Tests d’éducation physique : inutiles aux enseignants d’EPS ? entretien entre David Matelot et Bruno Cremonesi.

Les nouveaux tests d’aptitudes physiques menés auprès des élèves relancent le débat sur la place de la condition physique à l’école. Dans un entretien avec Bruno Cremonesi, l’enseignant-chercheur en STAPS David Matelot analyse leurs limites et leur potentiel. Pour lui, ces évaluations peuvent être utiles… à condition de repenser leur sens pour l’EPS et les élèves.


Dans cet entretien, David Matelot revient sur les tests physiques mis en place dans les établissements scolaires. Selon lui, ces évaluations présentent un intérêt certain pour mieux comprendre l’évolution de la condition physique des jeunes, mais leur conception actuelle limite leur utilité pédagogique. Les seuils définissant les niveaux « satisfaisants » ou « fragiles » reposent en effet sur des jugements d’experts et non sur des références scientifiques solides, ce qui rend leur interprétation discutable.

Des seuils discutables et des comparaisons difficiles

La classification des résultats – par exemple au test navette de 20 mètres – ne repose pas sur des critères objectivement établis. Contrairement à certains indicateurs de santé comme l’IMC, il n’existe pas aujourd’hui d’études permettant de définir scientifiquement un niveau de performance physique « satisfaisant » chez les jeunes. De plus, les protocoles utilisés en France diffèrent de ceux des grandes études internationales, ce qui complique toute comparaison avec les données recueillies dans d’autres pays.

Un outil utile pour observer et comprendre les tendances

Malgré ces limites, ces tests peuvent jouer un rôle important. Ils permettent de suivre l’évolution de la condition physique des jeunes dans le temps, de comparer les résultats entre pays ou territoires, et d’identifier d’éventuelles inégalités sociales ou territoriales. À l’image des études PISA dans le domaine scolaire, ces évaluations peuvent ainsi contribuer à objectiver certaines tendances et à éclairer les politiques éducatives.

Repenser la place de la condition physique en EPS

Pour David Matelot, l’enjeu est surtout de redonner une place plus importante au développement des qualités physiques dans l’EPS. Les tests pourraient devenir un outil pédagogique précieux s’ils servent à suivre les progrès individuels des élèves, à ajuster les objectifs d’apprentissage et à valoriser les progrès réalisés. Dans cette perspective, ils devraient être réalisés plus régulièrement, élargis aux qualités motrices et intégrés à la programmation des activités physiques et sportives. Loin d’une « dérive hygiéniste », cette approche pourrait au contraire renforcer la contribution de l’EPS au développement de la littératie physique des élèves.

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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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