# 7 Panorama licences sportives 2016 2025 : les territoires qui décrochent ne manquent pas d’équipements
Les dix départements qui ont perdu des licences en dix ans comptent 72 équipements sportifs pour 10 000 habitants, contre 48,9 en France — 5 925 de plus que s’ils étaient au taux national. Ils ont aussi plus de clubs. Et la densité d’équipements n’explique rien de leur trajectoire : en métropole, elle rend compte de 0,4 % des écarts de dynamique entre départements. Ce qui manque à ces territoires n’est pas du béton. Septième volet de l’analyse décennale des licences sportives.
Le volet consacré aux dynamiques départementales a identifié dix départements en recul et montré que le sport scolaire y faisait l’essentiel de la différence. Une question restait ouverte, et c’est la première que pose un élu devant ces chiffres : ces territoires sont-ils sous-équipés ? Le croisement du recensement des licences et du recensement des équipements sportifs permet d’y répondre. Toutes les données sont explorables dans le Panorama des licences sportives 2016-2025.
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Une convention de lecture s’impose . La dynamique départementale est mesurée en écart au rythme national du champ localisé : un département à −10 points progresse dix points moins vite que la moyenne française sur la décennie. Les densités d’équipements et de clubs sont rapportées aux populations municipales légales.
1. Un excédent d’équipements, pas un déficit
Le résultat est net et va à l’encontre de l’intuition. Les dix départements qui perdent des licences comptent 72,0 équipements sportifs pour 10 000 habitants, contre 48,9 en France : ils en comptent 18 490 quand le taux national leur en donnerait 12 564. L’excédent atteint 5 925 équipements. Le tissu associatif suit la même logique : 29,0 clubs pour 10 000 habitants contre 21,3 au national.
| Département | Équipements pour 10 000 hab. | Clubs pour 10 000 hab. | Licences par équipement |
| Indre | 111,3 | 34,7 | 21,6 |
| Creuse | 98,4 | 42,8 | 26,1 |
| Haute-Saône | 82,7 | 22,7 | 26,5 |
| Haute-Marne | 78,2 | 26,3 | 29,8 |
| Allier | 73,2 | 30,9 | 34,2 |
| Cher | 72,6 | 27,5 | 33,3 |
| Deux-Sèvres | 65,9 | 28,8 | 40,5 |
| Ardennes | 64,1 | 23,2 | 32,1 |
| Nièvre | 54,6 | 32,1 | 41,8 |
| Charente | 49,6 | 28,6 | 47,9 |
| France | 48,9 | 21,3 | 52,1 |
L’Indre est le sixième département le mieux doté de France, la Creuse le neuvième, la Haute-Saône le seizième. Seules la Charente et la Nièvre se situent près de la moyenne nationale. Aucun des dix n’est sous-équipé.
2. Une dispersion rurale qu’il faut d’abord neutraliser
Une objection s’impose : la densité d’équipements rapportée à la population est mécaniquement plus élevée dans les territoires peu peuplés, où chaque petite commune entretient son terrain, sa salle et son boulodrome. La corrélation entre densité d’équipements et part de population rurale atteint +0,63 sur les 101 départements. Les dix départements en recul comptent 64,4 % de population rurale, contre 32,6 % en France.
L’objection est fondée, mais elle ne suffit pas. Les dix départements les plus dynamiques comptent eux aussi 47,8 % de population rurale et 58,9 équipements pour 10 000 habitants — soit 20 % de plus que la moyenne nationale — tout en progressant nettement plus vite. La ruralité explique une partie de l’excédent d’équipements ; elle n’explique pas la trajectoire des licences.
3. Regardé sur les 101 départements, le lien n’existe pas

Le nuage est plat : la densité d’équipements ne prédit pas la dynamique décennale des licences.
La corrélation entre densité d’équipements et écart au rythme national est de −0,12 sur les 101 départements et de −0,06 sur la seule métropole. Autrement dit : la densité d’équipements rend compte de 0,4 % des écarts de dynamique entre départements métropolitains. En ajoutant l’âge du parc, les travaux déclarés et la part de population rurale, l’ensemble des variables d’équipement en explique 5,9 %.
Les cas extrêmes disent la même chose. Les Hautes-Alpes, département le mieux doté de France avec 265 équipements pour 10 000 habitants, figurent parmi les dix plus dynamiques. La Lozère, deuxième mieux dotée avec 190, se situe à trois points sous le rythme national. L’Indre, sixième avec 111, en est à treize points en dessous. Le même niveau d’équipement produit toutes les trajectoires.
4. L’âge du parc ne dit rien non plus
L’hypothèse suivante est celle de la vétusté : le parc des territoires en recul serait plus ancien. Les données du recensement des équipements semblent d’abord la confirmer. Sur les 101 départements, la part d’équipements mis en service avant 1985 corrèle à −0,25 avec la dynamique des licences, et la part mise en service depuis 2005 à +0,38. La lecture serait tentante.
Elle serait fausse. Sur la seule France métropolitaine, ces deux corrélations tombent à −0,01 et +0,01. Elles ne tenaient qu’aux départements d’outre-mer, où le parc est récent et la démographie très dynamique : la relation observée était celle de la construction avec la croissance de la population, pas avec la vitalité sportive. En métropole, l’âge du parc n’a aucun pouvoir explicatif sur la trajectoire des licences.
Une réserve pèse en outre sur cette famille d’indicateurs. La date de mise en service est renseignée pour 88,8 % des équipements, mais la date de travaux pour 22 % seulement : cette dernière variable ne mesure que les travaux déclarés, et son absence ne signifie pas qu’aucun travail n’a été réalisé. Elle ne permet aucune conclusion sur l’état réel du parc.
5. Ce qui varie, c’est « le remplissage«

