Du corps utile à l’éducation globale : la lente construction du sport et de l’EPS au Québec

Longtemps encadré par la famille et l’Église, le sport québécois s’est progressivement institutionnalisé. La Révolution tranquille marque un tournant décisif avec l’entrée en scène de l’État. Une évolution qui fait de l’éducation physique un pilier du développement des individus. Un article signé Florent Lefèvre Stagiaire postdoctoral en histoire du sport, Université du Québec à Montréal (UQAM) Brice Favier-Ambrosini Professor, Educational sciences, Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) Tegwen Gadais Professor, Département des sciences de l’activité physique, Université du Québec à Montréal (UQAM)dans the conversation


Une structuration progressive entre influences religieuses et modèles sociaux

Au Québec, le sport et les loisirs se sont d’abord développés de manière informelle, portés par les familles, les communautés et des initiatives locales dès le XIXe siècle. Rapidement, des acteurs religieux prennent une place centrale dans leur organisation, structurant les pratiques autour de valeurs morales, éducatives et sociales. Entre les années 1930 et 1950, l’éducation physique repose sur des modèles contrastés : un agriculturisme rural valorisant le travail du corps et un militarisme urbain axé sur la discipline et la robustesse. Parallèlement, émergent les premiers courants pédagogiques qui envisagent l’activité physique comme une composante de l’éducation globale de la personne, soutenus par la création d’institutions spécialisées et les premières formations d’éducateurs. Cette période marque ainsi une transition encore fragile entre une approche utilitaire du corps et une vision éducative plus ambitieuse.

La Révolution tranquille : basculement vers une gouvernance publique et une reconnaissance éducative

Les années 1960 constituent un moment de rupture majeur avec la Révolution tranquille, période de transformation profonde marquée par une intervention accrue de l’État dans les politiques publiques Révolution tranquille. Le retrait progressif de l’Église du champ éducatif et sportif ouvre la voie à une pluralité d’acteurs — écoles, universités, municipalités, associations — et à une structuration institutionnelle du sport et des loisirs. La création du ministère de l’Éducation en 1964 et le développement d’organismes publics consacrent l’éducation physique comme un domaine central de formation Ministère de l’Éducation du Québec. Dans le même temps, les universités développent des programmes spécialisés, contribuant à la professionnalisation du secteur. Cette évolution s’accompagne d’un changement de paradigme : le sport n’est plus considéré comme éducatif en soi, mais comme un outil pédagogique nécessitant un encadrement structuré, inscrivant durablement l’éducation physique au cœur des enjeux sociaux et éducatifs contemporains.

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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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