Enhanced Games : le dopage est-il vraiment le cœur du problème ? Thierry Ménissier, Fabien Ohl, Patrick Trabal
Les Enhanced Games, compétition assumant l’usage de produits améliorant la performance, suscitent de vives réactions dans le monde sportif. Mais selon Thierry Ménissier Professeur de philosophie politique, Université Grenoble Alpes (UGA), Fabien Ohl Professeur de sociologie, sciences du sport, faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne, Université de Lausanne et Patrick Trabal Professeur de Sociologie et Sciences et techniques des activités physiques et sportives, Université Paris Nanterre le débat ne peut se limiter à la seule question du dopage : il interroge aussi les fondements du sport moderne, les inégalités d’accès à la performance et la place accordée à l’innovation.
Au-delà du dopage, une remise en cause du modèle sportif
L’article souligne que les Enhanced Games mettent en lumière une réalité souvent occultée : le sport de haut niveau repose déjà sur de multiples formes d’optimisation, qu’elles soient technologiques, médicales ou financières. La frontière entre amélioration autorisée et interdite apparaît ainsi plus complexe qu’un simple débat entre sport propre et sport dopé. Les promoteurs des Enhanced Games revendiquent d’ailleurs une approche fondée sur la transparence et l’encadrement médical des pratiques d’amélioration de la performance.
Une réflexion sur les valeurs du sport
Pour les auteurs, la véritable question porte sur les valeurs que le sport souhaite défendre. Les Enhanced Games obligent à s’interroger sur les notions d’équité, de mérite, de santé et d’égalité des chances dans un environnement où les ressources, les technologies et les méthodes d’entraînement sont déjà très inégalement réparties. Plus qu’un débat sur le dopage, cette initiative ouvre une discussion sur les limites que les sociétés souhaitent fixer à la quête de performance humaine.


