Sport : à quoi sert l’IGÉSR si plus de la moitié de ses rapports d’audit ne sont pas publiés ?

C’est tombé : les promus à l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche ont été nommés par arrêté du 3 août 2026. En découvrant la liste, on s’est laissé dire dans les couloirs du ministère et des établissements que certains ont trouvé un goût amer au café du matin. L’occasion de revenir sur l’utilité de l’IG, en particulier dans le domaine du sport.

Créée par le décret n° 2019-1001 du 27 septembre 2019 (service effectif au 1er octobre 2019) par la fusion de l’IGEN, de l’IGAENR, de l’IGB et de l’IGJS (Jeunesse et Sports), l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR) dispose d’une compétence élargie sur le monde sportif. L’IG comptait environ 256 inspecteurs généraux fin août 2024, pour un coût estimé à 45 M€.

En théorie, l’inspection fixe son cap via un programme de travail arrêté au Bulletin officiel (BO), complété par des rapports d’évaluation thématiques rendus publics. En pratique, l’activité de son pôle Sport s’articule autour de deux axes très distincts :

  1. La vitrine institutionnelle : des rapports d’évaluation thématiques (30′ APQ, héritage des JOP, Maisons Sport-Santé, e-sport, natation) publiés au fil de l’eau sur le site du ministère.
  2. La « police des fédérations » sous le sceau du secret : des audits d’urgence, de gouvernance et de sanctions (FFF, FFR, FFGym, FFE, CNOSF) ordonnés par le ministère à la suite de scandales médiatiques. Ces rapports d’audit ne sont presque jamais publiés officiellement, car ils sont soumis aux procédures contradictoires ou transmis directement au Parquet au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale.

À ces deux axes s’ajoute une troisième catégorie, plus discrète encore : des évaluations stratégiques d’organisation — à l’image du rapport inter-inspections sur l’avenir de l’Agence nationale du sport (ANS), remis au gouvernement fin 2025 et resté « dans les tiroirs » — qui ne sont jamais rendues publiques.

Tableau récapitulatif global des principaux travaux « Sport » de l’IGÉSR (2019–2027)

Le tableau distingue les missions programmées au BO (jaune), les audits / rapports non publiés (rouge) et les rapports effectivement publiés (vert).

Bilan chiffré : sur les 35 travaux « sport » recensés, 16 rapports ont été publiés et 19 ne le sont pas — soit plus de la moitié. Surtout, la quasi-totalité des audits de fédérations et les évaluations stratégiques récentes (Alpes 2030, ANS) restent confidentiels.

À quoi sert l’IGÉSR dans le sport ?

L’analyse transversale de la période 2019-2027 met en évidence le double rôle assumé par l’IGÉSR dans le domaine du sport :

1. Un pôle d’évaluation publique des politiques éducatives et sportives : les travaux planifiés au BO (héritage des JOP, Maisons Sport-Santé, lutte contre les noyades, e-sport, accompagnement du haut niveau) sont publiés sous forme de rapports détaillés afin d’alimenter les décisions publiques et les travaux des collectivités.

2. Un instrument de régulation et de crise sous le sceau du secret : en parallèle, l’IGÉSR agit comme une « police administrative des fédérations ». Mandatée d’urgence sur les dossiers d’atteintes éthiques, de harcèlement ou de gouvernance (FFF, FFR, FFGym, FFSG, FFE), elle produit des rapports non publiés sur le portail ministériel, mais dont les effets juridiques et politiques sont immédiats (démission de dirigeants, retraits d’agrément, signalements systématiques aux parquets sur le fondement de l’article 40 du Code de procédure pénale).

Une discrétion sélective qui interroge

Au terme de cet inventaire, le constat mérite d’être nuancé. L’IGÉSR n’est pas un service opaque : sur la période 2019-2027, seize rapports thématiques touchant au sport ont été rendus publics — de l’héritage des JOP aux Maisons Sport-Santé, du e-sport à la pratique sportive étudiante. La difficulté est ailleurs, et elle est plus précise : ce sont les travaux les plus sensibles qui échappent au regard du public.

Les audits de fédérations (FFF, FFR, FFGym, FFE, CNOSF, FFSG), déclenchés dans l’urgence des crises, ne sont presque jamais publiés ; les évaluations stratégiques majeures — l’avenir de l’Agence nationale du sport, le modèle des JOP d’hiver Alpes 2030 — restent, elles aussi, dans les tiroirs. Plus l’enjeu démocratique et financier est fort, moins la production de l’inspection est accessible !

Les enquêtes portant sur des personnes ou des situations de crise appellent, à l’évidence, confidentialité et protection des informations sensibles. Mais le secret n’explique pas tout. Lorsqu’ils évaluent la gouvernance d’une fédération, un dispositif national ou l’usage de financements publics, ces travaux devraient nourrir le débat, éclairer les décideurs et permettre de suivre les suites données aux recommandations.

À défaut de publier chaque rapport dans son intégralité, le ministère pourrait au minimum rendre publique la liste exhaustive des missions sportives, préciser le statut de chacune, diffuser des synthèses anonymisées et indiquer les suites apportées aux préconisations. Une inspection générale ne se juge pas seulement au nombre de ses rapports, mais à l’utilité et à la visibilité de ses travaux. Sur les audits et les évaluations stratégiques du sport, cette visibilité reste aujourd’hui singulièrement insuffisante.

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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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