« L’esprit critique, dans le petit monde de l’EPS » par Didier Delignières ; l’EPS a-t-elle perdu le goût de la controverse ?
Dans un texte aussi stimulant que dérangeant, Didier Delignières sur son blog s’interroge sur la place de l’esprit critique dans le petit monde de l’éducation physique et sportive. Entre conformisme institutionnel, évitement du débat politique et repli sur les pratiques de terrain, il appelle les acteurs de l’EPS à sortir de leur zone de confort pour repenser les finalités de la discipline face aux grands défis du XXIe siècle.
Une discipline qui débat peu de ses fondements
Le constat dressé par Didier Delignières est sévère. Selon lui, l’EPS s’est progressivement installée dans une forme de consensus où les textes officiels sont rarement contestés, où les controverses intellectuelles sont devenues marginales et où les publications professionnelles privilégient les retours d’expériences plutôt que les débats de fond. L’auteur regrette une discipline davantage préoccupée par les situations pédagogiques, les outils ou les innovations de terrain que par les grandes questions qui traversent l’école et la société.
Cette absence de confrontation des idées conduirait à un affaiblissement de l’esprit critique collectif. En s’appuyant sur les travaux de Bachelard, Popper ou encore Morin, Didier Delignières rappelle qu’aucune théorie, aucune pratique et aucun modèle ne devraient échapper à la critique. Pour lui, l’EPS ne pourra progresser qu’en acceptant davantage la controverse, en confrontant ses conceptions de l’émancipation, de la réussite, du plaisir ou encore de la culture sportive.
Repenser les finalités de l’EPS face aux défis contemporains
Au-delà des débats internes à la discipline, l’auteur invite l’EPS à se saisir des grandes transformations du monde contemporain : dérèglement climatique, montée des inégalités, hyperconnexion, individualisme, accélération des rythmes de vie ou encore fragilisation du débat démocratique. Selon lui, l’école ne peut se limiter à aider les élèves à s’adapter à ces évolutions ; elle doit aussi leur donner les moyens de les comprendre, de les questionner et de les transformer.
Cette réflexion conduit à réaffirmer une ambition éducative forte : former des citoyens capables d’exercer leur jugement, de résister aux idées reçues et de participer à la construction d’un avenir collectif. Pour Didier Delignières, l’enjeu dépasse largement la seule EPS. Mais la discipline, parce qu’elle agit directement sur les corps, les comportements et les rapports sociaux, dispose d’une responsabilité particulière dans cette mission d’émancipation. Une invitation à rouvrir le débat sur ce que l’EPS veut réellement transmettre aux générations qui devront affronter les défis de demain.


