Patrick Appéré : « Il faut cesser de considérer le sport comme une dépense et redonner du pouvoir aux territoires »
Président de l’Association nationale des élus en charge du sport (ANDES) depuis 2021, puis réélu en 2023, Patrick Appéré transmettra la présidence de l’association jeudi 8 octobre. À l’heure de passer le relais, l’élu brestois revient sur son parcours, la transformation de l’ANDES, l’héritage des Jeux de Paris 2024 et l’avenir de la gouvernance du sport. Il évoque également, brièvement, l’élection à venir, à laquelle se présente une seule liste conduite par Damien Got.
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Comment votre engagement au sein de l’ANDES a-t-il commencé ?
Je suis élu à Brest depuis 2001. Je viens du monde de la construction et de la réparation navales et j’avais notamment été très engagé lors des restructurations de la défense. J’ai d’abord travaillé sur les questions d’emploi et les affaires portuaires, avant que le maire me confie les sports en 2008. C’est à ce moment-là que j’ai découvert l’ANDES.
Un tournant a été l’organisation du congrès de l’association à Brest, en 2012. Je souhaitais montrer que l’ANDES était une organisation véritablement nationale, capable de tenir un grand rendez-vous au nord comme au sud de la Loire. À la suite de ce congrès, j’ai rejoint le comité directeur, puis pris la responsabilité de la commission consacrée au sport professionnel. Mon engagement s’est construit progressivement, par le travail et par les rencontres.
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Vous avez accédé à la présidence en 2021, en pleine crise sanitaire. Quelle ambition portiez-vous alors ?
Ma priorité était de faire de l’ANDES une véritable association nationale, plus professionnelle et mieux identifiée. Elle devait continuer à rendre des services très concrets aux communes, mais aussi devenir leur porte-parole auprès du gouvernement, du Parlement et du mouvement sportif.
Cela nécessitait davantage de moyens et une équipe renforcée. Le budget de l’association a pratiquement doublé au cours de cette période, principalement par le nombre de collectivités adhérentes au réseau (+19% représentant +28% de cotisations entre 2020 et 2026) et l’engagement de nos partenaires (+41%). Mais la professionnalisation ne se résume pas à des chiffres. Nous avons surtout voulu développer une méthode fondée sur le dialogue, les propositions et la recherche de solutions communes. L’objectif n’a jamais été d’organiser des rapports de force permanents, mais de faire reconnaître les collectivités comme des acteurs essentiels du sport français.
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Vous dites souvent que l’ANDES doit marcher sur “deux jambes”. Que voulez-vous dire ?
La première consiste à être au service des communes et des intercommunalités : les informer, les accompagner, les mettre en réseau et les aider sur des sujets très concrets comme les équipements, leur financement ou l’évolution des normes ou encore la relation avec les clubs. C’est pourquoi nous travaillons depuis deux ans à la constitution des « Projets Sportifs Locaux » et accompagnons nos adhérents dans leur déploiement.
La seconde est politique. L’ANDES doit porter la voix des territoires au niveau national. Les collectivités financent une part majeure du sport et possèdent près de 80 % des équipements sportifs. Pourtant, elles ont longtemps été insuffisamment associées aux décisions. Notre travail a été de leur redonner toute leur place dans les échanges avec l’État, le mouvement sportif et les acteurs économiques.
De quelles réalisations êtes-vous le plus fier ?
Je retiens d’abord la qualité des relations que nous avons construites avec l’ensemble du mouvement sportif. Les guides réalisés avec les fédérations et les entreprises (sur les piscines, les patinoires ou d’autres équipements), mais aussi avec le CPSF sur l’accès à la pratique pour toutes et tous illustrent cette méthode. Ils ont permis de réunir les élus, les techniciens, le mouvement sportif et les acteurs économiques autour de solutions concrètes.
L’installation de l’ANDES à Paris a également été une étape importante. Elle nous a rapprochés des institutions et de nos partenaires, tout en facilitant le travail de l’équipe et les réunions nationales.
Enfin, le développement du label Ville Active et Sportive est une vraie satisfaction. Nous sommes passés d’un peu moins de 500 collectivités labellisées à plus de 1 000. Ce label est désormais bien identifié et valorise les communes qui font du sport un axe structurant de leur action. Il reste encore un potentiel considérable.
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L’ANDES a-t-elle été au rendez-vous des Jeux de Paris 2024 ?
Oui, incontestablement. Les collectivités se sont pleinement engagées : accueil de la flamme, développement de la pratique, programmes d’équipements de proximité, mobilisation dans les conférences régionales du sport et les commissions des financeurs… L’ANDES a accompagné cette dynamique avec beaucoup d’énergie.
