3.

Le cas de la Haute-Saône referme la série. C’est le département dont les licences ont le plus décroché sur dix ans, à dix-sept points sous le rythme national, et c’est aussi celui dont la part du sport scolaire a le plus reculé depuis 2019. Les deux faits n’en font qu’un, et c’est ce que montrait la décomposition par famille du quatrième volet.

Les Hautes-Alpes illustrent le cas inverse et interdisent d’y voir une loi. Le département perd 4,3 points de part scolaire entre 2019 et 2025 tout en figurant parmi les dix plus dynamiques de France sur l’ensemble des licences : la pratique y a simplement basculé du champ scolaire vers les clubs. Le sport scolaire est un déterminant puissant du niveau départemental, pas une fatalité de sa trajectoire.

5. Ce que ces taux ne disent pas

Quatre réserves pèsent sur la lecture départementale du champ scolaire, et elles doivent accompagner tout usage de ces chiffres.

La première tient au rattachement. Les licences sont affectées au département de résidence du licencié, non à celui de son établissement. Là où les flux scolaires traversent une frontière départementale, le taux se déforme : rapporté aux collégiens du public de son territoire, le taux UNSS de la Corse-du-Sud atteint 103,4 %, la Haute-Loire 90,3 % et le Gers 89,1 %. Un taux supérieur à cent pour cent signale un défaut d’appariement, pas une performance. Ces indicateurs valent comme ordres de grandeur et pour le classement d’ensemble, non au point de pourcentage près.

La deuxième tient à l’UGSEL, dont la répartition départementale est très hétérogène alors que la fédération affilie l’essentiel des établissements catholiques. Une part de la variance départementale du champ scolaire relève de cette imputation plutôt que d’une réalité de terrain.

La troisième tient aux millésimes. Les licences du recensement 2025 correspondent à la saison 2024-2025, tandis que les effectifs retenus sont ceux de la rentrée 2025. Ce décalage d’une année n’affecte pas le classement des départements, dont la démographie scolaire varie lentement, mais il interdit de lire ces taux comme une mesure instantanée. La quatrième tient à l’historique. Jusqu’en 2018, une partie des licences scolaires n’est affectée à aucun département : 477 831 en 2016, dont 377 033 à l’UGSEL et 96 207 à l’USEP. Leur affectation à partir de 2019 gonfle les évolutions départementales mesurées depuis 2016 : les licences UGSEL affectées au département passent de 26 985 à 44 519 entre 2016 et 2019 en Vendée, de 30 007 à 50 023 en Maine-et-Loire et de 45 420 à 73 794 en Loire-Atlantique.

6. Ce qu’il faut en retenir

1. Le sport scolaire stagne. +1,7 % de licences sur la décennie contre +8,6 % pour le reste du sport fédéral ; sa part dans le total recule de 19,3 % à 18,3 %.

2. Sa géographie est la plus inégale de toute la série. De 13 % des élèves en Seine-Maritime à 71 % en Lozère, soit un rapport de un à cinq et demi entre départements métropolitains.

3. Il n’égalise pas les territoires, il les différencie davantage. Les départements du quartile le moins pratiquant affilient 25,0 % de leurs élèves, ceux du quartile le plus pratiquant 39,3 %.

4. Il est le plus faible là où la pratique en club l’est aussi. L’écart d’affiliation scolaire entre le quartile le moins pratiquant et le plus pratiquant atteint 14,3 points.

5. Les taux départementaux doivent être maniés avec précaution. Le rattachement à la résidence, l’imputation des licences UGSEL et l’absence d’affectation départementale d’une partie des licences jusqu’en 2018 en font des ordres de grandeur, pas des mesures fines.

Méthodologie. Sources : recensement des licences sportives annuelles, INJEP-MEDES / Ministère chargé des Sports, fichiers détaillés Lics_2016 à Lics_2025, champ constant de 109 fédérations dont cinq scolaires et universitaires (UNSS, USEP, UGSEL, Fédération française du sport universitaire, Fédération française des clubs universitaires) ; effectifs de la rentrée 2025 des écoles, collèges et lycées généraux et technologiques, bases de l’Éducation nationale reprises dans l’application SportData territoires, soit 11 111 277 élèves sur les 101 départements ; populations municipales légales INSEE.

Le taux d’affiliation scolaire rapporte les licences des cinq fédérations scolaires et universitaires aux effectifs scolaires du département. Les licences hors fédérations scolaires sont rapportées à la population municipale. Les corrélations sont calculées sur les 101 départements puis recalculées sur les 96 départements métropolitains ; les deux valeurs sont indiquées. Les quartiles de pratique sont construits sur les seuls départements métropolitains. Les effectifs des lycées professionnels ne figurent pas dans la base des lycées généraux et technologiques : le dénominateur est donc légèrement incomplet, de façon homogène entre départements.

Le détail par département, par région, par famille et par fédération est disponible dans le Panorama des licences sportives 2016-2025.

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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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