« La démesure de la FIFA entraîne la dévaluation de la Coupe du monde » par Jérome Latta
Frappé de gigantisme, le Mondial masculin de football voit son intérêt sportif se diluer au profit d’un show au service de la fédération internationale, analyse Jérôme Latta, dans sa chronique au Monde.
Une compétition toujours plus grande, mais moins intense
L’élargissement de la Coupe du monde de 32 à 48 équipes répond officiellement à un objectif d’universalisation du football. Mais cette ouverture s’accompagne d’effets collatéraux. Avec 104 rencontres au programme, une phase de groupes qui élimine relativement peu d’équipes et des écarts parfois importants entre les sélections, l’intensité sportive semble se diluer. Le tournoi devient plus long, plus complexe à suivre et plus prévisible pour les grandes nations. Pour ses détracteurs, la FIFA privilégie ainsi la croissance du produit et l’augmentation des recettes au détriment de la dramaturgie sportive qui a longtemps fait le succès du Mondial.
L’omniprésence du spectacle et de la logique commerciale
Au-delà du terrain, c’est la transformation de l’événement en immense spectacle global qui interroge. Cérémonies d’ouverture démultipliées, show de mi-temps inspiré du Super Bowl, pauses publicitaires plus fréquentes, billetterie à prix élevés et communication omniprésente de la FIFA participent à une américanisation assumée du tournoi. Cette évolution renforce la rentabilité de la compétition mais éloigne une partie du public populaire qui faisait l’identité de la Coupe du monde. Entre gigantisme organisationnel, logique marketing et inflation commerciale, certains observateurs craignent que le Mondial perde progressivement ce qui le rendait unique : une compétition sportive universelle appartenant avant tout aux joueurs, aux équipes et aux supporters.


