#5 Panorama licences sportives 2016 2025 – Sport scolaire : la variable qui décide du décrochage territorial

Dans les dix départements qui perdent des licences sur dix ans, la totalité de la perte tient à une seule composante : le sport scolaire. Hors fédérations scolaires, ces territoires sont stables. Le croisement avec les estimations de population de l’INSEE fait la part de la démographie : la baisse du nombre de jeunes explique cinq des seize points d’écart, le reste tient au taux d’affiliation. Quatrième volet de l’analyse décennale des licences sportives.

Le volet précédent a identifié dix départements qui ont perdu des licences en dix ans et vingt-six qui progressent à moins de la moitié du rythme national, et montré que leur décrochage s’accompagne d’un vieillissement de leurs licenciés. Reste à comprendre d’où vient l’écart. La décomposition par famille de fédérations est sans ambiguïté. Toutes les données sont explorables dans le Panorama des licences sportives 2016-2025.

Une convention de lecture s’impose . La part des licences non géolocalisées est passée de 5,2 % en 2016 à 0,9 % en 2025, ce qui gonfle mécaniquement toutes les évolutions départementales d’environ quatre points et demi. Les chiffres présentés ici sont donc systématiquement exprimés en écart au rythme national : un département à −10 points progresse dix points moins vite que la France, quel que soit le niveau absolu. C’est la seule lecture qui neutralise le biais.

1. Le sport scolaire en tête des écarts

Sur les sept familles retenues, le sport scolaire est celle qui s’écarte le plus du rythme national dans les dix départements en recul, devant les sports d’opposition.

Dans les dix départements en recul, le sport scolaire et universitaire perd 14,6 % de ses licences quand il en gagne 1,7 % à l’échelle du pays : il progresse 16 points moins vite que la moyenne nationale. Le recul se vérifie sur la période où toutes les licences scolaires sont affectées à un département : −12,0 % entre 2019 et 2025, contre −0,4 % en France. Pour les dix départements les plus dynamiques, l’évolution 2016-2025 du sport scolaire n’est pas mesurable : leurs licences UGSEL et USEP affectées passent de 158 051 en 2018 à 248 288 en 2019, sous l’effet de la réaffectation des licences non réparties. Sur 2019-2025, leur sport scolaire progresse de 8,1 %. L’ordre de grandeur est décisif. Si l’on retire le sport scolaire du calcul, les dix départements en recul ne reculent plus : ils affichent +0,22 % de licences sur la décennie. Autrement dit, la totalité de leur perte est imputable à la composante scolaire. Le tissu associatif civil y stagne, mais il ne s’effondre pas

ChampLes 10 départements en reculFranceLes 10 plus dynamiques
Toutes fédérations−2,35 %+7,32 %+25,82 %*
Hors fédérations scolaires+0,22 %+8,65 %+19,84 %
Fédérations scolaires seules−14,60 %+1,74 %n.m.*

* Évolutions gonflées ou non mesurables : ces départements reçoivent en 2019 une large part des licences scolaires non réparties jusqu’en 2018. Colonne France : ensemble des licences du champ constant, y compris non affectées à un département.

2. La démographie explique un tiers de l’écart

Cette conclusion appelle une vérification. Les licences UNSS, USEP et UGSEL suivent d’abord le nombre d’élèves, qui dépend de la natalité locale et non de la politique sportive. Le croisement avec les effectifs de l’Éducation nationale de la rentrée 2025 va d’ailleurs dans ce sens : les dix départements en recul comptent 13,6 % d’élèves dans leur population contre 16,3 % en France, pour un taux d’affiliation presque identique à la moyenne nationale — 26,3 % contre 26,9 %. Mais ce constat porte sur un niveau, à une seule date. Il ne dit rien de l’évolution.

Les estimations de population de l’INSEE permettent de la mesurer. Sur dix ans, la population des 5-19 ans a reculé de 5,64 % dans les dix départements concernés, contre 0,37 % en France. L’écart démographique existe. Il est trois fois plus faible que l’écart de licences.

Le rapprochement des deux séries est net. À l’échelle nationale, le sport scolaire a gagné 1,7 % de licences avec une population scolarisable quasi stable : son taux d’affiliation progresse de 2,1 %. Dans les dix départements en recul, ce taux a baissé de 9,5 %. L’écart porte davantage sur la proportion de jeunes qui prennent une licence que sur leur nombre.

Évolution 2016-2025Les 10 départements en reculFranceLes 10 plus dynamiques
Licences scolaires−14,60 %+1,74 %n.m.*
Population des 5-19 ans−5,64 %−0,37 %+4,14 %
Taux d’affiliation scolaire−9,50 %+2,12 %n.m.*

* Non mesurable sur 2016-2025 : réaffectation en 2019 des licences scolaires non réparties.

Le partage est le suivant : sur les seize points d’écart au rythme national du champ scolaire, 5,3 points viennent de la démographie et 11,6 du taux d’affiliation (l’effet croisé ramène le total à 16,3). Le nombre de jeunes pèse pour un tiers ; l’essentiel tient au taux d’affiliation, qui dépend du nombre d’associations sportives scolaires, de l’encadrement disponible et du rattachement territorial des licences. Pour les dix départements les plus dynamiques, le calcul n’est pas possible sur 2016-2025, en raison de la réaffectation des licences scolaires en 2019.

