Quelle place pour les activités physiques et sportives dans les scénarios 2050 du Sénat ?
Le Sénat vient de publier un remarquable exercice de prospective intitulé L’évolution des valeurs dans le champ économique à l’horizon 2050. Derrière une réflexion qui porte d’abord sur l’économie, ce rapport éclaire en réalité les grandes transformations qui façonneront nos modes de vie, nos territoires et nos priorités collectives dans les vingt-cinq prochaines années.
Pour le monde du sport, l’intérêt est évident. Car si les activités physiques et sportives ne sont pas mentionnées , elles se trouvent au croisement de plusieurs enjeux majeurs identifiés par les rapporteurs : santé, vieillissement, bien-être, résilience, cohésion sociale et adaptation au changement climatique.
Des transformations profondes qui vont remodeler la société
Le rapport identifie plusieurs tendances lourdes qui pèseront sur l’ensemble des politiques publiques d’ici 2050.
La première est démographique. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les personnes âgées de plus de 65 ans sont devenues plus nombreuses que les enfants de moins de cinq ans. Cette évolution va profondément transformer les besoins sociaux, sanitaires et économiques. La prévention, l’autonomie et le maintien en bonne santé deviendront des enjeux centraux.
La deuxième rupture est climatique. Les générations nées dans les années 2020 connaîtront davantage de canicules, d’inondations, de sécheresses et d’événements extrêmes que les générations précédentes. L’Europe est déjà le continent qui se réchauffe le plus rapidement et la France pourrait connaître un réchauffement supérieur à la moyenne mondiale.
La troisième transformation est technologique. Intelligence artificielle, automatisation, numérisation et économie de la donnée redéfinissent déjà les modèles économiques. Dans certains futurs envisagés par le Sénat, les algorithmes pourraient devenir des outils centraux de pilotage de l’activité humaine.
Enfin, une interrogation traverse tout le rapport : la croissance économique restera-t-elle la valeur dominante ou sera-t-elle progressivement concurrencée par d’autres priorités comme la santé, le bien-être, la sobriété ou la préservation du vivant ?
Quatre scénarios pour imaginer l’économie et la société de 2050
Pour répondre à cette question, le Sénat construit quatre scénarios à partir de deux axes structurants.
- Le premier oppose une société centrée sur la croissance économique à une société privilégiant davantage le bien-être, la santé et la qualité de vie.
- Le second oppose l’hyper-innovation technologique à des logiques davantage fondées sur la sobriété, la résilience et l’adaptation.
De ce croisement naissent quatre futurs possibles.

Le scénario de la croissance à marche forcée par l’hyper-innovation et la domination algorithmique
La croissance demeure la priorité absolue. L’intelligence artificielle, les technologies de rupture et la valorisation des données structurent l’ensemble de l’économie. Les décisions sont largement guidées par les algorithmes et la recherche de performance.
Le scénario de la croissance décarbonée et contrôlée
La croissance reste l’objectif principal mais elle s’inscrit dans un cadre fortement régulé visant à respecter les limites environnementales. Les technologies vertes, les mécanismes de régulation et les politiques climatiques deviennent les moteurs de la prospérité.
Le scénario de la sobriété choisie
Les citoyens privilégient volontairement le temps libre, la qualité de vie, les relations sociales et la santé. La réussite collective n’est plus évaluée uniquement à travers le PIB mais à travers des indicateurs de bien-être et de prospérité humaine.
Le scénario des communautés locales résilientes
Face aux crises écologiques, énergétiques ou géopolitiques, les territoires renforcent leur autonomie. Les solidarités locales, les circuits courts et les dynamiques communautaires deviennent des éléments centraux de l’organisation sociale.
Le sport : un acteur différent selon chaque futur
La lecture sportive de ces scénarios est particulièrement éclairante.
Dans le scénario de la croissance à marche forcée par l’hyper-innovation et la domination algorithmique, le sport devient un laboratoire technologique. Capteurs, intelligence artificielle, biométrie, entraînement personnalisé et analyse prédictive transforment aussi bien la pratique que la performance. Le risque est celui d’une pratique toujours plus individualisée et pilotée par la donnée.
Dans le scénario de la croissance décarbonée et contrôlée, le sport est appelé à contribuer à la transition écologique. Les équipements devront réduire leur empreinte carbone, les mobilités actives seront encouragées et les organisations sportives devront intégrer pleinement les enjeux environnementaux dans leur fonctionnement.
Le scénario de la sobriété choisie apparaît probablement comme le plus favorable au développement massif des activités physiques. Lorsque la santé, le bien-être, le temps disponible et la qualité de vie deviennent les principaux indicateurs de prospérité, l’activité physique s’impose naturellement comme un investissement collectif majeur.
Enfin, dans le scénario des communautés locales résilientes, les clubs sportifs retrouvent un rôle essentiel de proximité. Ils deviennent des lieux de sociabilité, de solidarité et de cohésion territoriale. Les équipements de quartier, les espaces naturels et les associations locales constituent alors des infrastructures stratégiques du vivre-ensemble.
Dès lors, quel que soit le scénario retenu, les activités physiques et sportives apparaissent comme une réponse pertinente à plusieurs défis majeurs du XXIe siècle : lutter contre les effets du vieillissement, améliorer la santé des populations, renforcer le lien social, favoriser l’adaptation climatique et développer la résilience des territoires. Le sport tout comme le corps est absent du rapport du Sénat. Mais à la lecture de ses scénarios, il pourrait bien être au cœur des sociétés de 2050.
Les trois orientations proposées par le Sénat pour 2050
Au-delà des scénarios prospectifs, le Sénat formule trois grandes orientations de politiques publiques destinées à replacer « la santé du vivant » au cœur de la valeur économique.
1. Construire un nouveau récit collectif
Les rapporteurs estiment nécessaire de dépasser une vision exclusivement centrée sur la croissance économique pour intégrer davantage les notions de santé, de bien-être, de résilience et de préservation du vivant. L’objectif est de faire évoluer les représentations collectives et de redonner du sens aux politiques publiques à travers une approche plus globale du progrès.
2. Réviser les outils de mesure de la prospérité
Le Sénat préconise de compléter, voire de dépasser, le PIB par de nouveaux indicateurs permettant de mesurer la résilience écologique et sociale, la qualité de vie, l’état des ressources naturelles ou encore les conséquences des décisions actuelles sur les générations futures. La comptabilité socio-environnementale est également appelée à jouer un rôle croissant dans l’évaluation des politiques publiques et des activités économiques.
3. Adapter la gouvernance au temps long
Les rapporteurs soulignent la difficulté des institutions actuelles à intégrer les enjeux de long terme. Ils proposent de faire évoluer les mécanismes de gouvernance afin de mieux prendre en compte les limites environnementales, les intérêts des générations futures et les impératifs de durabilité dans les processus de décision.
Quelle grille de lecture pour le sport ?
Sans jamais évoquer les activités physiques et sportives, ces trois orientations interrogent directement les politiques sportives. Comment mesurer la contribution du sport à la santé, au bien-être ou à la cohésion sociale ? Comment intégrer davantage les enjeux environnementaux dans les équipements et les événements ? Comment mieux prendre en compte les bénéfices du sport à long terme dans les arbitrages publics ?


