FIFA : les limites d’un modèle de redistribution sous contrôle, par Emmanuel Bayle
Dans une tribune publiée dans Le Temps, Emmanuel Bayle professeur de gestion du sport l’institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne analyse le modèle économique de la FIFA, largement alimenté par la Coupe du monde masculine.
Si l’instance revendique une logique de solidarité envers les fédérations, les clubs et les pays hôtes, cette redistribution reste limitée au regard des revenus générés.
L’auteur interroge aussi les coûts publics, la durabilité de l’événement et l’usage politique des financements de développement.
Une Coupe du monde au cœur du modèle économique de la FIFA
Emmanuel Bayle rappelle que les revenus de la FIFA reposent très majoritairement sur la Coupe du monde masculine, dont la commercialisation a fortement progressé : 4,8 milliards de dollars pour le cycle 2015-2018, 7,6 milliards de 2019 à 2023 et 13 milliards prévus pour 2023-2026. Ces ressources financent le siège de Zurich, les compétitions internationales déficitaires, le développement du football mondial et les aides aux 211 fédérations nationales. Pour l’édition 2026, la FIFA prévoit notamment 871 millions de dollars de primes aux fédérations qualifiées et 385 millions d’indemnités aux clubs libérant leurs joueurs.
Une solidarité qui soulève des questions de gouvernance
L’auteur souligne toutefois que cette redistribution demeure modeste au regard des revenus et profits conservés par la FIFA, faiblement taxés en Suisse. Il interroge la légitimité de l’argent public mobilisé pour les stades, les fan-zones, la sécurité ou les exonérations fiscales d’un événement très lucratif. Il pointe également les critiques liées à la durabilité de la Coupe du monde, à l’extension du format, aux déplacements internationaux et au coût de la gouvernance de la FIFA. Enfin, le programme Forward, doté de 2,7 milliards de dollars sur 2027-2030, apparaît à la fois comme un outil de développement des petites fédérations et comme un levier politique susceptible de conforter la réélection du président de la FIFA.


