#4 Panorama licences sportives – Sport scolaire : la variable qui décide du décrochage territorial
Dans les dix départements qui perdent des licences sur dix ans, la totalité de la perte tient à une seule composante : le sport scolaire. Hors fédérations scolaires, ces territoires sont stables. Et le croisement avec les estimations de population de l’INSEE écarte l’explication démographique : la baisse du nombre de jeunes n’explique que cinq des trente-cinq points d’écart. Quatrième volet de l’analyse décennale des licences sportives.
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Le volet précédent a identifié dix départements qui ont perdu des licences en dix ans et vingt-six qui progressent à moins de la moitié du rythme national, et montré que leur décrochage s’accompagne d’un vieillissement de leurs licenciés. Reste à comprendre d’où vient l’écart. La décomposition par famille de fédérations est sans ambiguïté. Toutes les données sont explorables dans le Panorama des licences sportives 2016-2025.
Une convention de lecture s’impose . La part des licences non géolocalisées est passée de 5,2 % en 2016 à 0,9 % en 2025, ce qui gonfle mécaniquement toutes les évolutions départementales d’environ quatre points et demi. Les chiffres présentés ici sont donc systématiquement exprimés en écart au rythme national : un département à −10 points progresse dix points moins vite que la France, quel que soit le niveau absolu. C’est la seule lecture qui neutralise le biais.
1. Une seule famille sépare les territoires

Sur les sept familles retenues, le sport scolaire est de loin celle qui sépare le plus nettement les territoires dynamiques des territoires en recul.
Dans les dix départements en recul, le sport scolaire et universitaire progresse 35 points moins vite que la moyenne nationale : il y perd 14,6 % de ses licences quand il en gagne 20,2 % à l’échelle du pays. Dans les dix départements les plus dynamiques, il progresse au contraire de 30 points plus vite, à +49,8 %.
L’ordre de grandeur est décisif. Si l’on retire le sport scolaire du calcul, les dix départements en recul ne reculent plus : ils affichent +0,22 % de licences sur la décennie. Autrement dit, la totalité de leur perte est imputable à la composante scolaire. Le tissu associatif civil y stagne, mais il ne s’effondre pas.
| Champ | Les 10 départements en recul | France | Les 10 plus dynamiques |
| Toutes fédérations | −2,35 % | +12,25 % | +25,82 % |
| Hors fédérations scolaires | +0,22 % | +10,62 % | +19,84 % |
| Fédérations scolaires seules | −14,60 % | +20,16 % | +49,83 % |
2. La démographie n’explique qu’un septième de l’écart
Cette conclusion appelle une vérification. Les licences UNSS, USEP et UGSEL suivent d’abord le nombre d’élèves, qui dépend de la natalité locale et non de la politique sportive. Le croisement avec les effectifs de l’Éducation nationale de la rentrée 2025 va d’ailleurs dans ce sens : les dix départements en recul comptent 13,6 % d’élèves dans leur population contre 16,3 % en France, pour un taux d’affiliation presque identique à la moyenne nationale — 26,3 % contre 26,9 %. Mais ce constat porte sur un niveau, à une seule date. Il ne dit rien de l’évolution.
Les estimations de population de l’INSEE permettent de la mesurer. Sur dix ans, la population des 5-19 ans a reculé de 5,64 % dans les dix départements concernés, contre 0,37 % en France. L’écart démographique existe. Il est six fois plus faible que l’écart de licences.
Le rapprochement des deux séries est sans appel. À l’échelle nationale, le sport scolaire a gagné 20 % de licences avec une population scolarisable stable : il a donc gagné vingt points de taux d’affiliation en dix ans. Dans les dix départements en recul, ce taux a baissé de 9,5 %. Les trente-cinq points d’écart ne portent pas sur le nombre de jeunes, ils portent sur la proportion d’entre eux qui prennent une licence.
| Évolution 2016-2025 | Les 10 départements en recul | France | Les 10 plus dynamiques |
| Licences scolaires | −14,60 % | +20,16 % | +49,83 % |
| Population des 5-19 ans | −5,64 % | −0,37 % | +4,14 % |
| Taux d’affiliation scolaire | −9,50 % | +20,61 % | +43,88 % |
Le partage est net : sur les trente-cinq points d’écart au rythme national du champ scolaire, cinq points viennent de la démographie et trente du taux d’affiliation. Le nombre de jeunes joue, mais il joue peu. L’essentiel se décide ailleurs : dans le nombre d’associations sportives scolaires, l’encadrement disponible et le rattachement territorial des licences. La symétrie vaut pour les dix départements les plus dynamiques, où le taux d’affiliation progresse de vingt-trois points de plus que la moyenne nationale.
