Retour sur le futur des décideurs du sport #Présidentielle2027 : Ce que quatre campagnes (2007 – 2012 – 2017 – 2022) nous apprennent des promesses faites au sport

Les invariants, les intermittents, les émergents — et l’angle mort

De 2007 à 2022, le sport n’a jamais disparu des campagnes présidentielles françaises — mais il n’a presque jamais été pensé comme une politique publique à part entière. École, santé, cohésion, JO : vingt ans de programmes révèlent un sport sans doctrine, convoqué pour servir d’autres causes plus que pour être gouverné lui-même. Derrière les promesses répétées, une question demeure inchangée : la France veut-elle réellement faire du sport un objet politique ?


Quatre élections présidentielles, quatre revues de programmes, une même impression : le sport n’a jamais été un enjeu de campagne. En 2007 déjà, face à la surenchère budgétaire de ses concurrents ( 3 % du budget de l’État pour l’un, un doublement pour l’autre, 1 % du PIB pour une troisième ), François Bayrou refusait de chiffrer quoi que ce soit, dénonçant des « chèques en bois ». Quinze ans plus tard, en 2022, Marine Le Pen ne consacrait aucune des vingt-deux propositions de son programme au sport, et Emmanuel Macron une seule idée. Entre les deux, le sport est resté ce qu’il a toujours été dans ces campagnes : un sujet qu’« on ne peut pas être contre », mobilisé au service d’autre chose, rarement pensé pour lui-même.

Lien vers la page consacrée à la présidentielle 2027 (en lien à partir de cette page les programmes pour les présidentielles de 2007, 2012, 2017 et 2022)

Mais derrière cette constance se cache un mouvement. En relisant les programmes de 2007, 2012, 2017 et 2022, trois familles de thèmes se dessinent : des invariants, qui reviennent à chaque scrutin ; des intermittents, dont l’intensité suit le calendrier ou l’air du temps ; et des émergents, qui montent avec la société. À quoi s’ajoute une quatrième catégorie, plus troublante : l’angle mort, ce qui aurait pu apparaître et qui devrait arriver en 2027.

I. Les invariants : l’épine dorsale

Sept thèmes traversent les vingt ans sans jamais disparaître : présents à chaque scrutin, et au moins deux fois au rang de priorité structurante.

Le premier, le plus constant de tous, est l’école et l’éducation physique. En 2007, l’éditorial de campagne parlait déjà d’une « surenchère sur l’EPS à l’école ». En 2012, Bayrou veut adosser le sport aux rythmes scolaires, Sarkozy prolonge « cours le matin, sport l’après-midi », Mélenchon promet deux mille professeurs d’EPS. En 2017, Macron mise sur la mutualisation des équipements scolaires. En 2022, Hidalgo propose le PEPS et une association sportive par établissement, Jadot une heure de sport par jour, Roussel le renforcement du sport scolaire et universitaire. L’école est le terrain où le consensus est le plus large — et le plus inoffensif.

Le deuxième est le sport-santé, seul invariant en progression continue. Simple « piste » chez Hollande en 2012, il devient maisons sport-santé et remboursement des licences en affection longue durée chez Macron en 2017, puis s’impose partout en 2022 : consultations médico-sportives prises en charge par la Sécurité sociale chez Jadot, sport sur ordonnance via les mutuelles chez Pécresse. La trajectoire épouse celle de la santé publique elle-même.

Le troisième est le sport service public, c’est-à-dire le sport pensé comme un droit pour tous et une mission de l’État. Il structure la campagne dès 2007, où « le service public du sport territorial » est posé en enjeu électoral et où des candidats rappellent que l’État doit d’abord garantir l’accès de tous à la pratique. Il porte, en 2012, la revendication d’un ministère de plein exercice et d’une loi-cadre faisant du sport un droit (Hollande, Mélenchon). Plus contesté en 2017, quand Macron lui oppose une logique d’autonomie, il revient en force en 2022 avec la gauche — Mélenchon et Roussel réaffirmant le sport comme service public, jusqu’à demander la suppression de l’ANS.

Le quatrième est le financement, toujours présent, toujours sous contrainte. Bruyant en 2007-2012 — la « surenchère » des points de PIB, puis, crise oblige, le simple maintien des moyens et le recours aux ressources extra-budgétaires (CNDS, part FDJ) —, il s’est fait plus discret ensuite, sans jamais quitter la scène.

Le cinquième est le sport professionnel et sa régulation économique. Son intensité faiblit avec le temps, mais il revient à chaque fois : clivage sur l’entrée en bourse des clubs en 2007 (Sarkozy pour, Buffet contre, au nom des « valeurs ») ; fair-play financier, arrêt Bosman, plafonnement des masses salariales et taxe sur les transferts en 2012 ; et, en 2022, survivance dans le « sport malade de l’argent » de Mélenchon.

Le sixième est le bénévolat, l’emploi et la formation : la valorisation de l’engagement associatif est un passage obligé, du plan « bénévolat contre points d’examen et trimestres de retraite » de Sarkozy en 2007 aux bonifications de retraite de Pécresse en 2022.

