Ce WE j’ai fait le half IRONMAN de Versailles. Un cadre royal… et un mollet qui n’en fait qu’à sa tête.
Ce week-end, j’ai participé à l’IRONMAN 70.3 de Versailles. Pour les non-initiés, un « half », c’est la moitié du format Ironman : 1,9 km de natation, 90 km de vélo et un semi-marathon. La moitié des distances, mais largement de quoi s’occuper un dimanche matin.
Celui-ci, il était attendu, Sold Out en quelques heures, le cadre est prestigieux ! Imagine une arrivée devant le chateau de Versailles ! Mais … il a fallu attendre pour le faire. Prévu en juillet, annulé en raison de la canicule, puis reporté à ce dimanche. Entre-temps, je devais faire Barcelone – Calella plus précisément, une semaine avant (donc le 4 octobre). Annulé aussi. Cette fois, trop d’eau. Suite à l’annulation de Versailles (il y a avait eu l’annulation de Nice avant) j’avais écrit ce papier
A lire
Barcelone : prêt à déposer le vélo, et puis l’alerte.
J’étais prêt à aller déposer mes sacs de transition et mon vélo quand mon téléphone se met à sonner. Une alerte en espagnol. Au départ, je me demande si quelque chose se passe dans l’hôtel. Le temps de comprendre, un mail arrive : l’Ironman est annulé. Un médicane en réalité. Un médicane (contraction de Méditerranée et de l’anglais hurricane) est un cyclone subtropical ou une violente tempête méditerranéenne qui présente des caractéristiques similaires à un ouragan


Bon. Des semaines de préparation, le déplacement, le matériel prêt… et tout s’arrête avant même d’avoir commencé.
Retour à Toulouse en voiture. Et j’ai bien fait. Les intempéries annoncées ont bien eu lieu. Là où nous devions courir, il y avait, … de l’eau … beaucoup d’eau !
À Versailles, la chaleur. À Barcelone, les pluies. Deux annulations qui renvoient à une question que j’avais abordée cet été : Canicule et manifestations sportives : qui doit décider du risque acceptable ?
Quand tu es prêt à prendre le départ, tu es forcément déçu. Après, la météo te rappelle assez vite que ton envie de courir ne décide pas de tout. Autant à Versailles sur un Half qui démarre à 7 h et dont le parcours course à pied est à 80 % à l’ombre était à mon avis tenable, autant c’était hors de question à Calella.
Pourtant, j’étais bien. Peut-être même un peu trop bien.
Vous vous souvenez de Tours, mon 34e Ironman, et de la promesse faite sur le pont suspendu ? J’avais juré que c’était le dernier. Jusqu’à la ligne d’arrivée… La suite .;; . J’ai repris l’entraînement. Beaucoup d’entraînement même. Et à trois semaines de Barcelone, je me sentais vraiment en forme. Tellement bien que j’ai voulu aller un peu plus loin que d’habitude sur une séance de fractionné.
Erreur.
Une petite pointe au mollet, sur le tapis de course à pied. Pas grand-chose, mais suffisamment pour m’alerter. Je m’arrête. La douleur disparaît. Tu te dis que tu as bien réagi, que ça va passer. Le week-end suivant, je recours. La pointe revient le samedi. Puis le dimanche. Là, ça devient moins rassurant. J’attends 2 jours et je me dis il faut faire quelque chose. Direction l’ostéo ! « Cyril, il faut faire un miracle. » Et le miracle semble se produire. Plus de douleur. Bon, en même temps, je n’avais pas recouru, uniquement fait du vélo et de la natation. Mais j’étais confiant.
Et là, patatras, Barcelone est annulé.
Retour à Toulouse Un footing le dimanche matin, ça passe malgré une légère pointe… Et la je me décide pour Versailles. J’avais réservé l’hotel de longue date, il restait les billets c’est chose faite dès le retour de Calella.
Versailles ? Tu verras au dernier moment.
Versailles une semaine après un Ironman c’est n’importe quoi. Oui effectivement mais lors de l’inscription à Calella je ne savais pas que Versailles allait être reporté une semaine après..
