Eurobaromètre sport et activité physique 2026 #3 : des écarts sociaux marqués et une mobilité active en retrait

La baisse de la non-pratique sportive en France, de 45 % à 36 % entre 2022 et 2026, ne gomme pas les écarts entre catégories : 18 % des cadres déclarent ne jamais faire de sport, contre 37 % des ouvriers et 54 % des retraités. L’enquête européenne montre aussi que l’activité physique du quotidien, celle des déplacements et des loisirs, occupe moins de temps en France que dans la moyenne de l’Union, et que l’aménagement des quartiers pour la marche, le vélo et le fauteuil roulant y est jugé moins favorablement.

L’essentiel Non-pratique sportive : 18 % chez les cadres, 37 % chez les ouvriers, 54 % chez les retraités, 67 % chez les hommes et femmes au foyer ; 33 % chez les hommes, 38 % chez les femmes.Âge : plus de sept personnes de 75 ans et plus sur dix ne pratiquent jamais (72 % des hommes, 71 % des femmes).Activité physique hors sport : 29 % y consacrent 3 heures ou plus par semaine, contre 38 % dans l’UE (20e rang).Trajets : 30 % des pratiquants citent les déplacements comme lieu d’activité (UE 37 %, 22e rang).Aménagement : cyclabilité jugée adéquate par 63 % (UE 71 %), accessibilité en fauteuil roulant par 41 % (UE 53 %, 23e rang).

1. Qui ne fait jamais de sport ?

La fiche France de l’Eurobaromètre détaille la part des personnes qui ne font jamais de sport ou d’exercice physique selon le sexe, l’âge et la catégorie socioprofessionnelle. Elle permet aussi de mesurer, pour les mêmes groupes, la part de ceux qui n’ont jamais d’activité physique hors sport (marche ou vélo pour se déplacer, danse, jardinage).

Catégorie socioprofessionnelleJamais de sport — FranceJamais de sport — UE27Jamais d’activité physique hors sport — FranceIdem — UE27
Cadres, directeurs18 %21 %6 %11 %
Indépendants19 %34 %9 %15 %
Autres employés34 %34 %9 %18 %
Ouvriers37 %41 %8 %19 %
Chômeurs33 %41 %19 %20 %
Retraités54 %57 %22 %26 %
Hommes, femmes au foyer67 %58 %15 %25 %
Étudiants4 %10 %1 %6 %
Ensemble36 %39 %12 %18 %

Tableau 1 — Part des personnes déclarant ne « jamais » faire de sport ou d’exercice physique (QB1) et ne « jamais » avoir d’activité physique pour d’autres raisons que le sport (QB2), en %. Source : Commission européenne, Eurobaromètre spécial 574, avril-mai 2026, fiche France, p. 1. Effectifs réduits par catégorie.

L’écart entre cadres (18 %) et ouvriers (37 %) est de 19 points en France, contre 20 points dans l’UE (21 % et 41 %). Les hommes et femmes au foyer sont le seul groupe où la part française dépasse nettement la moyenne européenne (67 % contre 58 %). Chez les indépendants, elle est inférieure de 15 points (19 % contre 34 %) (fiche France, p. 1).

Selon le sexe, la non-pratique concerne 33 % des hommes et 38 % des femmes, un écart de 5 points identique à celui de l’UE (36 % et 41 %). Elle progresse avec l’âge : 16 % chez les hommes et 14 % chez les femmes de 15 à 24 ans, 72 % et 71 % chez les 75 ans et plus (fiche France, p. 1). Ces sous-groupes portent sur des effectifs réduits et les écarts entre tranches d’âge voisines ne doivent pas être sur-interprétés.

2. Ce qui freine la pratique

Raison de ne pas pratiquer plus régulièrementFranceÉvol. 2022UE27Évol. 2022
Manque de temps (travail, études, famille, aidance)33 %-437 %-4
Manque de motivation ou d’intérêt25 %+126 %+1
Fait déjà du sport de manière régulière (spontané)16 %+814 %+4
Problèmes de santé ou blessures15 %—15 %—
C’est trop cher13 %+212 %+2
Handicap ou maladie chronique9 %—8 %—
Ne veut pas risquer de se blesser7 %+17 %-1
Pas d’amis avec qui pratiquer6 %+27 %+2
Pas d’infrastructures adaptées ou accessibles près de chez soi3 %=7 %+2

Tableau 2 — « Quelles sont les principales raisons qui expliquent pourquoi vous ne faites pas d’exercice, de sport ou d’autres activités physiques de façon plus régulière ? » (plusieurs réponses), en % de l’ensemble. Source : Commission européenne, Eurobaromètre spécial 574, avril-mai 2026, annexe de données, QB9, p. 25-26 ; fiche France, p. 3. « — » : évolution non reprise pour les modalités relatives à la santé et au handicap, l’infographie de la Commission signalant la modalité « problèmes de santé ou blessures » comme nouvelle en 2026.

Le manque de temps reste le premier frein, mais il est moins cité en France que dans l’UE. L’absence d’infrastructures de proximité n’est citée que par 3 % des Français ; seul le Danemark fait apparaître une part plus faible (annexe, QB9, p. 25).

3. Moins de temps d’activité physique au quotidien

L’activité physique hors sport est devenue plus fréquente : 36 % des Français en ont une presque quotidienne (+20 points depuis 2022) et 40 % plusieurs fois par semaine (+3 points) ; 12 % n’en ont jamais (-15 points) (annexe, QB2R, p. 6). La marche progresse également : 71 % marchent au moins 10 minutes consécutives 4 à 7 jours par semaine (+12 points ; UE 72 %) (annexe, QB3R, p. 11).