Reste l’invariant le plus politique publique de tous — la gouvernance et l’organisation du sport — c’est le seul thème où le sport cesse d’être un moyen pour devenir un objet de gouvernement.

II. Les intermittents : au rythme du contexte

Trois thèmes vont et viennent, au gré du calendrier ou des circonstances.

Les équipements et le maillage territorial sont régulièrement évoqués, mais rarement portés comme une priorité. Présents en sourdine la plupart du temps, ils ne deviennent un axe fort qu’en 2017, quand Macron promet un maillage et une obligation d’équipements dans les zones d’aménagement. Le constat de 2007 — l’équipement et la place du sport dans la décentralisation « attendront » — n’a jamais été vraiment levé.

Les grands événements suivent le calendrier olympique : présents en 2012 (Euro 2016, Mondiaux), ils culminent en 2017, quand se jouait la candidature de Paris 2024, avant de se banaliser en 2022, les Jeux étant acquis — et de se déplacer vers leur empreinte écologique.

Le haut niveau et la performance sont au plus haut en 2007, portés par l’idée d’un statut du sportif et d’un financement rénové, puis s’installent à un niveau modeste mais constant : statut, reconversion et retraite des athlètes reviennent à chaque scrutin sans jamais redevenir centraux.

III. Les émergents — et l’angle mort

Deux thèmes montent nettement. L’inclusion — handicap, sport féminin, accessibilité — suit une courbe non linéaire : présente dès 2007 (chez Royal et Voynet), presque effacée en 2012, elle ne redevient structurante qu’en 2022, avec l’accessibilité universelle d’Hidalgo et les parasports de Jadot. L’écologie est la seule entrée franchement nouvelle de la période, apparue en 2022 avec l’empreinte environnementale des compétitions.

L’angle mort : la digitalisation. Sur quatre scrutins et vingt ans, aucun candidat n’a fait du numérique un thème de politique sportive. On trouve, à la marge, la question des droits télévisés et de la diffusion des images en 2012, mais c’est de l’audiovisuel, pas de la transformation numérique. Le data, le streaming et l’OTT, la billetterie dématérialisée, l’e-sport, les paris en ligne, les objets connectés, l’intelligence artificielle, la dématérialisation des licences : rien. C’est l’absence la plus parlante du corpus, car le numérique est sans doute ce qui a le plus bouleversé le sport réel sur la période — ses pratiques, son économie, sa diffusion, son financement même, via les paris. Les programmes décrivent un sport d’avant la bascule numérique. Un thème qui sera traité en 2027 ?

Conclusion : une politique sportive sans véritable projet politique

La leçon de vingt ans tient en une formule : dans les programmes présidentiels, le sport est presque toujours un moyen — de santé, d’éducation, de cohésion, de rayonnement — et presque jamais une fin. C’est ce que nous pointions en janvier 2022 (« Jan. 17, 2022 #présidentielle2022 : le sport peut-il passer d’un statut de « divertissement » à celui de politique publique ? ») : le sport y est traité en divertissement, au sens premier du terme, celui de ce qui détourne de l’essentiel. Convoqué pour porter des causes de toute nature, pour éteindre des urgences, pour se donner bonne conscience ou pour s’afficher au temps des médailles, il sert de faire-valoir plus qu’il ne constitue un objet de gouvernement.

La matrice le confirme thème par thème. Le sport n’y apparaît jamais pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il permet. Le sort réservé à la promesse de 2017 résume tout : le projet de loi « sport et société », qui devait reconnaître le sport comme un bien commun et refonder son organisation, a fini en proposition de loi « visant à démocratiser le sport ». Le mot a changé ; l’ambition s’est éteinte.


La matrice des thématiques, 2007-2022

Intensité : ●● structurant · ● présent · ○ marginal ou absent.

Thématique2007201220172022
Invariants
EPS & sport scolaire●●●●●●
Sport-santé / prévention●●●●●●
Sport service public / droit au sport●●●●●●
Gouvernance & organisation●●●●●●
Financement / ressources affectées●●●●
Sport pro / régulation économique●●●●
Bénévolat / emploi-formation●●●●
Intermittents
Équipements / territoires●●
Grands événements / JO●●
Haut niveau & performance●●
Émergents
Inclusion (handicap, sport féminin)●●
Écologie / transition
Angle mort
Digitalisation / numérique

Règle de tri : invariant = présent aux quatre scrutins avec au moins deux intensités « structurant » ; intermittent = présent mais sans cette intensité durable ; émergent = trajectoire ascendante partant de zéro ; angle mort = absent partout. Lecture établie à partir des programmes et dossiers de Décideurs du Sport

partager
Twitter
LinkedIn
Facebook
Email
Imprimer
Cet article vous a-t-il été utile ?

contributeur

Image de Patrick Bayeux
Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

plus d'articles

La quinzaine des décideurs

Recevez les derniers articles dans votre boîte aux lettres électronique.

catégories

tags

à lire aussi

A quel point cet article vous a-t-il été utile ?

Cet artcile ne vous a pas été utile?

Newsletter Gratuite

Abonnez-vous à notre newsletter et recevez toute l'actualité des décideurs du sport.

Alertes tous les jours sur votre messagerie