Dans une note du 20 avril 2026, le Haut Conseil à la Vie associative revient sur la valorisation comptable du bénévolat et dresse un constat nuancé : utile pour donner à voir le modèle socio-économique associatif, elle risque cependant de dénaturer l’esprit du bénévolat lorsque la méthode devient l’objectif. Le HCVA formule six préconisations pour rééquilibrer l’outil.
Un outil utile, mais qui peut dénaturer l’engagement bénévole
Le HCVA rappelle qu’en application du règlement ANC 2018-06, la valorisation comptable du bénévolat n’est pas une obligation générale. Elle doit toutefois être effectuée lorsque le bénévolat contribue pour une part importante à l’activité de l’association et qu’il est possible de le recenser et de l’évaluer avec une méthode fiable. Trois niveaux coexistent : une valorisation qualitative ou quantitative dans l’annexe 7, ou une valorisation comptable intégrée au pied du compte de résultat, en deux colonnes de totaux égaux sans impact sur le résultat de l’exercice. Trois méthodes de valorisation sont couramment utilisées : le coût de remplacement, le coût d’opportunité et le forfait horaire (souvent indexé sur le SMIC).
Des limites déontologiques, pratiques et méthodologiques
Le HCVA identifie plusieurs risques. Sur le plan déontologique d’abord : en banalisant le caractère désintéressé du bénévolat et en le rapprochant d’une logique marchande, sa perception comme acte de solidarité et de générosité pourrait être dénaturée. La mise en concurrence de la ressource bénévole et salariale dans un marché du travail sous tension, ou le remplacement indifférencié d’une subvention par du bénévolat valorisé, sont cités comme dérives possibles. Sur le plan pratique, le suivi précis des heures représente une charge administrative lourde pour les plus petites structures. Sur le plan méthodologique enfin, les références utilisées sont trop liées au monde du travail et certains aspects (passage d’un bénévolat de terrain à un bénévolat de gouvernance, co-construction démocratique) ne sont tout simplement pas quantifiables.
Les six préconisations du HCVA
- La valorisation comptable du bénévolat devrait rester sur une base volontaire.
- La valorisation doit être utilisée avec un objectif précis et une utilisation certaine : il ne faut pas créer de données sans savoir ce qui va en être fait.
- La valorisation du bénévolat doit aller au-delà de l’aspect financier, notamment par la valorisation extra-comptable, et gagnerait à être articulée à une démarche de mesure d’impact.
- Le choix de la méthode et de l’ampleur doit être laissé à la libre appréciation de la structure. Les associations devraient être incitées à commencer par une valorisation extra-comptable dans l’annexe avant de se lancer dans une valorisation comptable stricto sensu.
- Les méthodes d’évaluation proposées doivent s’éloigner des méthodes appliquées au salariat (coût horaire, décompte d’heures, comparaison avec les coûts salariaux évités). Elles doivent considérer le bénévolat comme une richesse sociale et citoyenne plutôt que comme une variable comptable.
- Les financeurs publics doivent tenir compte de la valorisation du bénévolat quand elle existe, indépendamment des méthodes utilisées, notamment lors de l’instruction des demandes de subventions ou des réponses aux commandes publiques.


