Franck Laurent président de la FF Badminton : « 1,5 million d’euros de l’État peuvent déclencher plus de 25 millions d’investissements »

La Fédération française de badminton devrait franchir cette année le cap des 250 000 licenciés, soit 40 000 de plus qu’en juin 2024. Après vingt ans de structuration des clubs, de professionnalisation et de développement du haut niveau, elle souhaite construire à Tremblay-en-France un équipement à la mesure de cette progression. Le projet de Maison du badminton représente un investissement de 16,5 millions d’euros et doit entraîner la réalisation d’un second équipement sportif privé de 9 millions d’euros. Pour boucler son financement, la Fédération attend encore un engagement de l’État à hauteur de 1,5 million d’euros. Son président, Franck Laurent, explique pourquoi cette contribution est aujourd’hui décisive.

Le badminton français connaît une progression spectaculaire. Comment l’expliquez-vous ?

Franck Laurent  Nous devrions passer cette année la barre des 250 000 licenciés. En juin 2024, avant les Jeux olympiques et paralympiques, nous étions 210 000. Nous avons donc gagné environ 40 000 licenciés en deux ans. Cette progression repose sur un travail engagé depuis une vingtaine d’années.

Le premier facteur, c’est la place du badminton dans le sport scolaire, notamment au collège. Aujourd’hui, presque toute une génération a déjà tenu une raquette et joué au badminton. Cette familiarité avec notre sport constitue un socle très important.

Le second facteur, c’est la structuration des clubs. Nous avons développé les Écoles françaises de badminton, amélioré la qualité de l’encadrement et soutenu l’emploi. Les bénévoles restent indispensables, mais la professionnalisation permet d’accompagner les jeunes sur la durée, de mieux les former et de détecter les talents. Un futur champion existe quelque part. Encore faut-il être capable de le trouver et de lui donner les moyens de progresser.

Cette structuration bénéficie-t-elle aussi au haut niveau ?

Franck Laurent  Oui, les deux dynamiques sont liées. Les joueurs qui performent aujourd’hui ont grandi dans cette organisation. Nous avons également restructuré la filière du haut niveau, des pôles espoirs jusqu’à l’INSEP, et nous y consacrons des moyens importants.

L’Agence nationale du sport apporte environ 1,6 million d’euros. Au total, notre filière représente près de 3,6 millions d’euros. C’est un choix exigeant pour la Fédération, mais les résultats commencent à apparaître. Nous visions récemment une médaille aux championnats du monde, probablement en bronze, et nous sommes revenus avec deux médailles d’or. Cela montre le chemin parcouru.

Pourquoi la Fédération a-t-elle besoin aujourd’hui d’une Maison du badminton ?

Franck Laurent Notre organisation doit désormais se mettre à la hauteur de ce que le badminton français est devenu. Nous devons mieux gérer notre développement, nos finances, notre communication, l’animation du réseau fédéral et la formation.

Nos locaux actuels nous limitent fortement. Nous ne pouvons pas y organiser convenablement les réunions des commissions, les formations ou les grands rendez-vous de la vie fédérale. Nos quinze commissions travaillent essentiellement à distance. Nos formations se déroulent dans des salles trouvées au cas par cas et notre matériel reste dispersé dans plusieurs espaces de stockage.

Les outils numériques sont utiles, mais une fédération vit aussi grâce aux rencontres entre ses élus, ses bénévoles, ses salariés, ses cadres et ses clubs. Nous avons besoin d’un lieu où cette communauté puisse travailler, se former et construire des projets ensemble.

Vous insistez sur le fait que cette Maison du badminton ne se résume pas à un nouveau siège…

Franck Laurent  Le siège fédéral n’en occupera qu’une partie. Le cœur du projet, c’est un équipement au service de la pratique et du développement du badminton.

Il comprendra notamment un gymnase de neuf terrains, des salles de réunion et de formation, un espace muséale, des espaces de réception, de restauration et de stockage. Un club résident pourra y accueillir des jeunes et des adultes. Nous pourrons recevoir des scolaires, organiser des stages, réunir les équipes de France et accueillir des compétitions.

La Fédération organise environ 5 000 compétitions chaque année et nous manquons cruellement d’équipements, particulièrement en région parisienne. La proximité immédiate de l’Arena Grand Paris permettra aussi d’accueillir certains championnats de France et de faciliter l’organisation de nos grands événements.

Ce lieu ne remplacera pas l’INSEP. Il offrira un outil complémentaire pour les regroupements, la formation, la pratique quotidienne et la vie fédérale.

Le bâtiment sera également ouvert à d’autres publics ?