Trois contrôles confirment que la démographie ne commande pas à elle seule. Les Hautes-Alpes enregistrent la cinquième plus forte baisse de population 5-19 ans du pays, −11,4 %, et comptent pourtant parmi les dix départements les plus dynamiques en licences. La Charente et le Finistère perdent la même proportion de jeunes — 4,3 % — pour des trajectoires de licences opposées. Enfin, les dix départements en recul ne sont pas les dix plus touchés démographiquement : ils s’échelonnent du huitième au quarante et unième rang national. La Meuse, l’Orne, les Vosges, la Somme, la Mayenne et la Manche perdent davantage de jeunes sans perdre de licences.

Une réserve pèse toutefois sur cette lecture. La répartition départementale des licences UGSEL est peu fiable : elle va de 0,9 % à 93,7 % des élèves du privé selon le département, pour une fédération qui en affilie 59,5 % au national et couvre l’essentiel des établissements catholiques. Il s’agit d’un problème de rattachement territorial des licences, non d’une variation de pratique. Une part de l’effet « taux d’affiliation » peut donc relever d’un artefact d’imputation plutôt que d’un retrait réel de l’offre. Les écarts départementaux du champ scolaire se lisent avec cette réserve.

Une seconde réserve tient à l’historique. Jusqu’en 2018, une partie des licences scolaires n’est affectée à aucun département : 477 831 en 2016, dont 377 033 à l’UGSEL et 96 207 à l’USEP. À partir de 2019, elles sont affectées aux départements : en Vendée, par exemple, les licences UGSEL affectées passent de 26 985 en 2016 à 44 519 en 2019. Les dix départements en recul en reçoivent peu : leurs licences UGSEL et USEP affectées passent de 52 930 en 2018 à 50 350 en 2019. Leur recul scolaire n’est donc pas un artefact ; en revanche, le rythme national du champ scolaire ne peut pas être calculé sur les seules licences affectées, qui affichent +20,2 % sur la décennie au lieu de +1,7 %.

3. Sports d’opposition et sports collectifs : deux trajectoires

Deux autres familles se distinguent nettement. Les sports d’opposition — tennis, judo, karaté, badminton — creusent un écart de 35 points entre les deux groupes, de −14 à +21. Les sports collectifs, à l’inverse, sont la famille la plus résiliente : ils progressent encore de 5,7 % dans les départements en recul. Là où tout baisse, le football, le basket et le handball tiennent.

4. Ce qu’il faut en retenir

1. Hors fédérations scolaires, les départements en recul ne reculent plus. Ils affichent +0,22 % de licences sur la décennie : c’est la composante scolaire, et elle seule, qui fait basculer leur bilan décennal.

2. La démographie n’explique qu’un tiers de l’écart. La baisse du nombre de jeunes explique cinq des seize points d’écart. Le reste tient au taux d’affiliation scolaire, qui progresse de 2,1 % en France quand il recule de 9,5 % dans ces territoires.

3. Sports d’opposition et sports collectifs : deux trajectoires. Les sports d’opposition creusent un écart de 35 points entre les deux groupes ; les sports collectifs progressent encore de 5,7 % dans les départements en recul. 4. La lecture départementale du champ scolaire appelle deux réserves. Le rattachement territorial des licences UGSEL est trop hétérogène pour exclure qu’une part de l’effet mesuré relève d’un artefact d’imputation, et une partie des licences scolaires n’est affectée à aucun département jusqu’en 2018.

Méthodologie. Source : recensement des licences sportives annuelles, INJEP-MEDES / Ministère chargé des Sports, fichiers détaillés Lics_2016 à Lics_2025. Champ constant : 109 fédérations présentes chacune des dix années. Population de référence : populations municipales légales 2023 (INSEE, diffusion Etalab), 68,35 millions d’habitants sur les 101 départements. Démographie : INSEE, estimations de population au 1er janvier par département, sexe et âge quinquennal, séries 1975-2025, millésimes 2016 et 2025 (résultats 2025 arrêtés fin 2024). Les âges moyens de population sont calculés sur les centres de classes quinquennales, la classe « 95 ans et plus » étant ramenée à 97,5 ans. Le taux d’affiliation scolaire est le rapport des licences des fédérations scolaires à la population des 5-19 ans ; son évolution est obtenue par décomposition multiplicative des licences en effectif et en taux.

Les licences sont rattachées au département de résidence du licencié. 0,9 % des licences de 2025 et 5,2 % de celles de 2016 ne sont pas géolocalisées, ce qui surestime uniformément les évolutions départementales d’environ 4,5 points : toutes les évolutions sont donc exprimées en écart au rythme national du champ localisé (+12,25 %). Les indicateurs d’âge et de sexe sont calculés sur les millésimes 2016 et 2025, sur les licences dont l’information est renseignée. Effectifs scolaires : rentrée 2025, bases de l’Éducation nationale (écoles, collèges, lycées généraux et technologiques) reprises dans l’application SportData territoires. Le para-sport est écarté de la décomposition par famille : ses effectifs départementaux sont trop faibles pour porter une évolution interprétable.

Le détail par département, par région, par famille et par fédération est disponible dans le Panorama des licences sportives 2016-2025.

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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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