Tours, IronMan n°34 : la promesse du pont suspendu, j’avais juré que c’était le dernier… jusqu’à la ligne d’arrivée
Bon ça y est j’ai digéré ce 34ème IronMan c’était à Tours il y a 3 semaines. Je dois avouer que je tendais un peu le dos suite à cet épisode « calcique ». (Mai. 29, 2026 33 IronMan, 15 h de sport par semaine et un score calcique d’Agatston… à 581 ) Un saut vers l’inconnue. Certes j’avais enchainé les heures d’entrainement mais ce qui fait tout l’intérêt des cette discipline au format IronMan c’est l’inconnue. Impossible à l’entraînement d’en faire un deux semaines avant. J’enchaine souvent des halfs mais ça n’a rien à voir.
Je vous ai laissé 2 semaines avant Tours, j’attaquais l’affutage, la période la plus complexe pour moi toujours le sentiment de ne pas en faire assez , et comme je n’ai jamais eu de plan d’entrainement, je fais ça au feeling. En gros je garde l’intensité mais je diminue le volume d’un tiers puis de moitié.
Pour revenir dans le passé …
- Juin. 26, 2025 Ce week-end, j’ai fait un Ironman. J’ai basculé… et je me suis régalé
- Oct. 08, 2024 Ce WE j’ai fait un IronMan pour me rassurer.
- 3:30 am Ce WE j’ai craqué, j’ai refait un IronMan Cascais (Portugal)
- Oct.13.2022 8:00 Ce Week-End j’ai fait les championnats du monde d’IronMan à Hawaï
- 6:57 pm Ce WE j’ai fait un triathlon les championnats d’Europe à Hambourg (début juin 2022)
- Mai.09.2022 12:58 Ce WE j’ai fait du sport (championnat du monde 2021 reporté en mai 2022 à Saint Georges dans l’UTAH)
La combinaison
Ah si il m’est arrivé un truc. Ma combinaison pour nager est cramée. Elle a fait une trentaine d’IM environ et quelques entrainements mais si je l’ai utilisée une centaine de fois c’est bien le max. Mais elle est déchirée au coude. J’en ai acheté une nouvelle il y a quelques mois chez le magasin de sport préféré des français; je me suis dis quand même ça serait bien de tester. Donc le mardi précédent la course, je vais nager en plan d’eau. Les sensations étaient moyennes, tellement moyennes que j’ai mis 1h 30 pour faire 3800 m. et je suis sorti un peu entamé. Catastrophe dans la mesure ou en eau salée je passe sous les 1 h 10. En peu plus en eau douce (mais avec la combinaison). là tu te dis ce we ça va être dur, on nage en rivière, il va y avoir un peu de courant, il va faire chaud et toi tu vas sortir de l’eau entammé. Et la je me dis mais c’est peut être la combine. J’y retourne le jeudi, même heure même condition, même distance. 1 h 13 ! c’était la combinaison.
Je n’ai jamais été trés professionnel sur le matériel (y compris sur le vélo), mais franchement, ça fait la différence la preuve.
Tours une organisation autour du Parc des expos.
Original l’organisation à Tours, le village, le retrait des dossards mais aussi le parc à vélo, et donc les zones de transition, tout est organisé dans les halls du parc expo. Et ça fonctionne bien. Y compris la ligne d’arrivée et les tribunes. Belle expérience, très bonne organisation ! merci aux 1500 bénévoles. Bravo IM une organisation très pro !


Natation : personne ne respecte le SAS.
La natation avait lieu dans le Cher. Je croise Olivier Grégoire dans la zone de change et on chemine ensemble vers le départ. Lui avait prévu de partir dans les derniers, la natation c’est pas son truc. Moi je vise le SAS d’1 h 15. Et c’est parti départ rolling start. 6 personnes toutes les 8 secondes pour éviter la baston (lors de mes premiers Ironman, on partait tous ensemble … c’était un combat pendant au moins 800 m à 1 km même si à l’époque on était moins nombreux.
