En Estonie, avec le « Pearaha » l’identité numérique finance aussi le sport par Patrick Roult
Il y a vingt ans, l’Estonie faisait de l’identité numérique le socle de son administration nous rappelle Patrick Roult. Aujourd’hui, cette infrastructure permet aux familles d’orienter directement les financements publics vers les clubs sportifs de leurs enfants.
Universel et piloté par la demande, le pearaha organise les flux financiers de tout un écosystème. À l’approche de #présidentielle 2027, ce modèle offre une sérieuse matière à réflexion aux futurs candidats.
A lire
Qu’est-ce que le système « Pearaha » ?
Le modèle du « Pearaha » (littéralement « l’argent par tête » ou le financement par capitation) constitue l’un des piliers méconnus mais fondamentaux de la réussite du système éducatif estonien. Régulièrement saluée pour ses performances exceptionnelles dans les classements PISA de l’OCDE, l’Estonie doit une grande partie de son efficacité à ce mécanisme de financement transparent, équitable et responsabilisant.
Instauré au cours des années 1990 dans la foulée des réformes post-soviétiques, le Pearaha repose sur un principe simple : les ressources financières publiques attribuées à un établissement scolaire dépendent directement du nombre d’élèves qui y sont inscrits.
Plutôt que d’allouer des budgets forfaitaires basés sur la taille des infrastructures ou le statut historique des établissements, l’État applique la formule « le financement suit l’élève ».
Les objectifs et principes fondateurs
- Garantir l’équité territoriale : Le montant de la dotation par élève n’est pas fixe ; il est ajusté en fonction du contexte socio-économique et géograhique. Les écoles situées en zones rurales ou faiblement peuplées bénéficient de coefficients de pondération plus élevés pour compenser le faible effectif et garantir la continuité du service public.
- Renforcer l’autonomie des établissements : Les directeurs d’école disposent d’une grande liberté dans la gestion de leur budget. Ils peuvent répartir les fonds entre la rémunération du corps enseignant, le matériel pédagogique, l’innovation numérique et le développement professionnel des équipes.
- Stimuler la qualité par la liberté de choix : Les parents d’élèves en Estonie ont la liberté de choisir l’école de leur enfant. Le système Pearaha crée ainsi une saine émulation entre les établissements, incités à maintenir un haut niveau d’exigence et d’attractivité pour conserver leurs effectifs.
- Soutenir l’inclusion et les besoins spécifiques : Les élèves présentant des besoins éducatifs particuliers (handicap, difficultés d’apprentissage, soutien linguistique) génèrent une dotation majorée, permettant d’investir dans un accompagnement personnalisé et du personnel spécialisé.
Un levier majeur pour l’innovation et la numérisation
Associé à la stratégie globale d’e-Estonie (e-Estonia), le Pearaha a permis aux écoles d’investir de façon autonome dans le matériel numérique, les plateformes d’apprentissage partagées (comme e-Kool) et la formation continue des enseignants. L’autonomie financière conférée par ce modèle offre aux équipes pédagogiques la flexibilité nécessaire pour tester de nouvelles méthodes d’enseignement et adapter rapidement leurs outils aux enjeux modernes.
Bilan et enseignements
Le modèle Pearaha démontre qu’une gestion décentralisée et axée sur l’élève permet de concilier équité sociale, performance académique et efficience budgétaire. En combinant le libre choix des familles, une compensation équitable pour les zones périphériques et une autonomie réelle des chefs d’établissement, l’Estonie a su bâtir l’un des systèmes éducatifs les plus performants et modernes d’Europe.


