L’entretien de Marie-Amélie Le Fur sur l’avenir de l’ANS Agence nationale du sport qui interroge 
(sur le fond et sur la forme)

L’entretien de Marie-Amélie Le Fur dans Localtis sur l’avenir de l’Agence nationale du sport se veut rassurant.
Mais à bien y regarder, la forme même du discours interroge. J’ai l’habitude de dire à mes étudiants que la forme d’une copie ou d’un mémoire est toujours le fond qui remonte à la surface. Cet entretien sur feuille de route 2026-2030 de l’ANS en est une illustration presque parfaite


Une forme qui trahit un manque de ligne claire

J’ai l’habitude de dire à mes étudiants que la forme d’une copie ou d’un mémoire est toujours le fond qui remonte à la surface. Cet entretien en est une illustration presque parfaite. Les phrases s’enchaînent, accumulant les notions – “priorité”, “gouvernance partagée”, “pilotage national”, “ingénierie” – sans jamais les hiérarchiser. Les répétitions, les contradictions implicites entre territorialisation et recentralisation, ou encore les formulations circulaires traduisent moins une maladresse qu’une difficulté à stabiliser une ligne stratégique. Ironie du texte : on peut y lire cette affirmation – « la priorité […] n’est pas la forme mais le fond » – alors même que la forme révèle ici les incertitudes du fond.

Pour les mauvaises langues qui penseraient que l’analyse manque d’objectivité — et pour celles et ceux qui ne liront pas l’entretien — un exemple suffit :

Une gouvernance partagée… vraiment ?

« On souhaite vraiment faire des plans sportifs territoriaux (PST) pensés à l’échelle d’une gouvernance partagée la priorité de notre action, avec un adossement beaucoup plus direct des crédits PST. Aujourd’hui, ce n’est pas totalement relié. L’idée c’est d’avoir des crédits qui émanent directement du national pour venir abonder ces PST en ne faisant plus forcément des conférences régionales du sport la priorité. »
 J’avoue ne pas bien comprendre la signification de cette phrase.

Un fond plus structurant : une ambiguïté persistante sur la nature de l’ANS

L’entretien met en exergue une ambition : « retrouver l’état d’esprit avec lequel on a créé l’ANS ». Mais la définition qui en est donnée interroge profondément. En évoquant un « opérateur de l’État », même articulé avec une gouvernance partagée, le discours opère un glissement majeur. Car contrairement à ce qui est suggéré, l’ANS n’a jamais été pensée à l’origine comme un simple opérateur de l’État, mais comme un outil de gouvernance partagée à responsabilité répartie entre l’État, le mouvement sportif, les collectivités et le monde économique.

Ce n’est pas une nuance sémantique : c’est une différence de nature.

Derrière l’appel à l’intelligence collective et au dialogue stratégique, se pose donc une question centrale, encore non tranchée : l’ANS est-elle un instrument de co-construction des politiques sportives ou un opérateur chargé de mettre en œuvre les priorités définies par l’État ?

Marie-Amélie Lefur « Il faut retrouver l’état d’esprit avec lequel on a créé l’ANS, sous format GIP »

Une contradiction majeure : une feuille de route déjà arrêtée… sans clarification de la gouvernance

Marie-Amélie Le Fur présente dans cet entretien les grandes lignes de la feuille de route. Selon nos informations, celle-ci a d’ores et déjà été validée par la ministre des Sport Marina Ferrari, qui l’a annoncée lors d’un conseil d’administration extraordinaire à l’occasion de la nomination de la nouvelle directrice générale, Marie-Cécile Tardieu.

Dès lors, une interrogation s’impose.

Comment concilier cette validation politique avec les propos suivants :

  • « Donc, on fait un point d’étape avec tous nos membres fondateurs pour savoir s’ils continuent de trouver du sens à collaborer au sein de l’ANS »
  • « On va se réinterroger : a-t-on toujours cette cohérence des membres fondateurs ? Faut-il en ajouter ? Certains souhaitent-ils se retirer de l’aventure ? »

La contradiction est frontale.

Un projet stratégique peut-il être adopté, validé et annoncé sans avoir préalablement sécurisé l’adhésion de ses membres fondateurs ? Autrement dit, peut-on fixer une trajectoire avant même de savoir si ceux qui sont censés la porter souhaitent toujours participer à l’aventure collective ?

Cette inversion du processus interroge directement la réalité de la gouvernance partagée revendiquée. Initialement, c’est au prochain conseil d’administration que devait être discutée cette feuille de route.

Bon courage à la nouvelle directrice de l’ANS

On ne peut, à ce stade, que souhaiter bon courage à la nouvelle directrice de l’ANS, Marie-Cécile Tardieu, qui prendra ses fonctions …. le 1er avril.

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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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