Le parcours est simple tu remontes le cher. En ligne de mire, un château d’eau, c’est pratique et ensuite tu redescends au pont et tu remontes. Très agréable la natation l’eau est douce, propre même si quelques herbes remontent. Par contre je double beaucoup de monde. Pas grand monde n’a respecté le SAS de départ. Je doublerai aussi énormément de personnes en vélo. Première erreur donc, j’aurai du partir dans un SAS plus tout 1 h 05. En plus en natation tu as l’effet entrainement qui joue. Si tu te mets dans un bon paquet tu peux t’économiser un peu. Le temps reste correct 1 h 13 même si je pense que j’aurai du passer en dessous des 1 h 10 même c’était en eau douce.
Transition dans le hall du parc des expos
La transition est un peu longue mais ça passe. c’est parti pour les 180 km. J’avais regardé le parcours, mais je ne l’avais pas étudié et encore moins reconnu. J’étais bien, bonne température, léger vent favorable, parcours plutôt plat au début. ça envoie souvent au dessus de 40 km les bras sur les prolongateurs. Le pied une sensation totale de plénitude quand tout s’aligne, la respiration, la fréquence de pédalage, le rythme cardiaque, tu voles, tu ne vois pas ce qui peut t’arrêter et là tu te projètes. A ce rythme là c’est bon tu passes sous les 5 h. Sauf que bien sur la réalité te rattrape. Les 60 premiers km, impeccable. A 80 km un petit coup de mou, bizarre, certes il y a un peu de vent, mais d’habitude le coup de moins bien il arrive à 130 135. Bon je fais avec, ça repart. Beaucoup de temps passé sur les prolongateurs. Le ravito personnel à 100 km. j’avale mon sandwich. Je fais gaffe à boire beaucoup. il commence à faire chaud. A 130 comme d’hab le coup de moins bien. Et à chaque fois c’est la même chose. Tu te dis il me reste un tiers de vélo, … ça va être long, et tu commences à penser au marathon. Entre 130 et 150 ce ne sont pas mes km préférés ceux-la. à 150 km tu comptes , tu visualiser déjà la ligne d’arrivée …
Au final 5 h 20. Au dessus de ce que je pensais faire. Et beaucoup de temps passé sur les prolongateurs ….



Transition vers le marathon.
Les 2 premiers km en marathon donne le ton. Tu sais assez rapidement comment tu es. Dans mes meilleurs chronos j’attaquais les premiers km à 4 min 45, sans le vouloir d’ailleurs. Là j’étais bien mais, car il y a un mais, j’ai senti que le dos commençait à se tendre. Mauvais souvenir, Barcelone il y a 2 ans me revient en tête. j’avais les muscles du dos tétanisés.
Finalement ça rentre dans l’ordre. Je me cale sur du 5 min 30 au km, hors ravitaillement. A chaque ravito, je marche et surtout je bois, je bois, je bois. il faisait chaud, 2 verres d’eau, 2 verres d’électrolyte, un gel et c’est reparti. Un marathon sous la forme d’un fractionné avec des pauses à chaque ravito ! Mais je gamberge pourquoi ces douleurs au dos, qu’est ce que j’ai loupé. Pourquoi à Barcelone, à Tours et pas aux Sables d’Olonne il y a un an. j’ai peut être un début d’explication. J’ai passé beaucoup de temps sur les prolongateurs et je ne suis pas entrainé pour ça. Certes j’ai accumulé les km mais uniquement 3 vraies sorties vélo sur route mais peu de prolongateurs. ça ne pardonne pas, je suis passé à coté de la préparation spécifique … ça a tenu jusqu’ou 28 ème . A Tours on avait 3 boucles de 14 km à faire. Et ça a commencé à se compliquer à l’attaque de la 3ème boucle. C’est certain ça manque d’entrainement spécifique tout ça. C’est bien d’enchainer les bornes mais ça ne suffit pas … C’est dur, trés dur. Au passage du pont suspendu, il devait resté 8 km, je me suis juré que c’était mon dernier. Dans la tête ça bouillonnait. Mais pourquoi t’obliger cette souffrance, en faire un de plus ça sert à quoi. Passe au half ! eAllez profite de tes derniers km de ton dernier IM. Des derniers km au cours desquels comme à Barcelone je visais des poteaux pour m’étirer.