Le rapport des licences au parc et au tissu associatif sépare nettement les territoires, là où leur densité ne le fait pas.
Le seul indicateur d’équipement qui distingue clairement les deux groupes est le nombre de licences par équipement. Il s’établit à 33,2 dans les dix départements en recul, contre 52,1 en France et 51,6 dans les dix plus dynamiques. Par club, l’écart est du même ordre : 82,5 licences contre 119,5 au national.
Cet indicateur doit être lu pour ce qu’il est : une description du décrochage plutôt qu’une explication indépendante, puisque les licences figurent des deux côtés du raisonnement. Il dit néanmoins ce que produit concrètement le recul de la pratique licenciée : un parc et un tissu associatif dimensionnés pour une population de pratiquants qui n’est plus là, donc un coût fixe par licencié nettement plus élevé. C’est le vrai sujet financier de ces territoires, et il ne se règle pas en construisant.
6. Une seule famille d’équipements manque vraiment

Sur seize familles d’équipements, une seule est sous-représentée dans les territoires en recul.
La décomposition par famille d’équipements affine le diagnostic. Les dix départements en recul comptent 89 % de boulodromes de plus que la moyenne nationale rapportée à la population, 86 % de terrains de grands jeux, 75 % de pas de tir, 70 % de salles non spécialisées et 68 % d’équipements de sports de nature. Même les bassins de natation y sont 25 % plus nombreux, et les salles multisports 33 %.
Une seule famille fait exception, et elle est la plus jeune : les équipements d’activités de forme et de santé, en déficit de 12 %. L’excédent porte sur les équipements des pratiques historiques, le déficit sur ceux des pratiques qui progressent. Le volet précédent avait montré que la seule classe d’âge où les femmes reculent est celle de 45 à 64 ans, et que ce recul suit l’affaissement des fédérations de sport-santé. Les deux constats se rejoignent : ce qui manque à ces territoires n’est pas de l’équipement sportif en général, c’est l’équipement de la pratique d’aujourd’hui.
7. Ce qu’il faut en retenir
1. Les territoires qui décrochent sont mieux équipés que la moyenne. Ils comptent 72,0 équipements pour 10 000 habitants contre 48,9 en France, soit un excédent de 5 925 équipements, et 29,0 clubs pour 10 000 habitants contre 21,3.
2. La densité d’équipements n’explique pas les dynamiques départementales. Elle rend compte de 0,4 % des écarts en métropole ; l’ensemble des variables d’équipement, ruralité comprise, en explique 5,9 %.
3. L’âge du parc n’explique rien non plus. La corrélation apparente sur les 101 départements est un artefact ultramarin : elle disparaît en métropole.
4. Le décrochage produit un parc surdimensionné. Trente-trois licences par équipement contre cinquante-deux en France : le sujet de ces territoires est le coût fixe par pratiquant, pas le déficit d’installations.
5. Le déficit est qualitatif. Une seule famille d’équipements manque, celle des activités de forme et de santé — précisément le champ où la pratique progresse le plus vite.
Méthodologie. Sources : recensement des licences sportives annuelles, INJEP-MEDES / Ministère chargé des Sports, fichiers détaillés Lics_2016 à Lics_2025, champ constant de 109 fédérations ; recensement des équipements sportifs, sites et espaces de pratique (RES), 330 979 équipements sur les 101 départements ; recensement des clubs 2023 ; populations municipales légales INSEE. Les données d’équipements et de clubs sont celles reprises dans l’application SportData territoires.
La dynamique départementale est exprimée en écart au rythme national du champ localisé (+12,2 % sur la décennie), afin de neutraliser la baisse de la part des licences non géolocalisées. Les corrélations sont calculées sur les 101 départements et recalculées sur les 96 départements métropolitains : l’écart entre les deux séries est signalé chaque fois qu’il change la conclusion. La part de population rurale correspond aux communes des grilles de densité 5 à 7 de l’INSEE. La date de mise en service est renseignée pour 88,8 % des équipements, la date de travaux pour 22 % : cette dernière n’est utilisée qu’à titre indicatif. Les licences par équipement et par club rapportent les licences 2025 au parc et au tissu associatif recensés, dont les millésimes diffèrent : l’indicateur vaut pour l’ordre de grandeur et la comparaison entre territoires, non pour une évolution.
Le détail par département, par région, par famille et par fédération est disponible dans le Panorama des licences sportives 2016-2025.


