Une rentrée qui commence par du mouvement, des moyens et deux lois. Et qui laisse ouverte une question de fond : le sport est-il traité comme une politique à part entière, ou comme un outil au service des autres ?
Une rentrée qui bouge
Bonne nouvelle pour commencer : septembre s’annonce actif. L’instruction interministérielle « Septembre Bouge » fait de la rentrée un mois dédié à la promotion de l’activité physique, avec la Fête du sport en point d’orgue. Un cadre national, un calendrier, une occasion à saisir pour les collectivités et les clubs.
Dans le même temps, le sport se dote d’un outil d’insertion à grande échelle. Face à 1,5 million de jeunes éloignés de l’emploi, Amélie Oudéa-Castéra, Thibaut Guilluy, Maya Atig et Jean-Louis Borloo appellent, dans La Tribune Dimanche, à une « grande épopée de la jeunesse par le sport » et annoncent la Fondation Insertion Jeunes par le sport — Medef, CNOSF et France Travail, sous l’égide de la Fondation du sport français —, lancée le 27 août à La REF 2026. Objectif affiché : 100 000 jeunes ramenés vers l’emploi d’ici 2030. Un porteur, une cible, une date : c’est exactement ce qui manque à beaucoup d’intentions.
Reste que ces mobilisations reposent toutes sur les mêmes personnes, celles qui font pratiquer au quotidien. Signalons à l’occasion que le salaire moyen d’un professeur d’EPS s’établit à 3 180 € net mensuel en 2024.
Deux lois qui concernent le sport sans le dire
La rentrée juridique, elle, se joue ailleurs que dans les lois sur le sport. La loi montagne fait entrer le PDESI dans la servitude d’accès : un outil de planification départemental devient un levier juridique pour sécuriser la pratique des sports de nature. Et la loi RIPOST durcit le régime des interdictions de stade.
Ouvrir l’accès d’un côté, restreindre de l’autre, dans deux textes qui ne portent pas sur le sport : c’est souvent là, en périphérie, que se décide le cadre réel de la pratique.
Mais où est passé le sport ?
Car au centre, le compte n’y est pas. À la lecture de la Directive nationale d’orientation « Jeunesse, engagement civique et sport », Patrick Roult constate que le sport y est moins une culture et une finalité qu’un outil au service de la santé, de l’inclusion ou de l’insertion. Le haut niveau en est absent, les priorités s’empilent sans hiérarchie, et le texte répond davantage aux problèmes de l’administration territoriale du sport qu’à ceux du sport français.
C’est tout l’enjeu du troisième volet de notre série sur 2027. Le scénario « Le retour d’AP 22 » revient à la borne de 2018 : une agence recentrée sur la seule haute performance, cogérée, avec mandat pluriannuel et comptes à rendre. Le développement, lui, est un autre métier : il se joue dans les territoires, par le triangle collectivité – mouvement sportif – monde économique, avec une compétence écrite et une ressource affectée. Deux métiers, deux circuits, deux règles de décision. Et derrière, la question que huit ans de réforme ont contournée : à quoi sert l’État dans le sport lorsqu’il ne gère plus ni la performance ni le développement ? Après la re-souveraineté étatique et « Le mouvement sportif prend la main avec le sport finance le sport », la comparaison viendra en fin de série.
Pendant que les institutions cherchent leur schéma, la pratique s’est déjà déplacée : le bilan des licences 2016-2025 montre une métamorphose du paysage sportif français en dix ans.
L’intégrité, angle mort
Reste ce sans quoi rien ne tient : la sincérité du résultat. Dans notre entretien avec Pierre Sallet, Good Game! revient sur la validation scientifique internationale de sa méthode de détection par analyse vidéo, sur 134 investigations menées dans 22 pays et 7 sports, et sur un « paradoxe français » : une expertise reconnue ailleurs, difficile à financer ici. Avec une alerte : des signatures de matchs anormaux dans plusieurs compétitions professionnelles françaises.
2 nouveaux outils gratuits pour votre rentrée
Et pour accompagner cette rentrée, deux nouveaux outils viennent enrichir la boîte à outils des décideurs du sport — qui en compte désormais neuf, tous gratuits (cf. infra).
- Panorama des licences sportives : les licences 2016-2025 ramenées à leur structure par âge et par sexe, par territoire, par fédération, par famille et sous-famille.
- Équipements sportifs : cartographie du RES à la demande : tous les équipements du RES à cartographier selon vos choix multiples.
En fil rouge de cette quinzaine : le sport n’a jamais été autant sollicité — pour la santé, l’insertion, la cohésion — et rarement aussi peu traité pour lui-même. Reste à appliquer la même exigence au sport lui-même : qui décide, qui finance, qui contrôle — et qui protège sa règle, son intégrité et ceux qui l’enseignent.
Nous y reviendrons, bien sûr !
Bonne lecture !
Patrick Bayeux.