Franck Laurent C’est essentiel à son modèle. Les terrains pourront accueillir des pratiquants, des entreprises ou des établissements scolaires. Les salles de réunion et les espaces de réception pourront être utilisés en semaine par les acteurs économiques du territoire. Le restaurant et les autres services participeront aussi à la vie du quartier.

Nous avons conçu le projet à partir de nos propres besoins, puis nous avons constaté que ces équipements pouvaient servir beaucoup plus largement. Les commissions fédérales se réunissent surtout le week-end. Il serait absurde de laisser les salles inutilisées le reste du temps. Cette ouverture permettra de développer la pratique tout en contribuant au financement de l’exploitation.

Comment le projet de 16,5 millions d’euros doit-il être financé ?

Franck Laurent La Fédération apportera entre 1,5 et 2 millions d’euros de fonds propres, notamment grâce à la vente de son siège actuel. Elle prendra également en charge environ 8 millions d’euros d’emprunt sur vingt-cinq ans.

Nous recherchons parallèlement 6,5 millions d’euros de financements publics. La Région Île-de-France et la Métropole du Grand Paris ont chacune prévu une participation de 1,5 million d’euros. Des discussions se poursuivent avec le Département, Paris Terres d’Envol et la ville de Tremblay-en-France.

La contribution attendue de l’État s’élève à 1,5 million d’euros. Elle représente la brique indispensable pour sécuriser l’ensemble du plan de financement. Les autres financements publics sont conditionnés à la participation de l’Etat.

Pourquoi cette contribution de l’État produit-elle un effet de levier aussi important ?

Franck Laurent  Ces 1,5 million d’euros permettent d’abord de déclencher les 16,5 millions d’euros investis dans la Maison du badminton. Mais notre implantation conditionne également la réalisation, juste à côté, d’un équipement de 9 millions d’euros porté par la Compagnie des Alpes, avec du padel, de l’escalade, du football à cinq et une PSG Academy.

Au total, l’engagement demandé à l’État peut donc déclencher plus de 25 millions d’euros d’investissements directs. Il confortera aussi les projets hôteliers voisins et contribuera à l’activité du futur Campus Zéro Carbone.

Le site accueillera environ 70 salariés et pourrait générer entre 150 000 et 200 000 passages par an pour l’équipement Maison du Badminton et plus de 300 000 pour celui de la compagnie des alpes, soit plus de 500 000 personnes sur la ZAC Aérolians. L’enjeu dépasse très largement les seuls intérêts de la Fédération. Il concerne l’emploi, l’activité économique, l’attractivité du territoire et l’accès à la pratique sportive.

Qu’est-ce qui bloque encore aujourd’hui ?

Franck Laurent  Nous travaillons sur ce projet depuis plusieurs années. Nous avons multiplié les études et les échanges avec les services de l’État. Pourtant, alors que nous approchons du dépôt du permis de construire, nous ne disposons toujours pas d’une réponse claire.

On nous explique que certaines lignes budgétaires financent la rénovation énergétique, mais pas la construction neuve. Nous nous retrouvons ballotés entre différents dispositifs qui ne correspondent jamais complètement au projet. Pendant ce temps, nos autres partenaires attendent le signal de l’État. Certains conditionnent même leur participation à son engagement.

Je parlerais moins d’un coup de colère que d’un coup de fatigue. La Fédération a fait son travail. Elle s’est structurée, elle investit massivement dans son développement et elle engage ses propres ressources. Le projet est solide et ses effets sur le territoire sont considérables. On demande aux fédérations de réduire leur dépendance aux financements publics, et nous partageons cet objectif. Mais, pour un projet structurant comme celui-ci, l’État joue un rôle de déclencheur indispensable. Je préfère que l’État nous aide à investir aujourd’hui pour nous permettre de grandir, de développer nos ressources propres et de moins dépendre demain des subventions de fonctionnement.

Quel message adressez-vous aujourd’hui à l’État ?

Franck Laurent  Nous lui demandons de regarder ce projet dans sa globalité. La Maison du badminton donnera à une fédération en pleine croissance les moyens de poursuivre son développement. Elle accueillera des clubs, des scolaires, des formations, des compétitions et des équipes de France. Elle créera de l’activité et entraînera d’autres investissements.

La Fédération est prête à apporter ses fonds propres et à s’endetter sur vingt-cinq ans. Les collectivités territoriales se mobilisent. Il manque désormais 1,5 million d’euros de l’État pour rendre possible un ensemble de plus de 25 millions d’euros.

À ce niveau d’effet de levier, cette contribution constitue un investissement particulièrement utile pour le sport français et pour le territoire. Nous avons vraiment besoin de l’appui de l’Etat. Je veux garder espoir.

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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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