Tests de féminité aux JO : pourquoi le gène SRY ne suffit pas à définir le « sexe biologique » par Jean-François Bodart
Pour les Jeux olympiques de 2028, le CIO souhaite réserver la catégorie féminine aux athlètes « de sexe biologique féminin » ne portant pas le gène SRY. Mais pour Jean-François Bodart Professeur des Universités, en Biologie Cellulaire et Biologie du Développement, Université de Lille The Conversation, la biologie du sexe ne peut être réduite à un seul gène ni à la seule opposition XX/XY. La recherche décrit au contraire une réalité complexe, où chromosomes, hormones, gènes autosomiques et environnement interagissent tout au long du développement.
Un critère génétique contesté par de nombreux spécialistes
L’article explique que le gène SRY joue un rôle majeur dans la différenciation testiculaire et influence indirectement la production d’androgènes comme la testostérone. Ces hormones peuvent agir sur des caractéristiques susceptibles d’influencer certaines performances sportives, comme la masse musculaire ou l’hématocrite. Mais les auteurs soulignent aussi que les études scientifiques restent discutées : certaines observent un léger avantage associé aux taux élevés de testostérone, tandis que d’autres ne retrouvent pas de corrélation simple entre taux hormonaux et performance, y compris chez des athlètes intersexes. De nombreux spécialistes considèrent ainsi que l’utilisation du seul gène SRY comme critère d’exclusion repose sur des bases scientifiques limitées et peut produire des effets stigmatisants.
Une réalité biologique bien plus complexe que le modèle XX/XY
L’article rappelle que la détermination du sexe chez les mammifères ne dépend pas uniquement de SRY. D’autres gènes situés sur les chromosomes non sexuels, comme SOX9, CBX2, RSPO1 ou WNT4, interviennent dans la différenciation des gonades et peuvent modifier la trajectoire du développement sexuel. Les auteurs évoquent notamment l’existence de femmes XY et d’hommes XX liée à certaines variations du développement sexuel. Ils soulignent également que les caractères sexuels dépendent des hormones, de leurs récepteurs et de facteurs environnementaux agissant sur l’ensemble du génome. La conclusion de l’article est claire : un fragment du génome ne suffit pas à « dire » le sexe biologique, et faire de la génétique un outil de classement sportif nécessite davantage de prudence.