En revanche, l’héritage des Jeux reste fragile. Nous continuerons à nous mobiliser autant que nécessaire pour défendre les crédits du sport et éviter de nouvelles baisses. Mais il est regrettable qu’après Paris 2024, alors que les Jeux ont permis de souligner l’importance du sport pour la société et toutes ses externalités, une grande partie de notre énergie doive encore être consacrée à préserver les moyens existants. Cette énergie pourrait être davantage consacrée à de nouvelles coopérations entre les acteurs du sport, pour faciliter notamment la vie des bénévoles sur le terrain. L’instabilité politique et budgétaire empêche encore de construire une stratégie durable. Les acteurs du sport sont pourtant capables de se rassembler. Nous l’avons constaté au Sénat comme à l’Assemblée nationale, où des parlementaires de toutes sensibilités ont été attentifs à nos arguments. Ce consensus existe, mais il doit maintenant se traduire par une véritable ambition politique.
Pourquoi refusez-vous que le sport soit considéré comme une simple dépense ?
Parce que cette vision est dépassée. Le sport agit sur la santé, l’éducation, l’inclusion, la cohésion sociale, l’attractivité des territoires et même le développement économique. Continuer à l’examiner uniquement sous l’angle de son coût budgétaire est une erreur.
Nous avons besoin d’une véritable intelligence de l’investissement public. Lorsqu’une collectivité rénove un gymnase, ouvre un équipement ou soutient un club, elle ne finance pas seulement une pratique sportive. Elle agit aussi contre la sédentarité, l’isolement et les inégalités. Le sport est au carrefour de nombreuses politiques publiques. Il faut donc cesser de le considérer comme une dépense que l’on pourrait réduire sans conséquences.
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Comment faudrait-il faire évoluer la gouvernance territoriale du sport ?
Il faut redonner du pouvoir aux territoires. La stratégie nationale appartient à l’État, qui doit fixer des orientations claires. La région peut assurer la cohérence générale et établir les grands diagnostics. Mais la réflexion opérationnelle, la hiérarchisation des projets et une part importante des décisions de financement doivent être conduites à l’échelle départementale, au plus près des communes et du mouvement sportif.
Il faut partir des besoins réels des territoires et des engagements pris par les élus, plutôt que de multiplier les appels à projets conçus depuis Paris. Une orientation nationale peut être pertinente sans devoir s’appliquer partout de façon uniforme.
L’Agence nationale du sport a démontré son utilité dans le domaine du haut niveau et lors de la préparation des Jeux. En revanche, le développement des pratiques relève d’abord des territoires. Quelle que soit l’organisation retenue, une règle doit demeurer : les décisions ne peuvent pas être prises par quelques personnes dans un bureau. Tous les acteurs doivent être autour de la table.
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Jeudi 8 octobre, une seule liste, conduite par Damien Got, sera en présence. Quel regard portez-vous sur cette succession ?
Je regrette sincèrement qu’il n’y ait pas eu deux listes et une véritable confrontation démocratique entre deux projets. J’aurais préféré que cette élection se gagne dans les urnes. Mais les règles électorales sont les mêmes pour tous et elles doivent être respectées avec la plus grande rigueur.
Une fois l’élection passée, il faudra se rassembler. Le comité directeur est important, mais l’ANDES ne se limite pas à son comité directeur. Elle dispose de référents dans toute la France, de techniciens dévoués, de commissions thématiques de travail et de nombreux élus prêts à s’engager. Il y a de la place pour tous les talents. J’en appelle donc à l’esprit de responsabilité afin que chacun puisse contribuer à faire progresser l’association.
Quel chantier laissez-vous à la prochaine équipe ?
L’ANDES est aujourd’hui reconnue, bien installée et entourée de partenaires avec lesquels elle entretient des relations de confiance. La prochaine équipe disposera donc d’une base solide, mais elle devra continuer à renforcer les moyens de l’association. Cela passera par le maintien de la dynamique positive autour du nombre d’adhérents et donc des cotisations – socle du budget de l’association – mais aussi à travers les partenariats privés construits dans le respect de l’intérêt général, et des soutiens publics incontournables à la juste reconnaissance de missions.
Il faudra aussi approfondir notre travail avec les autres associations d’élus, mieux investir l’échelon européen et étudier les modèles développés ailleurs. L’ANDES doit appréhender le sport dans toute sa diversité, de l’école à l’entreprise, de la pratique quotidienne au haut niveau, sans oublier les équipements.
Je pars avec confiance. La maison est solide, les sujets ne manquent pas et une nouvelle équipe pleine d’énergie va prendre le relais. À elle de poursuivre le travail, d’apporter ses idées nouvelles et de faire encore mieux. L’ANDES a toutes les cartes en main pour continuer à progresser.