Graphique 1 — Fréquence de l’activité physique pratiquée pour d’autres raisons que le sport, UE27 (anneau extérieur) et France (anneau intérieur), et part des « jamais » par sous-groupe (QB2, %). © Union européenne, 2026. Source : Commission européenne, Eurobaromètre spécial 574, avril-mai 2026, fiche France, p. 1 (graphique reproduit tel que publié).

Le volume reste toutefois en deçà de la moyenne européenne. Parmi les Français concernés, 31 % consacrent moins d’une heure par semaine à cette activité, 40 % de 1 heure à 2 h 59 et 29 % 3 heures ou plus ; dans l’UE, ces parts sont de 23 %, 39 % et 38 %. Pour la durée de 3 heures ou plus, la France est au 20e rang ; seuls le Portugal (16 %), l’Italie (25 %), la Pologne (26 %), la Bulgarie (27 %) et l’Autriche (28 %) sont en dessous (annexe, QB2bR, p. 8).

Graphique 2 — Temps hebdomadaire consacré à l’activité physique hors sport, par État membre (QB2bR, % des personnes concernées). © Union européenne, 2026. Source : Commission européenne, Eurobaromètre spécial 574, avril-mai 2026, rapport, p. 22 (graphique reproduit tel que publié).

Les trajets sont moins mobilisés qu’ailleurs comme occasion d’activité : 30 % des pratiquants français citent le trajet entre domicile et école, travail ou magasins comme lieu d’activité physique (+14 points), contre 37 % dans l’UE (+13 points), ce qui place la France au 22e rang, à égalité avec Chypre (annexe, QB5, p. 15). 29 % des pratiquants déclarent faire de l’activité physique pour se déplacer, contre 30 % dans l’UE (annexe, QB6, p. 18).

Côté sédentarité, 34 % des Français déclarent rester assis de 5 h 30 à 8 h 29 au cours d’une journée normale (+6 points) et 11 % 8 h 30 ou plus, soit 45 %, contre 43 % dans l’UE (annexe, QB4R, p. 14 ; fiche France, p. 2).

4. Un aménagement jugé moins favorable à la mobilité active

Trois questions portent sur la mobilité active, c’est-à-dire l’usage de la marche, du vélo ou du fauteuil roulant pour se déplacer. Sur chacune, l’appréciation des Français est inférieure à la moyenne européenne.

PaysPraticabilité piétonne adéquateCyclabilité adéquateAccessibilité en fauteuil roulant adéquate
Pays-Bas89 %97 %58 %
Danemark88 %88 %56 %
Allemagne86 %77 %49 %
Espagne80 %68 %57 %
UE2780 %71 %53 %
Belgique77 %77 %47 %
France76 %63 %41 %
Portugal75 %50 %39 %
Italie71 %63 %59 %

Tableau 3 — Part des personnes « tout à fait » ou « plutôt » d’accord avec l’affirmation selon laquelle le niveau de praticabilité piétonne, de cyclabilité et d’accessibilité en fauteuil roulant de leur quartier est adéquat, en %. Source : Commission européenne, Eurobaromètre spécial 574, avril-mai 2026, annexe de données, QB12.1 à QB12.3, p. 30-32.

La France se classe au 18e rang pour la praticabilité piétonne (76 %), au 19e pour la cyclabilité (63 %, à égalité avec l’Italie et la Roumanie) et au 23e pour l’accessibilité en fauteuil roulant (41 %). Sur ce dernier point, seuls Chypre (22 %), Malte (31 %), la Grèce (38 %) et le Portugal (39 %) font apparaître un niveau inférieur, et 52 % des Français jugent l’accessibilité inadéquate, contre 41 % dans l’UE (annexe, QB12.1 à QB12.3, p. 30-32 ; rapport, p. 85).

Graphique 3 — Le niveau d’accessibilité en fauteuil roulant dans votre quartier est adéquat : total « d’accord » (vert) et « pas d’accord » (violet), par État membre (QB12.3, %). © Union européenne, 2026. Source : Commission européenne, Eurobaromètre spécial 574, avril-mai 2026, rapport, p. 85 (graphique reproduit tel que publié).

Ce que montrent les données

  • La non-pratique sportive reste nettement différenciée selon la catégorie socioprofessionnelle et l’âge, dans des proportions proches de la moyenne européenne.
  • L’activité physique du quotidien a gagné en fréquence depuis 2022, mais son volume hebdomadaire reste inférieur à celui de la plupart des pays de l’UE.
  • Les Français jugent l’aménagement de leur quartier moins favorable à la marche, au vélo et au fauteuil roulant que la moyenne des Européens, alors qu’ils citent rarement le manque d’infrastructures sportives comme frein.

Méthode et sources

Commission européenne, Eurobaromètre spécial 574 « Sport et activité physique », avril-mai 2026 ; France : 1 016 entretiens (9-28 avril 2026). Fiche pays France (résultats par sous-groupes, effectifs réduits) et annexe de données (version française). QB2b porte sur les personnes ayant une activité physique hors sport, QB5 et QB6 sur les pratiquants ; les autres questions sur l’ensemble. Évolutions : comparaison avec l’Eurobaromètre spécial 525 (2022). Résultats déclaratifs. Rangs : traitement Prospective Sport Lab. https://europa.eu/eurobarometer/surveys/detail/3685

Lien vers Eurobaromètre sport et activité physique 2026

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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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