La quinzaine des décideurs du sport du 5 au 20 octobre 2026 

Cette quinzaine, j’aurais pu vous raconter mon dernier Ironman, celui de Calella, près de Barcelone. Des semaines de préparation… et une annulation à la veille du départ en raison des intempéries. Heureusement, j’avais prévu Versailles. J’ai donc pu prendre le départ du half Ironman dans un cadre royal, avec un mollet qui n’en faisait qu’à sa tête. Versailles avait lui-même été reporté cet été à cause de la canicule. Trop chaud ici, trop d’eau là-bas : pour qui pratique, l’adaptation du sport devient très concrète.

Plus sérieusement — même si tout cela l’est déjà —, cette quinzaine pose une question : comment garder une ambition pour le sport en prise avec les réalités du terrain ?

Présidentielle 2027 : passer des arguments aux engagements


Philippe Diallo appelle à faire du sport un enjeu stratégique de la présidentielle de 2027. Santé, éducation, économie, cohésion sociale : les arguments sont là. Encore faut-il les traduire en choix politiques, en responsabilités et en moyens.

C’est aussi la question que je pose dans cette nouvelle contribution à la réflexion sur la gouvernance du sport à l’approche de 2027 : avons-nous toutes les cartes en main ? Faire entrer le sport dans la campagne suppose de préciser ce que nous voulons construire ensemble et la manière d’y parvenir.


Budget : derrière les totaux, quels moyens pour pratiquer ?

Pendant que se prépare la campagne, les arbitrages budgétaires dessinent déjà les priorités. Le PLF 2027 affiche une hausse globale des crédits recensés pour le sport, mais une baisse de 8,7 % du programme « Sport ». Le périmètre compte, et les totaux peuvent masquer des évolutions très différentes.

Pour les acteurs locaux, la question reste simple : quels moyens seront effectivement disponibles pour développer la pratique ?

Le transfert envisagé des crédits d’investissement de l’ANS vers les dotations classiques de l’État mérite, à ce titre, toute notre attention. Simplifier les démarches est une intention compréhensible. Mais quelle place les équipements sportifs conserveront-ils parmi les autres priorités à financer ?


Gouvernance : le collectif se juge sur ses actes

Comment cette évolution s’articule-t-elle avec l’acte II d’une Agence nationale du sport qui cherche un nouvel élan ? La gouvernance partagée doit permettre de construire des choix communs et de les tenir dans la durée.

Dans ce contexte, les mots du nouveau président de l’ANDES, Damien Got — « Plus de proximité, plus de services, plus de collectif » — donnent une direction utile. C’est bien à l’échelle des territoires que les ambitions se confrontent aux besoins, aux contraintes et aux usages.


Les pratiques évoluent. Nos politiques suivent-elles ?

Notre Panorama des licences 2016-2025 poursuit son exploration des transformations du sport fédéral. Les sports collectifs gagnent 600 000 licences en dix ans, portés par les enfants et les femmes. Les sports de combat progressent de 31 %, contre 2 % pour les arts martiaux. Les activités d’adresse et de précision gagnent près de 13 %, notamment grâce au tir et aux plus de 60 ans. Quant aux sports de nature, leur stabilité globale masque des trajectoires opposées : l’escalade et la voile compensent les reculs de l’équitation et du ski.

Derrière les totaux, les publics et les disciplines se recomposent. Ces évolutions interrogent directement nos choix d’équipements, les créneaux disponibles, l’encadrement et les offres proposées. Une politique sportive doit pouvoir évoluer avec celles et ceux qui pratiquent.


Davantage de sport, mais un accès toujours inégal

L’Eurobaromètre élargit le regard à l’ensemble de la population. Première bonne nouvelle : la part des Français déclarant ne jamais faire de sport passe de 45 % à 36 %. L’enquête souligne aussi la place du club comme trait distinctif de la pratique sportive en France. De quoi rappeler l’importance de cet ancrage associatif dans nos territoires.

Mais les écarts sociaux restent marqués et la mobilité active recule. La progression de la pratique sportive ne suffit donc pas à garantir un quotidien plus actif pour tous.

Ces évolutions invitent à interroger nos équipements, nos offres et les publics auxquels nous nous adressons. Connaître les transformations de la pratique doit nous aider à décider où et comment agir.


Retrouver les corps, donner envie de bouger

Regarder les usages, c’est aussi retrouver les pratiquants. Patrick Roult le rappelle en interrogeant la place des corps dans l’adaptation du sport au changement climatique. Les équipements et les modèles économiques occupent les réflexions ; les pratiquants, les entraîneurs et leurs savoirs de terrain doivent aussi y trouver leur place.

Antoine Gripay, du Studio Katra, ouvre une autre piste : donner envie de bouger plutôt que prescrire le mouvement. Observer, aménager, expérimenter, comprendre ce qui fonctionne : voilà aussi de quoi nourrir une politique sportive.


Centres aquatiques : des décisions qui engagent

Le terrain rappelle enfin les responsabilités quotidiennes des décideurs. Deux décisions concernant des centres aquatiques en témoignent : 210 000 euros d’indemnisation pour un candidat évincé, après le choix d’une offre reposant sur une convention collective inadaptée, et plus de 250 000 euros d’indemnisation, complétés par une rente, après la chute d’une usagère.

Derrière chaque équipement, il y a des contrats, des conditions d’exploitation et des personnes dont la vie peut être durablement affectée. La qualité de la décision publique se mesure aussi à cette échelle.


Une ambition nationale, une traduction quotidienne

À l’approche de 2027, c’est cette continuité qu’il faut construire : relier l’ambition nationale aux décisions locales, les financements aux besoins, les équipements aux pratiquants.

Faire du sport un enjeu stratégique engage à répondre à une question très concrète : que permettra-t-on de faire, demain, à celles et ceux qui veulent pratiquer ?

Bonne lecture de cette quinzaine des décideurs.

Patrick Bayeux

Bonne lecture ! 


Patrick Bayeux.

Ps : La série le Panorama des licences sportives 2016 2025 se pousuit ! 

  • Oct. 16, 2026

#14 Panorama licences 2016 2025 – Sports de nature : une famille stable, l’escalade et la voile compensent l’équitation et le ski

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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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