Le mouvement sportif plaide l’investissement, l’État annule des crédits, et les Français pratiquent davantage tout en renonçant plus souvent pour des raisons de coût. Une quinzaine qui pose, chiffres à l’appui, la question de qui finance quoi.
La pratique progresse, l’accès recule
Jamais les Français n’ont été aussi nombreux à pratiquer régulièrement. Selon le baromètre Odoxa pour Winamax et RTL, 49 % font du sport chaque semaine, contre 38 % en 2018.
Mais cette progression masque une autre réalité : 43 % des Français ont déjà renoncé à une activité jugée trop chère. La proportion atteint 54 % chez les 18-24 ans, tandis que 35 % des parents disent avoir renoncé à inscrire leur enfant pour des raisons budgétaires.
Le problème n’est donc plus seulement de donner envie de pratiquer. Il est de rendre cette pratique financièrement accessible.
Le sport plaide l’investissement, l’État réduit les crédits
C’est dans ce contexte qu’Amélie Oudéa-Castéra et dix cosignataires — du Comité paralympique à Villes de France, de COSMOS à l’Association nationale des élus en charge du sport — défendent dans La Tribune Dimanche« le sport, un investissement pour l’avenir ».
Leur démonstration tient notamment en deux chiffres : l’activité physique ne représente que 0,13 % du budget de l’État, tandis qu’un euro investi permettrait d’économiser 13 euros de coûts sociaux.
Au même moment, le signal budgétaire envoyé par l’État est inverse. Un décret du 10 septembre a annulé 500 millions d’euros de crédits pour 2026. Le programme 219 « Sport » contribue à cet effort à hauteur de 4,45 millions d’euros en autorisations d’engagement et de 4,03 millions en crédits de paiement, soit environ 0,8 % et 0,7 % des montants initiaux. Sans que l’on sache encore précisément quelles actions seront touchées.
La contradiction est nette : le mouvement sportif chiffre ce que le sport rapporte, tandis que l’État retranche des crédits. Pour 2027 la ministre des sports « n’a pas d’inquiétude particulière ». Prenons date !
Investir, mais avec quel effet ?
L’exemple donné par Franck Laurent permet de rendre très concret l’argument de l’effet levier. Selon le président de la Fédération française de badminton, 1,5 million d’euros engagés par l’État peuvent déclencher plus de 25 millions d’euros d’investissements.
L’intervention publique ne se réduit donc pas à son montant initial. Elle peut amorcer, orienter et sécuriser des investissements beaucoup plus importants.
Mais l’effet de levier ne suffit pas à définir une politique. Encore faut-il savoir ce que l’investissement doit rendre possible.
Pour Marie-Amélie Le Fur, l’objectif est clair : « demain, tous les clubs sportifs doivent être en capacité d’accueillir les personnes en situation de handicap ». Dans un autre registre, 22 personnalités demandent la création d’une autorité indépendante pour lutter contre les violences sexuelles dans le sport.
Accueillir, protéger, rendre la pratique abordable : l’investissement sportif ne peut être mesuré uniquement en équipements construits ou en licences délivrées. Il doit aussi être évalué à l’aune des conditions concrètes d’accès et de sécurité.
Qui paie, qui décide, qui rend des comptes ?
Dès lors, la question financière devient une question de gouvernance.
Le cinquième épisode de notre série #Présidentielle2027 explore la consolidation de la « cinquième voie ». Le scénario maintient l’Agence nationale du sport, mais lui impose trois transformations : des responsabilités écrites et réparties entre les acteurs, une consolidation annuelle des interventions de tous les financeurs et une présidence tournante.
Le point de départ est connu : les collectivités consacrent près de 10 milliards d’euros au sport, contre moins d’un milliard pour l’État. Pourtant, personne ne dispose encore d’une lecture consolidée des interventions, des responsabilités et des résultats.
Ce cinquième scénario est le plus abouti des cinq étudiés (cf tous les autres scénarios plus loin). Il est aussi le plus fragile, car il suppose que chaque acteur accepte de rendre visibles ses engagements, mais aussi ses éventuels désengagements. Le sixième épisode permettra de comparer l’ensemble des options.
Alpes 2030, le test grandeur nature
Les difficultés d’Alpes 2030 montrent que ces débats institutionnels n’ont rien d’abstrait.
Edgar Grospiron a quitté la présidence du Cojop sur fond de tensions de gouvernance. Dans la foulée, le CIO a écarté toute mise sous tutelle, tout en appelant le comité à ne plus perdre de temps.
La perspective de l’élection présidentielle de 2027 s’invite également dans le dossier, avec cette interrogation : les Jeux seraient-ils menacés en cas de victoire de Jean-Luc Mélenchon ?
À l’échelle locale aussi, les équilibres évoluent. L’ANDES, cosignataire de la tribune en faveur de l’investissement sportif, renouvellera sa présidence le 8 octobre. Reste à savoir combien de listes seront finalement en lice.
Des Jeux olympiques aux politiques communales, la même question revient : comment répartir le pouvoir lorsque les financements, les responsabilités et les risques sont partagés ?
Trois repères pour la suite
Pendant que se joue cette recomposition, trois évolutions méritent également d’être suivies :
- la spécialité EPPCS se dote d’une nouvelle épreuve terminale au baccalauréat à partir de la session 2027 ;
- sur les nouveaux programmes d’EPS, le SNEP-FSU publie un dossierconsacré aux savoirs, à l’égalité et aux conditions de travail ;
- la carte des clubs évoluant dans une ligue professionnelle pour la saison 2026-2027 a été actualisée.
Le sport n’a désormais plus seulement à démontrer son utilité sociale, sanitaire ou économique. Il lui faut nommer la facture, répartir les responsabilités et rendre les arbitrages lisibles
Nous y reviendrons, bien sûr !
Bonne lecture !
Patrick Bayeux.
Ps : n’oubliez pas aussi le Panorama des licences sportives 2016 2025
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