#4 – Panorama licences sportives 2016 2025 : dix départements où le sport recule, et ce qu’ils ont en commun

Sur dix ans, dix départements français ont perdu des licences en valeur absolue. Ils forment une diagonale presque continue, des Ardennes à la Charente, et vingt-huit départements au total progressent à moins de la moitié du rythme national. Leur décrochage ne s’accompagne pas d’un vieillissement plus rapide de leurs licenciés : la corrélation entre dynamique et vieillissement est de −0,14, et quasi nulle en métropole. Leur point commun est ailleurs : il tient au sport scolaire, objet du volet suivant. Troisième volet de l’analyse décennale des licences sportives

Le volet précédent a montré où l’on pratique et combien les écarts se sont creusés. Celui-ci change de question : quels territoires ont décroché, lesquels ont rattrapé, et qu’est-ce qui distingue les uns des autres ? Toutes les données sont explorables dans le Panorama des licences sportives 2016-2025.

Une convention de lecture s’impose d’emblée. La part des licences non géolocalisées est passée de 5,2 % en 2016 à 0,9 % en 2025. Plus de la moitié de celles de 2016 (477 831) sont des licences scolaires UGSEL et USEP, affectées aux départements à partir de 2019 : leur réaffectation gonfle la progression des départements qui les reçoivent, et non de tous. Leur répartition départementale en 2016 est donc estimée à partir de celle de 2019, ramenée au total national de 2016. Les chiffres présentés ici sont ensuite exprimés en écart au rythme national calculé sur cette base (+8,9 %) : un département à −10 points progresse dix points moins vite que la France, quel que soit le niveau absolu.

1. Une diagonale à contre-courant

Les départements en rouge progressent moins vite que la moyenne nationale, ceux en bleu plus vite. Les cercles cerclés de noir ont perdu des licences en valeur absolue.

Dix départements comptent moins de licences en 2025 qu’en 2016 : Deux-Sèvres, Charente, Haute-Saône, Nièvre, Ardennes, Haute-Marne, Allier, Cher, Creuse et Indre. Reportés sur une carte, ils dessinent une bande presque continue qui court des Ardennes à la Charente en passant par le centre du pays — le tracé de ce que les géographes appellent depuis quarante ans la diagonale du vide.

DépartementLicences 2016Licences 2025SoldeÉcart au rythme national
Deux-Sèvres103 44799 973−3 474−10,2 pts
Charente86 43283 221−3 211−11,8 pts
Haute-Saône53 93051 335−2 595−13,6 pts
Nièvre47 82946 179−1 650−10,2 pts
Ardennes56 69555 289−1 406−10,3 pts
Haute-Marne41 12639 938−1 188−9,4 pts
Allier84 26583 824−441−8,9 pts
Cher72 71472 370−344−10,0 pts
Creuse29 93729 693−244−9,3 pts
Indre52 33152 132−199−7,1 pts

Ces dix départements réunissent 2,56 millions d’habitants — 3,7 % de la population — et 614 000 licences. Leur poids national est modeste, mais ils ne sont pas des cas isolés : vingt-huit départements progressent à moins de la moitié du rythme national. Aux dix précédents s’ajoutent la Meuse, l’Orne, l’Aisne, la Meurthe-et-Moselle, les Vosges, la Vienne, le Haut-Rhin, le Loir-et-Cher, la Guadeloupe, la Mayenne, la Lozère, l’Essonne, la Marne, la Moselle, la Haute-Vienne, le Jura, le Territoire de Belfort et la Loire. Le décrochage n’est pas une affaire de dix départements ruraux : il concerne plus d’un quart des départements et une bonne partie du quart nord-est.

À l’autre extrémité, les dix départements les plus dynamiques sont Mayotte, la Corse-du-Sud, la Haute-Corse, la Guyane, les Hautes-Alpes, l’Hérault, la Charente-Maritime, l’Ille-et-Vilaine, les Pyrénées-Atlantiques et les Pyrénées-Orientales. Quatre sont des territoires ultramarins ou corses ; les six autres se répartissent entre les Hautes-Alpes et les façades atlantique (Charente-Maritime, Ille-et-Vilaine, Pyrénées-Atlantiques) et méditerranéenne (Hérault, Pyrénées-Orientales).

2. Décrocher ne signifie pas vieillir plus vite

Le croisement de la dynamique et de l’âge des licenciés ne fait pas apparaître de relation d’ensemble.

Le vieillissement des licenciés touche presque tous les départements, qu’ils décrochent ou non. La corrélation est de −0,14 sur les 101 départements et de +0,04 en métropole.