Versailles, en juillet, je devais le faire avec Matthieu Van Veen. Mais Matthieu avait autre chose à faire : il était à Kona pour superviser les championnats du monde.
Je me dis donc : tu verras.
J’étais en déplacement à Paris. Footing du matin comme d’habitude. Et bing, au bout de cinq kilomètres, le mollet se rappelle à moi. Le doute s’installe. Est-ce que ça vaut le coup d’y aller ? je me dis tu décideras au dernier moment. Vendredi, 18 h 30. Après 5 km de vélo, je monte sur le tapis pour un dernier test. Ça passe. Une sensation de douleur très légère, mais rien de comparable avec les jours précédents.
Allez, j’y vais.
Le lendemain, le vélo dans la housse, je prends l’avion.
Versailles : magnifique. Mais les transitions se méritent.
Imaginez : tu retires ton dossard dans une tente installée devant le château de Versailles. Franchement, ça pose le décor.
La natation, initialement prévue dans la pièce d’eau des Suisses, a été déplacée dans le Grand Canal, faute d’un niveau d’eau suffisant sur le site prévu. Nager dans le Grand Canal du château de Versailles, forcément, ça donne envie.
Par contre, pour installer tout le matériel, il faut marcher. Du centre-ville au départ de la natation, puis jusqu’à la deuxième transition pour déposer le sac de course à pied, il y a quelques kilomètres.
Et surtout, il y a le parc à vélos. Du jamais vu !
D’habitude, plusieurs rangées. Là, une longue allée, une rangée de vélos de chaque côté, sur environ 800 mètres. À l’échelle du château, finalement. C’est beau, très beau même.
Mais quand tu imagines la traversée en chaussettes avec ton vélo à côté, tu regardes ton mollet autrement.
Au final, deux heures à deux heures et demie pour tout installer. J’ai eu le sentiment d’avoir fait dix kilomètres rien que pour déposer mes affaires. Heureusement, mon pote Ouvrard m’accompagnait dans cette tournée des sacs de transition.

Natation : dans le Grand Canal, certains commencent par faire le dauphin.
Dimanche matin. Départ à 8 heures, un horaire presque confortable quand on est habitué aux départs sur full.
L’eau est annoncée à 15,3 °C. Combinaison obligatoire.
Avant le départ, je salue Thibaud Vellard, directeur général d’IRONMAN France, et Fabrice Trouslot, le directeur des sports de Versailles.
Les deux ont l’air soulagé : cette fois, l’épreuve va pouvoir démarrer. Un salut rapide, je suis déjà en combinaison, prêt à plonger, enfin à sauter …
Coup de pistolet, feu d’artifice, c’est parti.
Et là, surprise : les premiers font des mouvements de papillon. Je me dis qu’il y a un truc qui cloche. En réalité, il y a très peu de profondeur au départ. Ils prennent appui au fond pour avancer en faisant le dauphin.
J’essaie. Sous la vase, des cailloux. Bon, on va nager, ce sera très bien. J’ai d’ailleurs le sentiment d’aller plus vite en nageant qu’en essayant de marcher. Mais c’était nageable, un peu boueux mais nageable. Franchement j’ai vu pire, bien pire !
Le parcours est simple : tout droit, une bouée, demi-tour, et on revient. L’eau est trouble, mais ça ne me gêne pas vraiment. Je bois quelques tasses, peut-être à cause des petites vagues qui se répercutent contre les murs. Globalement, ça reste fluide, avec moins de coups que d’habitude.
Sortie de l’eau : 34 minutes. Pas trop mal.
Vélo : la vallée de Chevreuse sait se faire sentir.
D’abord, la transition. Enlever la combinaison, récupérer les affaires, rejoindre le vélo, puis traverser cette longue allée, 800 mètres quand même
J’ai choisi de garder les chaussures de vélo à la main. Courir avec, ce n’est déjà pas mon truc en temps normal. Avec ce mollet, je me dis que je risque de ne même pas arriver au bout du parc.
À la sortie, les arbitres nous font mettre les chaussures avant de franchir la ligne. Plus de 10 min la transition pour moi, … pas terrible. Et c’est parti pour les 90 kilomètres.
