Le corps humain produit ses propres cannabinoïdes, appelés endocannabinoïdes. Parmi eux, l’anandamide (AEA) et le 2-arachidonoylglycérol (2-AG) sont des molécules différentes du THC (présent dans le cannabis), mais elles agissent sur les mêmes récepteurs cellulaires (CB1 et CB2). En mesurant ces lipides chez des coureurs de fond, une étude publiée dans BMC Medicine évalue les mécanismes biologiques associés au « plaisir de courir » (runner’s high), sans pour autant démontrer que l’effort équivaut à la consommation de cannabis.
Interessant et à mettre en perspective avec ce que je vous racontais après mon dernier IM – IronMan Juil. 05, 2026 Tours, IronMan n°34 : la promesse du pont suspendu, j’avais juré que c’était le dernier… jusqu’à la ligne d’arrivée
Une hausse des endocannabinoïdes liée à l’intensité et à la durée
L’étude repose sur deux expérimentations distinctes :
- Étude 1 (Marathon vs Marche) :
19 coureurs ont effectué un marathon (42,2 km), puis une session de marche rigoureusement ajustée à la même durée individuelle (time-matched).- Anandamide (AEA) : Sa concentration sanguine augmente de façon continue pendant le marathon (nettement supérieure à la marche dès le milieu de parcours) et reste élevée 45 minutes après l’arrivée. La marche entraîne également une hausse d’AEA, mais nettement plus modérée.
- 2-AG : Contrairement à l’AEA, sa hausse est retardée. Le 2-AG s’élève principalement vers la fin du marathon et durant la phase initiale de récupération.
- Étude 2 (Ultramarathons) :
36 athlètes ont participé à des courses de 100 km, 160 km ou 230 km (TorTour de Ruhr).- Après la course, les taux d’AEA et de 2-AG sont systématiquement plus élevés qu’avant le départ, quelle que soit la distance.
- Nuance d’intensité : Les concentrations post-effort d’AEA et de 2-AG observées après le marathon étaient globalement supérieures à celles mesurées après les ultramarathons, suggérant que l’intensité relative de l’exercice joue un rôle majeur, parfois supérieur à la seule durée.
A lire
États affectifs : une euphorie ciblée, une anxiété diminuée et une douleur croissante
Les chercheurs ont évalué trois composantes clés de l’état psychologique à l’aide d’échelles visuelles analogiques (EVA) :
- L’euphorie : Durant le marathon, l’euphorie déclarée est supérieure à celle mesurée pendant la marche, notamment au milieu et en fin d’épreuve. En revanche, lors des ultramarathons, aucune hausse significative de l’euphorie n’a été observée après la course.
- L’anxiété : Elle diminue progressivement en fin de marathon et baisse de manière significative après les ultramarathons (particulièrement sur 100 km et 160 km).
- La douleur : Elle augmente fortement au fil des kilomètres (nettement mesurable à partir de 28 km lors du marathon) et atteint des niveaux élevés chez les ultramarathoniens.
- Ressenti global du runner’s high : Lors du marathon, seuls 3 coureurs sur 19 déclarent avoir ressenti un véritable « plaisir de courir » pendant l’épreuve (8 ont répondu « non » et 8 étaient incertains). Lors des ultramarathons, 12 coureurs sur 36 ont rapporté cet état durant la course.
Ce qu’il ne faut pas conclure
- Molécules distinctes : Bien que les endocannabinoïdes et le THC agissent sur des récepteurs communs, l’AEA et le 2-AG sont des molécules endogènes produites « à la demande » par l’organisme.
- Absence de comparaison directe : L’étude n’a pas comparé la course à la consommation de cannabis et ne démontre pas d’équivalence pharmacologique.
- Mesures périphériques : Les dosages ont été effectués dans le sang périphérique ; ils reflètent des modifications biologiques globales et concomitantes aux états émotionnels, mais ne prouvent pas une relation de cause à effet directe entre le taux sanguin et l’euphorie cérébrale.
L’étude en bref
- Participants : 19 coureurs (marathon vs marche de durée égale) ; 36 ultramarathoniens (100, 160 ou 230 km).
- Résultats biologiques :
- AEA : Augmentation continue au fil des kilomètres, persistant 45 min après le marathon.
- 2-AG : Épisode d’augmentation plus tardif (fin de course et récupération).
- Autres lipides mesurés : L’étude a également suivi l’acide arachidonique (AA), le 1-AG et le palmitoyléthanolamide (PEA).
- Résultats psychologiques :
- Marathon : Hausse de l’euphorie et baisse de l’anxiété par rapport à la marche, accompagnées d’une hausse notable de la douleur à partir de 28 km.
- Ultramarathons : Baisse marquée de l’anxiété et hausse importante de la douleur, sans modification significative de l’euphorie.
- Conclusion clé : L’exercice d’endurance prolongé induit une dynamique temporelle structurée des endocannabinoïdes, mais l’intensité de l’effort semble jouer un rôle primordial dans cette réponse biologique.
Source Endocannabinoid dynamics across marathon and ultramarathon running: evidence from two field studies
Michael Siebers , Dana Huvermann, Christoph Siebers, Deborah Canales-Romero, Alexandra Florea-Ghile,
Lina Keite, Lucas John, Moritz Munk, Roman Bizjak, Jens Witzel, Sebastian Schulz, Johannes Kirsten,
Laura Bindila, Anke Hinney, Marijke Grau, Daniel A Bizjak, Harald Engler and Johannes Fuss