Quatre-vingt-neuf départements sur cent un ont vu l’âge moyen de leurs licenciés augmenter, de 0,93 an en médiane. Ce vieillissement n’est pas lié à la dynamique des territoires : la corrélation entre l’écart au rythme national et la variation de l’âge moyen est de −0,14 sur les 101 départements et de +0,04 sur la seule métropole. Le résultat est comparable lorsqu’on retire l’UGSEL et l’USEP du calcul (−0,07 et +0,08). Sur la seule période 2019-2025, où toutes les licences sont affectées à un département, la relation reste faible en métropole (−0,21).

La Haute-Saône cumule les deux records : le plus fort décrochage du pays, à −13,6 points, et le plus fort vieillissement, à +3,26 ans. Les vieillissements suivants concernent des départements aux trajectoires diverses : la Lozère (+2,76 ans, −6,1 points), la Guadeloupe (+2,17 ans, −6,8 points), le Gers (+2,01 ans, −0,4 point) et le Jura (+1,92 an, −5,2 points). À l’inverse, les Hautes-Alpes progressent de 13,7 points au-dessus de la moyenne en vieillissant de 1,43 an, l’Ille-et-Vilaine de 9,2 points en vieillissant de 0,82 an.

Les dix départements en recul vieillissent un peu plus que l’ensemble — 1,17 an en médiane, de 0,01 an en Haute-Marne à 3,26 ans en Haute-Saône —, mais cet écart ne suffit pas à dessiner une relation d’ensemble. Le décrochage territorial ne se lit pas dans l’âge des licenciés : il se lit dans la composition des licences, objet du volet suivant.

Les rajeunissements sont rares et dispersés. Ils concernent d’abord Mayotte (−1,06 an), la Guyane (−0,85 an), la Seine-Saint-Denis (−0,83 an), les Alpes-Maritimes et l’Yonne (−0,55 an chacun). Paris est dans ce cas (−0,25 an) ; le Nord (+0,57 an) et le Rhône (+0,69 an) vieillissent, moins que la médiane. Une précision de lecture s’impose. Il s’agit ici de la pyramide des âges des licenciés, non de celle des habitants. Les deux ne se recouvrent pas. La population française vieillit partout : son âge moyen gagne 1,65 an entre 2016 et 2025, et il en gagne autant ou davantage dans plusieurs des départements les plus dynamiques — +2,39 ans dans le Morbihan, +3,10 ans dans les Hautes-Alpes. Le vieillissement des licenciés ne reflète donc pas celui des résidents. C’est un fait sportif, pas un fait démographique

3. Ce qu’il faut en retenir

1. Le décrochage territorial existe, il est localisé et il est cohérent. Dix départements perdent des licences, vingt-huit progressent à moins de la moitié du rythme national, et ils dessinent une géographie continue plutôt qu’une collection de cas particuliers.

2. Décrochage et vieillissement ne vont pas de pair. Une fois corrigée la réaffectation des licences scolaires, la corrélation entre dynamique et variation de l’âge moyen est de −0,14 sur les 101 départements et quasi nulle en métropole (+0,04). Presque tous les départements voient leurs licenciés vieillir, qu’ils décrochent ou non.

3. Le vieillissement des licenciés n’est pas celui des habitants. La population française vieillit partout, y compris dans plusieurs des départements les plus dynamiques. Ce que mesure cet écart est un fait sportif, pas un fait démographique. Reste à savoir d’où vient l’écart. La décomposition par famille de fédérations désigne d’abord le sport scolaire et fait l’objet du volet suivant.

Méthodologie. Source : recensement des licences sportives annuelles, INJEP-MEDES / Ministère chargé des Sports, fichiers détaillés Lics_2016 à Lics_2025. Champ constant : 109 fédérations présentes chacune des dix années. Population de référence : populations municipales légales 2023 (INSEE, diffusion Etalab), 68,35 millions d’habitants sur les 101 départements. Démographie : INSEE, estimations de population au 1er janvier par département, sexe et âge quinquennal, séries 1975-2025, millésimes 2016 et 2025 (résultats 2025 arrêtés fin 2024). Les âges moyens de population sont calculés sur les centres de classes quinquennales, la classe « 95 ans et plus » étant ramenée à 97,5 ans.

Les licences sont rattachées au département de résidence du licencié. 0,9 % des licences de 2025 et 5,2 % de celles de 2016 ne sont pas géolocalisées, ce qui surestime uniformément les évolutions départementales d’environ 4,5 points : toutes les évolutions sont donc exprimées en écart au rythme national du champ localisé (+12,25 %). Les indicateurs d’âge et de sexe sont calculés sur les millésimes 2016 et 2025, sur les licences dont l’information est renseignée.

Le détail par département, par région, par famille et par fédération est disponible dans le Panorama des licences sportives 2016-2025.

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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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