# 6 Panorama Licences sportives 2016 2025 – la féminisation s’arrête à 45 ans
La part des femmes parmi les licenciés progresse dans 90 départements sur 101 et dans presque toutes les tranches d’âge. Une seule fait exception, et elle est large : de 45 à 64 ans, les femmes passent de 39,5 % à 36,6 % des licenciés en dix ans. Ce n’est pas un désengagement — leurs licences ne baissent presque pas. C’est le déplacement des licences vers des fédérations qui comptent peu de femmes à cet âge. Cinquième volet de l’analyse décennale des licences sportives.
Les volets précédents ont décrit un sport français qui se creuse par le milieu, des territoires qui décrochent et une composante scolaire qui les sépare. Un indicateur semblait échapper à ces lignes de fracture : la féminisation progresse dans 90 départements sur 101, y compris là où le nombre total de licences recule. Lue par âge, la conclusion s’inverse. Toutes les données sont explorables dans le Panorama des licences sportives 2016-2025.
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Une convention de lecture s’impose . Tous les chiffres de ce volet portent sur les 109 fédérations à champ constant, hors fédérations scolaires et universitaires : leurs licences, attribuées à l’échelle d’une classe ou d’un établissement, écrasent toute lecture par sexe et par âge. Le champ retenu compte 12,98 millions de licences en 2016 et 14,21 millions en 2025. La part des femmes y passe de 36,18 % à 37,29 %, soit +1,11 point sur la décennie.
1. Une progression qui s’interrompt au milieu de la vie

Les deux courbes se superposent presque partout, sauf entre 45 et 64 ans, où celle de 2025 passe nettement sous celle de 2016.
La part des femmes progresse dans quatorze des dix-sept tranches quinquennales. Elle gagne 2,25 points chez les 5-9 ans, 3,09 points chez les 25-29 ans, 3,11 points chez les 70-74 ans. Puis elle s’inverse : −1,27 point chez les 45-49 ans, −3,81 chez les 50-54, −3,78 chez les 55-59, −2,87 chez les 60-64. Le mouvement reprend ensuite à 65 ans.
| Groupe d’âge | Part des femmes 2016 | Part des femmes 2025 | Écart |
| 0-19 ans | 36,63 % | 38,49 % | +1,86 pt |
| 20-44 ans | 30,66 % | 31,93 % | +1,27 pt |
| 45-64 ans | 39,45 % | 36,61 % | −2,84 pt |
| 65 ans et plus | 44,70 % | 46,18 % | +1,48 pt |
Le creux n’est pas un artefact de petits effectifs. La tranche 45-64 ans pèse 2,51 millions de licences en 2025, soit 17,6 % du champ. Sur la décennie, elle gagne 123 000 licences — mais la totalité de ce gain est masculine : les licences féminines y reculent de 22 593 unités (−2,4 %) quand les masculines progressent de 145 670 (+10,1 %).
Le phénomène est national. La part des femmes chez les 45-64 ans recule dans 93 départements sur 101, de 2,65 points en médiane. C’est l’exact miroir de la féminisation d’ensemble, qui progresse dans 90 départements sur 101. Les deux mouvements coexistent dans les mêmes territoires, à des âges différents.
2. Les femmes n’ont pas quitté le sport, elles ont quitté certaines fédérations

La variation de la part des femmes se décompose en un effet interne aux fédérations et un effet de la structure des licences entre fédérations.
La part des femmes dans une classe d’âge dépend de deux choses : de la féminisation de chaque fédération, et du poids relatif de ces fédérations. Une décomposition simple sépare les deux. Le résultat est sans ambiguïté.
À structure inchangée, la part des femmes chez les 45-64 ans aurait progressé de 0,57 point : prises une à une, les fédérations ne se sont pas masculinisées à cet âge, elles se sont légèrement féminisées. C’est le déplacement des licences d’une fédération à l’autre qui retire 3,87 points. L’effet croisé ajoute 0,46 point. Le solde fait les −2,84 points observés.
Trois fédérations très féminines expliquent à elles seules la moitié de l’effet de structure : la Fédération française d’éducation physique et de gymnastique volontaire (−1,10 point de contribution), Sports pour tous (−0,58) et la Randonnée pédestre (−0,55). Toutes trois comptent plus de 68 % de femmes chez les 45-64 ans et toutes trois y perdent des licences.
À l’inverse, les fédérations qui gagnent le plus de licences dans cette tranche en comptent peu : le tir passe de 78 294 à 119 108 licences de 45 à 64 ans avec 11 % de femmes, le rugby de 23 787 à 49 003 avec 14 %, le tennis de 172 185 à 241 584 avec 28 %. Sur cette tranche d’âge, les six plus fortes hausses masculines de la décennie sont le tennis (+53 418), le tir (+34 472), le rugby (+20 510), le tennis de table (+13 143), le badminton (+11 842) et le football (+11 115).
3. Une cohorte qui a vieilli, pas une génération qui a décroché

