Sport-santé : entre injonction publique et émancipation associative par Emmanuelle Bonnet Ouladj
Le sport-santé est devenu une priorité des politiques publiques. Mais cette apparente évidence masque des visions très différentes de la pratique sportive. Dans un long article publié par Mouvements des idées et des luttes , Emmanuelle Bonnet Ouladj propose une lecture politique et historique du sport-santé, en interrogeant sa capacité à être un outil d’émancipation plutôt qu’un simple instrument de normalisation.
Une histoire du sport-santé intimement liée aux politiques publiques
L’auteure rappelle que les liens entre activité physique et santé ne sont pas nouveaux. Depuis la fin du XIXᵉ siècle, l’État mobilise le sport pour répondre à des enjeux sanitaires, militaires ou sociaux, de l’hygiénisme républicain à la lutte actuelle contre la sédentarité. En retraçant l’histoire de la Fédération française d’éducation physique et de gymnastique volontaire (FFEPGV), elle montre comment une tradition d’éducation populaire a progressivement été intégrée aux politiques publiques de prévention, jusqu’au développement du sport sur ordonnance et des dispositifs contemporains de sport-santé.
Entre injonction à “bouger” et projet d’émancipation
L’analyse souligne la tension entre deux modèles. D’un côté, une approche centrée sur la responsabilisation individuelle, où chacun est invité à gérer son “capital santé” dans une logique de prévention et de performance, souvent renforcée par le marché du bien-être et du fitness. De l’autre, une conception associative qui fait du sport un espace d’apprentissage, de lien social et d’éducation populaire. Pour l’auteure, le sport-santé n’est jamais neutre : il peut devenir un outil de normalisation des comportements ou, au contraire, favoriser l’autonomie, la participation collective et l’émancipation. Son avenir dépendra moins des prescriptions publiques que du projet politique et éducatif porté par les associations et les fédérations.


