Panorama licences sportives : dix départements où le sport recule, et ce qu’ils ont en commun
Sur dix ans, dix départements français ont perdu des licences en valeur absolue. Ils forment une diagonale presque continue, des Ardennes à la Charente. Ils ont un point commun qui n’est pas seulement leur ruralité : leurs licenciés vieillissent plus vite qu’ailleurs, et la corrélation entre décrochage et vieillissement atteint −0,40. Troisième volet de l’analyse décennale des licences sportives.
Le volet précédent a montré où l’on pratique et combien les écarts se sont creusés. Celui-ci change de question : quels territoires ont décroché, lesquels ont rattrapé, et qu’est-ce qui distingue les uns des autres ? Toutes les données sont explorables dans le Panorama des licences sportives 2016-2025.
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Une convention de lecture s’impose d’emblée. La part des licences non géolocalisées est passée de 5,2 % en 2016 à 0,9 % en 2025, ce qui gonfle mécaniquement toutes les évolutions départementales d’environ quatre points et demi. Les chiffres présentés ici sont donc systématiquement exprimés en écart au rythme national : un département à −10 points progresse dix points moins vite que la France, quel que soit le niveau absolu. C’est la seule lecture qui neutralise le biais.
1. Une diagonale à contre-courant

Les départements en rouge progressent moins vite que la moyenne nationale, ceux en bleu plus vite. Les cercles cerclés de noir ont perdu des licences en valeur absolue.
Dix départements comptent moins de licences en 2025 qu’en 2016 : Deux-Sèvres, Charente, Haute-Saône, Nièvre, Ardennes, Haute-Marne, Allier, Cher, Creuse et Indre. Reportés sur une carte, ils dessinent une bande presque continue qui court des Ardennes à la Charente en passant par le centre du pays — le tracé de ce que les géographes appellent depuis quarante ans la diagonale du vide.
| Département | Licences 2016 | Licences 2025 | Solde | Écart au rythme national |
| Deux-Sèvres | 103 447 | 99 973 | −3 474 | −15,6 pts |
| Charente | 86 432 | 83 221 | −3 211 | −16,0 pts |
| Haute-Saône | 53 930 | 51 335 | −2 595 | −17,1 pts |
| Nièvre | 47 829 | 46 179 | −1 650 | −15,7 pts |
| Ardennes | 56 695 | 55 289 | −1 406 | −14,7 pts |
| Haute-Marne | 41 126 | 39 938 | −1 188 | −15,1 pts |
| Allier | 84 265 | 83 824 | −441 | −12,8 pts |
| Cher | 72 714 | 72 370 | −344 | −12,7 pts |
| Creuse | 29 937 | 29 693 | −244 | −13,1 pts |
| Indre | 52 331 | 52 132 | −199 | −12,6 pts |
Ces dix départements réunissent 2,56 millions d’habitants — 3,7 % de la population — et 614 000 licences. Leur poids national est modeste, mais ils ne sont pas des cas isolés : vingt-six départements, soit 10,7 millions d’habitants et 15,7 % du pays, progressent à moins de la moitié du rythme national. Aux dix précédents s’ajoutent notamment les Vosges, le Haut-Rhin, la Vienne, la Meuse, l’Orne, le Loir-et-Cher, la Loire, le Jura, la Meurthe-et-Moselle, l’Yonne, le Bas-Rhin, le Cantal et l’Aisne. Le décrochage n’est pas une affaire de dix départements ruraux : il concerne un sixième du pays et une bonne partie du quart nord-est.
À l’autre extrémité, les dix départements les plus dynamiques sont Mayotte, la Haute-Corse, la Guyane, la Corse-du-Sud, l’Ille-et-Vilaine, la Vendée, les Pyrénées-Orientales, le Finistère, le Morbihan et les Hautes-Alpes. Deux logiques s’y superposent : un rattrapage des territoires ultramarins et corses, qui partaient de très bas, et une accélération de l’arc atlantique, qui partait déjà très haut. Seule la seconde creuse les écarts.
2. Décrocher et vieillir vont ensemble
Le croisement de la dynamique et de la démographie fait apparaître une relation nette.

Plus un département décroche, plus l’âge moyen de ses licenciés s’élève. La corrélation atteint −0,40, un niveau élevé pour une donnée territoriale.
