La Conférence nationale du handicap (CNH) est une instance prévue par la loi de 2005 convoquée tous les 3 ans. Elle s’organise à partir du travail de comités thématiques et des contributions territoriales (recueillies par les Préfets) et des associations représentatives. Si les dernières éditions s’étaient tenu au Palais de l’Élysée, la séance du 4 septembre dernier s’est déroulée au Prisme de Bobigny. Un choix loin d’être anodin puisque cet équipement parasportif de référence constitue l’un des rares héritage matériel des Jeux paralympiques de Paris par P.-P. Bureau pour Décideurs du sport
L’impact des Jeux paralympiques sur le bilan 2023-2026
La visibilité donnée aux parasports, la reconnaissance de l’importance de leur accès à tous et toutes, et la représentation de la Nation par les parasportif-ves ont été plusieurs fois évoquées au cours des multiples interventions.
Dans son bilan, le gouvernement a revendiqué que les Jeux aient pu être « un accélérateur de l’accessibilité universelle », rappelant les cibles fixées au COJOP (inclusion des personnes en situation de handicap au sein de l’organisation et des volontaires) et dans la livraison des Jeux (l’application des principes d’accessibilité universelle sur les sites de compétition -signalétique, boucles magnétiques, audiodescription, accueil des chiens guides, accessibilité numérique…-, la continuité de la chaîne de déplacement vers les sites de compétition, les 1000 taxis déployés en Île-de-France, la formation spécifiques d’agents des transports, etc.). Et de préciser que cette expérience a nourri la stratégie nationale Sport et Handicap 2030 et « s’impose désormais aux événements sportifs internationaux majeurs ainsi que pour la feuille de route « Handicap et Accessibilité » d’Alpes 2030 »[1].
Un bilan toutefois fortement critiqué par Mickaël Jérémiasz, l’un des nombreux « grands témoins » invités à s’exprimer, affirmant sans détour : « Il y 2 ans, la France chavirait, la France vibrait, donnant l’illusion qu’un basculement venait de s’opérer. Que ces Jeux laisseraient un héritage immense. Mais l’émotion nous a donné l’illusion du progrès. Et le plus grand danger de l’émotion, c’est de nous faire croire que tout a été fait. Alors que 50% des équipements recevant du public ne sont pas accessibles. (…) Aujourd’hui, des millions de personnes sont marginalisées, précarisées, parce qu’handicapées » [2].
Un bilan 2023-2026
Le dossier de la CNH liste le bilan gouvernemental des 3 années avec un focus sur le sport :
- 14 M€ consacrés à l’activité physique et sportive dans les établissements et services médico-sociaux (ESMS), avec l’obligation d’un référent APS et des 30 minutes quotidiennes ;
- 2 500 associations sportives issues de 93 fédérations ou disciplines formées « club inclusif » ;
- 360 projets bénéficiant à 4 000 personnes soutenus par le programme ESMS&Clubs ;
- 6 000 structures para-accueillantes référencées dans Handiguide des sports ;
- 500 k€ pour soutenir 32 projets consacrés à l’aide humaine dans le parasport ;
- la possibilité de financement via la prestation compensatoire handicap de 75 % du coût des lames de course ou équipements spécifiques, de l’aide humaine au titre de la participation à la vie sociale, et de l’aide à l’achat/location de fauteuils roulants ;
- la visibilité médiatique du parasport et la promotion du sport partagé lors de la Semaine olympique et paralympique…
16 engagements et 65 mesures pour les 3 prochaines années
La feuille de route 2026-29 a été présentée. Elle s’organise en 16 axes thématiques, dont l’accès à la culture, la pratique sportive de proximité et les loisirs quotidiens, et plus particulièrement :
- APS : meilleure connaissance des pratiques (observatoire national du sport), accessibilité des équipements (financements ANS, conception), renforcement de la pratique (aide humaine, clubs inclusifs, savoirs sportifs fondamentaux, visibilité des parasports), conditionnalité de l’aide publique aux grands événements sportifs (accessibilités, espaces sensoriels) ;
- Espaces naturels : diffusion des données d’accessibilité (base de données nationale), mise en accessibilité (espaces naturels, stations de montagne, Alpes 2030) ;
- Loisirs-vacances pour tous : formation des professionnels (socle de compétences de l’encadrement, soins de premiers secours, VAE).
Quelle portée pour ces engagements ?
À l’issue de cette CNH 2026, de nombreuses associations ont exprimé leur déception, soulignant qu’au-delà d’un catalogue sans échéancier, un grand nombre d’actions ont déjà été affirmées et restent loin d’être effectives par manque de moyens humains ou financiers.
On peut aussi s’interroger sur le bien-fondé d’une telle conférence qui ne saurait engager les futurs gouvernants et dont les ambitions reposent sur une conception humaniste et démocratique qui souhaite « passer d’une société inclusive à une société pleinement accessible », en s’inscrivant dans la définition de la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées[3], signée par la France en 2007. Cette conception de l’« accessibilité universelle » nécessite de penser chaque politique publique dans une perspective d’autodétermination, permettant « à chaque personne en situation de handicap d’exprimer ses besoins, de construire ses projets, de choisir ses accompagnements et d’exercer pleinement ses droits ».
Le monde sportif retiendra probablement l’engagement, affirmé par le Président de la République dans ses propos conclusifs, de soutenir auprès du Comité international paralympique (IPC) la demande d’une participation effective des sportif-ves avec un trouble du neurodéveloppement (handicap intellectuel, trisomie 21, autisme etc..) dans les épreuves internationales[4]… en tout particulièrement à l’occasion des Jeux d’hiver Alpes 2030.
P.-P. Bureau pour Décideurs du sport
L’intégrale de la Conférence nationale du handicap, 4/09/2026 à Bobigny
https://www.youtube.com/watch?v=QZXocn5A4W8&t=1822s
Le dossier de presse : https://www.handicap.gouv.fr/sites/handicap/files/2026-09/Dossier-presse-CNH-2026.pdf
[1] Intervention de M.Ferrari, ministre des Sports à 3h20 de la séquence vidéo.
[2] Son intervention à 3h03 de la séquence vidéo.
[3] https://www.ohchr.org/fr/instruments-mechanisms/instruments/convention-rights-persons-disabilities
[4] Son intervention à 4h14 de la séquence vidéo.


