L1 – CVC et FIFA : pourquoi toutes les ouvertures au capital ne se valent pas par Cyril Mourin

Le projet de la FIFA d’ouvrir à des investisseurs privés le capital de la société qui porterait ses activités commerciales a été comparé à l’entrée de CVC dans LFP Media. « ceux qui s’indignent aujourd’hui sont les mêmes qui ont laissé passer CVC hier en Ligue 1. L’argument a le mérite de la simplicité. Il a le défaut d’esquiver un débat que je trouve pourtant très intéressant : à quelles conditions l’argent privé sert-il le football ? » écrit Cyril Mourin qui était conseiller du président Macron à l’époque du vote de la loi qui a permis cette opération. Pourtant, autoriser une ligue professionnelle à lever des fonds dans une situation de crise et céder une partie des actifs commerciaux d’une fédération internationale prospère ne répondent ni aux mêmes besoins ni aux mêmes responsabilités. Pour apprécier la légitimité de l’argent privé dans le football, trois questions doivent être posées : pourquoi, qui et comment ?

CVC : une option de financement qui n’a pas réglé la crise

En 2022, la LFP a cédé 13 % de LFP Media à CVC contre 1,5 milliard d’euros, dans le cadre d’une faculté ouverte par le législateur, qui n’avait décidé ni du prix ni des clauses de la transaction. L’opération reposait sur un plan d’affaires construit autour d’un milliard d’euros de droits domestiques, objectif dont le football français est aujourd’hui très éloigné. CVC n’a pas provoqué l’effondrement des droits audiovisuels, mais son apport n’a pas permis de résoudre la crise : il a donné de l’oxygène aux clubs après le Covid et la défaillance de Mediapro sans pouvoir remplacer durablement leur chiffre d’affaires. Cyril Mourin continue donc de considérer la levée de fonds comme une option légitime, tout en exprimant son désaccord avec la répartition de la manne et l’utilisation qui en a été faite.

La FIFA : une cession durable sans besoin financier démontré

La situation de la FIFA est différente : elle disposait de 2,7 milliards de dollars de réserves fin 2025 et prévoit environ 15 milliards de recettes sur le cycle 2023-2026, soit près du double du cycle précédent. Le projet prévoit de céder 20 % d’une société portant l’essentiel de ses recettes commerciales en échange de distributions supplémentaires aux fédérations, alors qu’une participation au capital ne possède pas d’échéance. Pour Cyril Mourin, aucun besoin exceptionnel n’est démontré et les questions relatives à la redistribution, aux coûts et à l’impact éducatif, social et sanitaire des financements n’ont pas été traitées préalablement. L’absence de consultation initiale des confédérations, les interrogations sur les investisseurs et les risques de conflits d’intérêts renforcent l’opposition à la cession : la finance n’est pas rejetée par principe, mais elle doit servir un projet transparent, contrôlé et placé au service du football.

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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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