Le parcours est agréable. Il ne fait pas chaud, un peu de vent sur les plateaux de la vallée de Chevreuse, quelques côtes et environ 750 mètres de dénivelé. Beaucoup d’arbitre. Finalement, plus exigeant que ce que j’avais imaginé.
Je pensais que ça roulerait plus vite.
Je pose le vélo en 2 h 42.
Nouvelle traversée du parc. Déposer le vélo, rejoindre le sac, enlever le casque, mettre les chaussures. Et encore 10 min de transition. Maintenant, on va savoir ce qu’en pense le mollet.
Quatrième kilomètre : bing.
Je pars bien. Aucune douleur. Je me cale entre 11 et 12 km/h, plutôt 12, l’allure que j’avais en tête avec la volonté d’accélérer progressivement;
On longe la pièce d’eau des Suisses, on traverse le jardin royal, puis on file vers la ville. Du monde partout. Une ambiance exceptionnelle, familiale, des encouragements sur quasiment tout le parcours. C’est assez remarquable.
Et au quatrième kilomètre, bing.
Le mollet commence à lâcher. Cette fois, j’ai vraiment mal. Tu fais rapidement le calcul : il reste dix-sept kilomètres. Je me demande si je vais pouvoir terminer.
J’avais prévu le coup, avec une bande Velpeau et un Nurofen. Je m’arrête, je mets la bande, je prends le comprimé et je repars en espérant que la douleur va diminuer.
J’ai sans doute trop serré. La jambe est comprimée, les sensations ne sont pas bonnes. Jusqu’au dixième kilomètre, ce n’est franchement pas terrible.
Puis ça devient plus supportable. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais je retrouve un rythme.
Surtout, ne pas s’emballer. Tu te sens un peu mieux, tu voudrais accélérer, mais tu te dis : si tu remets une couche et que ça lâche pour de bon, tu auras tout gagné.
Alors je reste au tempo. Je profite des encouragements et de ce cadre quand même assez exceptionnel. Les kilomètres passent. Et la ligne finit par arriver.
Cinquième. À deux minutes trente du podium.
Je franchis la ligne content. Une bénévole me remet la médaille autour du cou. Figurez vous qu’une délégation de TES était à l’arrivée ce que je ne savais pas. ça aurait eu de la gueule re recevoir la médaille de Antoine Chines !
Au final, avec les doutes des jours précédents et ce mollet qui s’était invité dès le quatrième kilomètre, terminer cette course me fait plaisir. En même temps l’abandon n’a jamais été une option.
Bien sûr, j’ai le sentiment que j’aurais pu faire quinze ou vingt minutes de moins. Mais c’est comme ça. Il y a la course que tu imagines et celle que tu arrives à faire le jour J.
La petite déception vient après. Cinquième de ma catégorie d’âge. À deux minutes trente du troisième.
Ah oui, quand même. Dommage. Si j’avais eu mes temps pendant la course j’aurais accéléré c’est sur ! Mais mon staff n’avait pas suivi cette fois ci ! donc aucune info en direct.
Un podium à Versailles, ça aurait été sympa. Et forcément, tu repenses à l’arrêt, aux kilomètres courus en te demandant si ça allait tenir, à toutes ces minutes perdues. Tu viens de finir et tu la refais déjà … Tu penses déjà au prochain quand les planètes s’aligneront !
Le half, finalement, j’y reviendrai.
Une nouvelle fois, les planètes n’étaient pas complètement alignées. Mais nager dans le Grand Canal, rouler dans la vallée de Chevreuse et courir dans un cadre pareil, avec autant de monde pour nous encourager, ça reste une belle expérience.
« Une expérience de course de classe mondiale », pour reprendre l’expression de Thibaud Vellard. Sur le cadre et l’ambiance, difficile de lui donner tort.
Cela faisait au moins une dizaine d’années que je n’avais pas disputé de half en compétition, me concentrant sur le full. J’ai retrouvé un format plus accessible, qui laisse beaucoup moins de traces, avec une intensité différente et un vrai plaisir de course.
À Tours, sur le pont suspendu, je m’étais dit : « Passe au half. » Bon, cette fois, je l’ai fait. Et j’y reviendrai certainement. Mais avant vivement le prochain full avec les planètes alignées !
les précédents épisodes
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