#Municipales 2026 : le savoir-nager mérite mieux qu’un slogan
À chaque campagne municipale, le savoir-nager devient un argument massue : « Un tiers des enfants ne savent pas nager, il manque des piscines. » La réalité nationale est plus complexe : 89,8 % des collèges ont accès à un bassin et 82,9 % des élèves de 6e maîtrisent le savoir-nager en fin d’année. Nos collégiens savent mieux nager que courir !
À chaque échéance municipale, le même argument refait surface : « Un tiers des enfants ne savent pas nager. Il manque des piscines. » La formule est efficace, presque imparable. Elle convoque la sécurité, l’égalité des chances, la responsabilité des élus locaux. Elle justifie l’investissement. Elle structure le débat. Mais elle simplifie à l’excès une réalité plus complexe — et surtout plus nuancée. Les données nationales disponibles invitent à sortir de l’émotion pour entrer dans l’analyse.
A consulter l’observatoire de piscines publiques ©
Une situation préoccupante… mais loin d’un effondrement
Selon les données de la DEGESCO (2023) début d’année de 6e, 33,7 % des élèves sont identifiés comme non-nageurs. Ce chiffre interpelle. Il doit mobiliser. Mais il ne peut être lu isolément. Car à la fin de cette même année scolaire, 82,9 % des élèves sont titulaires de l’attestation du “savoir-nager” en sécurité. Autrement dit, près d’un élève non-nageur sur deux réussit le test au cours de la 6e. Le système éducatif, malgré ses contraintes, produit donc une dynamique de rattrapage réelle. L’enseignement obligatoire d’EPS joue son rôle. Et la progression se poursuit en cycle 4 : les taux de non-nageurs diminuent encore en 5e, 4e et 3e.

En tout cas sos collégiens savent mieux nager que courir ! 34 % – 46 % – 55 % : ce que disent vraiment les tests d’aptitudes physiques en sixième
Un accès aux bassins majoritairement assuré 89,8 %, des collèges répondants déclarent avoir accès à une installation
Autre idée reçue : la France manquerait structurellement de piscines pour enseigner la natation.
Or, selon l’enquête 2023, 89,8 % des collèges répondants déclarent avoir accès à une installation permettant l’enseignement du savoir-nager. Seuls 10,2 % déclarent ne pas y avoir accès, pour des raisons diverses : installations fermées, indisponibilités temporaires, absence historique d’équipement
Ces 10 % représentent une réalité qu’il faut traiter. Mais ils ne constituent pas une majorité silencieuse privée d’infrastructures. D’autant que le rapport souligne que le taux national d’accès pourrait être sous-évalué en raison des établissements non-répondants.
À l’échelle nationale, le débat ne peut donc pas être résumé à un déficit global de m² de plan d’eau. D’ailleurs, l’analyse montre que le volume national disponible est, en théorie, suffisant pour assurer l’apprentissage du savoir-nager.
A lire
Le problème n’est pas seulement quantitatif. Il est territorial, organisationnel et social.
Là où se situent les vraies fractures
Les écarts les plus marqués ne se situent pas entre la France et un supposé manque d’équipements, mais entre territoires et entre publics. Les différences de réussite entre établissements hors éducation prioritaire et REP+ sont significatives. Les académies ultramarines concentrent également des difficultés spécifiques. Autrement dit, la question n’est pas simplement : “Avons-nous assez de piscines ?”
Elle est : “Comment organisons-nous l’accès aux bassins existants pour les publics qui en ont le plus besoin ?”
Temps de transport, coût des créneaux, arbitrage entre usages scolaires et grand public, organisation pédagogique, nombre de séances réellement effectuées : ce sont ces paramètres qui déterminent la réussite. Nous sommes dans un enjeu de gouvernance territoriale, pas uniquement dans un enjeu de béton.
Municipales 2026 : construire ou piloter ?
Dans ce contexte, promettre une nouvelle piscine est politiquement visible. Elle se voit. Elle s’inaugure. Elle matérialise l’engagement municipal. Mais une piscine supplémentaire n’augmente pas mécaniquement le taux de réussite si :
- les créneaux scolaires ne sont pas sanctuarisés,
- les transports ne sont pas financés,
- l’intercommunalité ne mutualise pas les équipements,
- les publics prioritaires ne sont pas ciblés.
La question pour les candidats aux municipales 2026 n’est donc pas uniquement budgétaire. Elle est stratégique : quelle organisation territoriale du savoir-nager proposent-ils ? Quelle articulation entre commune et intercommunalité ? Quelle priorisation des publics en difficulté ? À l’approche des municipales 2026, la vraie question n’est peut-être pas : « Faut-il plus de piscines ? » Mais d’abord :
« Comment garantissons-nous que chaque enfant de notre territoire saura nager, en mobilisant efficacement les équipements existants et en corrigeant les inégalités là où elles sont les plus fortes ? »
Alors le savoir nager un sujet municipal ou intercommunal ? #Municipales2026 – vers une politique sportive intercommunale de nouvelle génération ? par Patrick Bayeux