Trois contrôles confirment que la démographie ne commande pas. Les Hautes-Alpes enregistrent la cinquième plus forte baisse de population 5-19 ans du pays, −11,4 %, et comptent pourtant parmi les dix départements les plus dynamiques en licences. La Charente et le Finistère perdent la même proportion de jeunes — 4,3 % — pour des trajectoires de licences opposées. Enfin, les dix départements en recul ne sont pas les dix plus touchés démographiquement : ils s’échelonnent du huitième au quarante et unième rang national. La Meuse, l’Orne, les Vosges, la Somme, la Mayenne et la Manche perdent davantage de jeunes sans perdre de licences.
Une réserve pèse toutefois sur cette lecture. La répartition départementale des licences UGSEL est peu fiable : elle va de 0,9 % à 93,7 % des élèves du privé selon le département, pour une fédération qui en affilie 59,5 % au national et couvre l’essentiel des établissements catholiques. Il s’agit d’un problème de rattachement territorial des licences, non d’une variation de pratique. Une part de l’effet « taux d’affiliation » peut donc relever d’un artefact d’imputation plutôt que d’un retrait réel de l’offre. Les écarts départementaux du champ scolaire se lisent avec cette réserve.
3. Sports d’opposition et sports collectifs : deux trajectoires
Deux autres familles se distinguent nettement. Les sports d’opposition — tennis, judo, karaté, badminton — creusent un écart de 35 points entre les deux groupes, de −17 à +18. Les sports collectifs, à l’inverse, sont la famille la plus résiliente : ils progressent encore de 5,7 % dans les départements en recul. Là où tout baisse, le football, le basket et le handball tiennent.
4. Ce qu’il faut en retenir
1. Hors fédérations scolaires, les départements en recul ne reculent plus. Ils affichent +0,22 % de licences sur la décennie : c’est la composante scolaire, et elle seule, qui fait basculer leur bilan décennal.
2. Ce n’est pas la démographie. La baisse du nombre de jeunes n’explique que cinq des trente-cinq points d’écart. Le reste tient au taux d’affiliation scolaire, qui a gagné vingt points en France pendant qu’il en perdait dix dans ces territoires. Le sujet est l’organisation du sport à l’école, la courbe de natalité n’explique par tout
3. Sports d’opposition et sports collectifs : deux trajectoires
4. La lecture départementale du champ scolaire appelle une réserve. Le rattachement territorial des licences UGSEL est trop hétérogène pour exclure qu’une part de l’effet mesuré relève d’un artefact d’imputation plutôt que d’un retrait réel de l’offre.
Méthodologie. Source : recensement des licences sportives annuelles, INJEP-MEDES / Ministère chargé des Sports, fichiers détaillés Lics_2016 à Lics_2025. Champ constant : 109 fédérations présentes chacune des dix années. Population de référence : populations municipales légales 2023 (INSEE, diffusion Etalab), 68,35 millions d’habitants sur les 101 départements. Démographie : INSEE, estimations de population au 1er janvier par département, sexe et âge quinquennal, séries 1975-2025, millésimes 2016 et 2025 (résultats 2025 arrêtés fin 2024). Les âges moyens de population sont calculés sur les centres de classes quinquennales, la classe « 95 ans et plus » étant ramenée à 97,5 ans. Le taux d’affiliation scolaire est le rapport des licences des fédérations scolaires à la population des 5-19 ans ; son évolution est obtenue par décomposition multiplicative des licences en effectif et en taux.
Les licences sont rattachées au département de résidence du licencié. 0,9 % des licences de 2025 et 5,2 % de celles de 2016 ne sont pas géolocalisées, ce qui surestime uniformément les évolutions départementales d’environ 4,5 points : toutes les évolutions sont donc exprimées en écart au rythme national du champ localisé (+12,25 %). Les indicateurs d’âge et de sexe sont calculés sur les millésimes 2016 et 2025, sur les licences dont l’information est renseignée. Effectifs scolaires : rentrée 2025, bases de l’Éducation nationale (écoles, collèges, lycées généraux et technologiques) reprises dans l’application SportData territoires. Le para-sport est écarté de la décomposition par famille : ses effectifs départementaux sont trop faibles pour porter une évolution interprétable.
Le détail par département, par région, par famille et par fédération est disponible dans le Panorama des licences sportives 2016-2025.


