Une quinzaine estivale qui pose une même question : notre organisation du sport est-elle encore capable d’accompagner les transformations en cours ?
Le premier enjeu est celui de la capacité à décider. En appelant à libérer et simplifier l’action publique, Michel Cadot dénonce une administration paralysée par la peur du risque. Une critique qui fait écho à la proposition de Pierre-Mathieu Duhamel de supprimer l’Agence nationale du sport et à la publication de LOI n° 2026-725 du 3 août 2026 relative à l’organisation, à la gestion et au financement du sport professionnel.
Mais simplifier l’action publique suppose aussi de pouvoir l’évaluer. Or, à quoi sert l’IGÉSR si plus de la moitié de ses rapports d’audit consacrés au sport ne sont pas publiés ? Sans transparence sur les constats, les dysfonctionnements et les recommandations, le contrôle risque de devenir un exercice sans véritable portée publique. Décider exige aussi de rendre compte : sur les résultats obtenus, les défaillances constatées et les suites effectivement données aux recommandations.
Dans ce paysage institutionnel mouvant, Thouraya Abdellatif succède à Dimitri Grygowski au cabinet du Premier ministre. Un changement qui intervient au moment où l’État doit précisément clarifier son rôle et sa méthode d’intervention dans le sport.
De nouveaux modèles économiques, de nouveaux pouvoirs
La question financière est inséparable de celle de la gouvernance. L’analyse de Cyril Mourin montre, à travers les cas de CVC et de la FIFA, que toutes les ouvertures au capital ne se valent pas. Le montant investi compte moins, parfois, que le contrôle exercé, la durée de l’engagement et le partage futur de la valeur.
À l’approche de la présidentielle de 2027, le scénario « Le sport finance le sport » pousse cette logique plus loin : et si le mouvement sportif prenait lui-même les commandes, en s’appuyant sur ses propres ressources ? Cette hypothèse pose directement la question de son autonomie, mais aussi de sa responsabilité et de sa solidarité interne.
D’autres voies apparaissent. En Estonie, l’identité numérique finance aussi le sport, montrant comment l’innovation publique peut créer de nouveaux circuits de financement. Dans le même temps, François Bellanger décrit avec « l’Économie de l’Ombre® » une grande mutation du sport : des pratiques, des communautés et de la valeur se développent désormais hors des cadres institutionnels traditionnels.
Protéger et rendre les droits effectifs
Mais transformer le sport ne peut pas seulement signifier réorganiser ses structures ou diversifier ses ressources. Il faut aussi renforcer sa capacité à protéger. La question posée au ministère des Sports face au chantier de la protection de l’enfance est, à cet égard, décisive : le sport ne peut rester à l’écart d’une politique concernant directement les millions de mineurs accueillis dans les clubs.
De la même manière, l’étude consacrée aux vacances, histoire et géographie d’un droit inachevé rappelle qu’un droit proclamé ne vaut que par les moyens mobilisés pour le rendre accessible.
Le sport au cœur des rapports de force
Enfin, le Mondial 2026 analysé par Carole Gomez confirme que le sport est devenu un espace majeur de confrontation économique, politique et géopolitique. États, fédérations internationales, investisseurs et acteurs technologiques cherchent tous à orienter son évolution.
En fil rouge de cette quinzaine : les transformations du sport vont plus vite que les institutions chargées de les gouverner. Simplifier ne doit pas signifier déréguler ; financer ne doit pas conduire à abandonner le contrôle ; innover ne dispense pas de protéger.
À l’orée de 2027, l’enjeu est de retrouver une véritable capacité de choix : savoir qui décide, qui finance, qui contrôle — et au bénéfice de qui … nous y reviendrons bien sur !
Bonne lecture !
Patrick Bayeux.
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