Les sept fédérations omnisports et de sport-santé perdent chez les 45-64 ans à peu près ce qu’elles gagnent chez les 65 ans et plus.
Reste à comprendre pourquoi ces fédérations perdent leurs licenciées de 45 à 64 ans. La réponse tient en une seule opération. Sur les sept grandes fédérations omnisports et de sport-santé — EPGV, Sports pour tous, Randonnée pédestre, Retraite sportive, FSGT, FSCF et UFOLEP — les licences féminines de 45 à 64 ans passent de 435 079 à 310 950, soit 124 129 de moins. Sur la même période, leurs licenciées de 65 ans et plus passent de 322 927 à 435 562, soit 112 635 de plus.
Ces femmes n’ont pas arrêté le sport : elles ont changé de tranche d’âge. La gymnastique volontaire compte 49 726 licenciées de plus après 65 ans qu’en 2016, la randonnée 34 504 de plus. Ce que mesure le recul de la part des femmes chez les 45-64 ans, c’est le vieillissement d’une cohorte féminine que le sport-santé avait fidélisée dans les années 2000.
Le problème n’est donc pas un départ, c’est une relève. Dans les autres fédérations, les licences féminines de 45 à 64 ans progressent bien — de 518 408 à 610 136, soit +17,7 % — mais les masculines progressent davantage en volume : +168 471 contre +91 728. Les femmes qui entrent aujourd’hui dans la cinquantaine ne se licencient plus dans les fédérations qui accueillaient leurs aînées, et celles qui les accueillent recrutent d’abord des hommes.
C’est un angle mort des politiques de féminisation, qui se concentrent presque toutes sur l’accès des filles à la pratique et sur les instances dirigeantes. La tranche 45-64 ans est celle où la pratique féminine encadrée était historiquement la plus forte : elle atteignait 39,5 % des licenciés en 2016, contre 30,7 % chez les 20-44 ans. Elle est aussi celle où le sport-santé a le plus d’effets démontrés.
4. Ce que les fédérations font, chacune de leur côté
Prise fédération par fédération, la décennie est nettement féminisante. Sur les fédérations de plus de 30 000 licences, les progressions les plus fortes sont le taekwondo, l’aviron, le tir à l’arc, le rugby, l’escrime et le judo. Le rugby double presque sa part féminine, de 6,8 % à 14,0 %, en gagnant 91 148 licences.
| Fédération | Part des femmes 2016 | Part des femmes 2025 | Écart |
| Taekwondo | 33,9 % | 44,6 % | +10,7 pts |
| Aviron | 38,6 % | 47,4 % | +8,9 pts |
| Tir à l’arc | 28,2 % | 36,4 % | +8,2 pts |
| Rugby | 6,8 % | 14,0 % | +7,2 pts |
| Escrime | 27,7 % | 34,8 % | +7,2 pts |
| Judo | 27,7 % | 34,5 % | +6,8 pts |
| Golf | 27,7 % | 26,2 % | −1,6 pt |
| Boxe | 24,7 % | 22,7 % | −2,0 pts |
| Sport adapté | 33,5 % | 31,0 % | −2,4 pts |
| Sports pour tous | 86,9 % | 83,2 % | −3,7 pts |
| FSGT | 47,2 % | 33,6 % | −13,6 pts |
Les mouvements inverses sont rares et s’expliquent. La Fédération sportive et gymnique du travail perd 13,6 points de part féminine, mais elle a perdu un quart de ses licences sur la décennie — 206 804 en 2016, 151 697 en 2025 : c’est d’abord la contraction d’une fédération, pas un retournement de sa pratique. Le golf et la boxe se masculinisent légèrement en croissant.
Ce constat conforte la lecture du volet précédent. Le mouvement de féminisation est bien général au niveau des clubs et des fédérations. Ce qui se joue chez les 45-64 ans ne se voit ni dans les statistiques fédérales prises séparément, ni dans les moyennes départementales : il n’apparaît qu’au croisement de l’âge et de la fédération.
5. Ce qu’il faut en retenir
1. La féminisation du sport français est réelle mais partielle. Elle gagne 1,11 point sur la décennie, progresse dans 90 départements sur 101 et dans quatorze tranches d’âge sur dix-sept.
2. Elle s’interrompt entre 45 et 64 ans. La part des femmes y recule de 2,84 points, et de 3,81 points chez les seules 50-54 ans. C’est la seule classe d’âge du sport français où les femmes perdent du terrain.
3. Ce n’est pas un fait de comportement, c’est un fait de structure. À composition de fédérations inchangée, la part des femmes aurait progressé de 0,57 point à cet âge. Les 3,87 points perdus viennent du déplacement des licences vers des fédérations peu féminines.
4. Une cohorte a vieilli sans être remplacée. Les sept grandes fédérations omnisports et de sport-santé perdent 124 129 licenciées de 45 à 64 ans et en gagnent 112 635 après 65 ans. Le sport-santé féminin du milieu de vie n’a pas trouvé sa succession.
5. Le phénomène est invisible à la maille habituelle. Ni les moyennes départementales, ni les bilans fédéraux ne le font apparaître. Il ne se lit qu’en croisant l’âge et la fédération — ce que permettent les fichiers détaillés du recensement.
Méthodologie. Source : recensement des licences sportives annuelles, INJEP-MEDES / Ministère chargé des Sports, fichiers détaillés Lics_2016 à Lics_2025. Champ constant : 109 fédérations présentes chacune des dix années. Sauf mention contraire, les cinq fédérations scolaires et universitaires (UNSS, USEP, UGSEL, Sport universitaire, Clubs universitaires) sont exclues : leurs licences, attribuées à l’échelle d’une classe ou d’un établissement, ne renseignent pas une pratique choisie et déforment la structure par sexe et par âge. Le champ retenu compte 12 984 470 licences en 2016 et 14 213 590 en 2025.
Les licences dont le sexe ou l’âge n’est pas renseigné sont écartées. Sur le champ retenu, elles représentent 0,27 % du total en 2016 et disparaissent à partir de 2020 : l’effet sur les comparaisons décennales est négligeable, à la différence du champ scolaire où la non-réponse de 2016 était massive. La décomposition de la variation de la part des femmes suit la méthode classique effet interne / effet de structure / effet croisé, appliquée aux 109 fédérations du champ constant. Les indicateurs départementaux portent sur les 101 départements et sur l’ensemble des fédérations, sauf mention contraire.
Le détail par département, par région, par famille et par fédération est disponible dans le Panorama des licences sportives 2016-2025.