Je franchis la ligne d’arrivée juste en dessous de 12 h (j’avais en tête 1 h de moins …. ) , soulagement total, la médaille autour du cou, je trouve un siège dans la zone restauration. Le coup de tel à Hélène. Et là il ne s’était pas passé 5 min que toute douleur avait disparu. J’étais bien, content d’avoir fini malgré la difficulté. Pire j’avais presque oublié la douleur. totalement amnésique. Je pense à la promesse faite sur le pont c’était ton dernier Ironman.
Retour à l’hotel (en vélo), bain, diner léger, un film ou une série en même temps que les actus de décideurs du sport du lendemain et il est temps de dormir. Sauf que je n’ai pas dormi, j’ai du dormir 2 h …. je me suis même dit que finalement même si les derniers km ont été dur, ma décision d’arréter était peut être prise sous le coup de la douleur
le temps de la réflexion.
Alors j’ai cherché comprendre. visiblement ce jingle interne du « plus jamais ça » qui se transforme en « quand est-ce qu’on recommence ? » dès le passage de la ligne – est un phénomène ultra-classique chez les athlètes d’endurance. Et ce bug du cerveau s’explique si j’ai bien compris. En psychologie cognitive, on appelle cela la règle de la fin et du pic (Peak-End Rule). Notre cerveau ne fait pas la moyenne des 10, 11 ou 12 heures d’effort.
- Il se souvient principalement de deux moments : le point culminant de la souffrance (le « pic ») et l’émotion intense de la ligne d’arrivée (la « fin »).
- Le pic survient lors de ce que les scientifiques appellent la déplétion complète du glycogène (le fameux « mur »). Le cerveau, qui ne carbure qu’au glucose, se met en mode survie. Pour nous forcer à arrêter ce qu’il considère comme une agression, il désactive les filtres de la motivation et s’aligne sur la douleur pure. C’est là que j’ai juré, avec la plus grande sincérité du monde, que c’est le dernier. C’est une réaction de préservation biologique.
- Mais la fin est une explosion de soulagement et de fierté, elle écrase la mémoire des moments de doute et de souffrance sur le parcours vélo ou marathon.
Et de la bascule ?
Ce que j’ai compris c’est que pendant la course on fonctionne au cortisol et à l’adrénaline (les hormones du stress). Mais dès que la ligne d’arrivée passée, le cerveau libère un tsunami de neurotransmetteurs :
- Les endorphines : Qui agissent comme un puissant opiacé naturel, masquant la douleur résiduelle et créant une sensation d’euphorie.
- La dopamine : L’hormone de la récompense et de l’accomplissement. Le cerveau adore ça et valide immédiatement l’action : * »Ce que tu viens de faire était génial, il faut le refaire. »
La bascule totale se fait au moment précis où tu franchis la ligne et ou le speaker hurle « You are an Ironman »*.
C’est une décharge hormonale d’une violence inouïe. Le contraste est trop grand pour le cerveau : tu passe en quelques secondes d’un état de détresse physique à un état de soulagement absolu.
Il parait que la bascule vers la recherche du prochain dossard se finalise souvent le lendemain ou le surlendemain, lors de ce qu’on appelle la phase de rationalisation, et c’est vrai !
Une fois le corps douché, alimenté et un peu reposé, la douleur diminue. Le cerveau dreprend le dessus et commence à analyser la course. Je me suis convaincu que je suis passé à coté de ma préparation spécifique.
L’esprit efface la souffrance et la remplace par de la stratégie, le prochaines échéance. Le mythe du prochain Ironman idéal est né, et tu commences à regarder le calendrier….. L’Ironman idéal j’en ai connu 3 ou 4 … celui où tout s’enchaine de la préparation à la ligne d’arrivée, c’est rare trés rare mais tellement satisfaisant.
En attendant je n’ai toujours pas pris de décision pour le prochain IM. Est ce que je vais en faire un ou pas ? On verra En attendant, la prochaine échéance est dans une semaine avec le half de Versailles. Un half que je vais faire avec l’ami Matthieu Van Veen, un half dans un cadre unique qui s’annonce exceptionnel.