Soixante-seize départements sur cent un ont vu l’âge moyen de leurs licenciés augmenter, de 0,46 an en médiane. Mais cette moyenne recouvre des situations opposées, et elles ne sont pas distribuées au hasard : la corrélation entre le dynamisme d’un territoire et son vieillissement atteint −0,40.
La Haute-Saône cumule les deux records : le plus fort décrochage du pays, à −17,1 points, et le plus fort vieillissement, à +3,27 ans. Viennent ensuite les Deux-Sèvres (−15,6 points, +1,94 an) et la Charente (−16,0 points, +1,88 an). À l’inverse, l’Ille-et-Vilaine progresse de 15,2 points au-dessus de la moyenne en rajeunissant de 0,33 an, le Maine-et-Loire de 8,6 points en rajeunissant de 0,26 an.
Cette relation est le résultat le plus important de ce volet. Elle signifie que le décrochage territorial n’est pas seulement quantitatif : les départements qui perdent des licences perdent d’abord des licenciés jeunes. Ce n’est pas un tassement uniforme, c’est un défaut de renouvellement à la base. Un club qui perd 5 % de ses adhérents en conservant sa pyramide des âges a un problème conjoncturel ; un club qui perd 5 % de ses adhérents en prenant deux ans d’âge moyen a un problème structurel.
Trois grands départements font exception dans l’autre sens. Paris, le Nord et le Rhône rajeunissent nettement — Paris de 1,05 an, le Nord de 0,64 an — tout en restant proches ou en deçà du rythme national. Ils ne recrutent pas plus, mais ils recrutent plus jeune : une dynamique métropolitaine distincte du modèle atlantique.
Une précision de lecture s’impose. Il s’agit ici de la pyramide des âges des licenciés, non de celle des habitants. Les deux ne se recouvrent pas. La population française vieillit partout : son âge moyen gagne 1,65 an entre 2016 et 2025, et il en gagne autant ou davantage dans plusieurs des départements les plus dynamiques — +2,39 ans dans le Morbihan, +3,10 ans dans les Hautes-Alpes. Le vieillissement des licenciés ne reflète donc pas celui des résidents. C’est un fait sportif, pas un fait démographique.
3. Ce qu’il faut en retenir
1. Le décrochage territorial existe, il est localisé et il est cohérent. Dix départements perdent des licences, vingt-six progressent à moins de la moitié du rythme national, et ils dessinent une géographie continue plutôt qu’une collection de cas particuliers.
2. Décrochage et vieillissement vont de pair. La corrélation de −0,40 entre dynamique et variation de l’âge moyen indique que les territoires qui perdent des licences perdent d’abord leur base juvénile. Le diagnostic pertinent n’est pas le volume mais le flux d’entrée.
3. Le vieillissement des licenciés n’est pas celui des habitants. La population française vieillit partout, y compris dans plusieurs des départements les plus dynamiques. Ce que mesure cet écart est un fait sportif, pas un fait démographique.
Reste à savoir d’où vient l’écart. La décomposition par famille de fédérations désigne une seule composante — le sport scolaire — et fait l’objet du volet suivant.
Méthodologie. Source : recensement des licences sportives annuelles, INJEP-MEDES / Ministère chargé des Sports, fichiers détaillés Lics_2016 à Lics_2025. Champ constant : 109 fédérations présentes chacune des dix années. Population de référence : populations municipales légales 2023 (INSEE, diffusion Etalab), 68,35 millions d’habitants sur les 101 départements. Démographie : INSEE, estimations de population au 1er janvier par département, sexe et âge quinquennal, séries 1975-2025, millésimes 2016 et 2025 (résultats 2025 arrêtés fin 2024). Les âges moyens de population sont calculés sur les centres de classes quinquennales, la classe « 95 ans et plus » étant ramenée à 97,5 ans.
Les licences sont rattachées au département de résidence du licencié. 0,9 % des licences de 2025 et 5,2 % de celles de 2016 ne sont pas géolocalisées, ce qui surestime uniformément les évolutions départementales d’environ 4,5 points : toutes les évolutions sont donc exprimées en écart au rythme national du champ localisé (+12,25 %). Les indicateurs d’âge et de sexe sont calculés sur les millésimes 2016 et 2025, sur les licences dont l’information est renseignée.
Le détail par département, par région, par famille et par fédération est disponible dans le Panorama des licences sportives 2016-2025.


