TUC un club à 360° : « Le sport est un outil pour la société — notre rôle, c’est de le mettre au service de tous, de 0 à 99 ans » Benoît Maury

Je défends depuis plusieurs années l’idée du « club à 360° » : un club qui rayonne sur l’ensemble des finalités de l’activité physique — éducation, prévention, insertion, santé, tourisme, loisir, haute performance — et qui, en s’appuyant sur une logique multisport, se construit une véritable surface économique et sociale, mutualise ses ressources et dépend de moins en moins des seules subventions publiques. Le Toulouse Université Club (TUC), plus grand club omnisports du Sud-Ouest, fondé en 1905, en offre une illustration concrète. Son directeur, Benoît Maury, retrace huit ans de transformation. — P.B.

1. Vous êtes arrivé au TUC en 2018. Quelle vision portiez-vous, et qu’est-elle devenue ?

Benoît Maury. Dès le départ, l’objectif était de donner toute sa place à l’Omnisport parmi les présidents de sections et les élus, pour partager une vision commune de là où nous voulions aller. Comme le dit le proverbe, seul on va vite, à plusieurs on va beaucoup plus loin — tout l’enjeu était là. Avec la présidente, encore en poste, nous avons d’abord choisi un projet rassembleur : un colloque, les Universités sportives d’été de l’Union nationale des clubs universitaires, consacré aux modèles économiques et financiers du sport en Europe. C’était le moment de la création de l’Agence nationale du sport et de toutes ces transformations.

La conviction de fond n’a pas changé : le sport est un outil pour la société et pour les citoyens, et c’est à nous de le faire vivre au-delà de la seule pratique fédérale des sections. L’Omnisport devait exister par lui-même, pour développer, chez les jeunes comme dans toute la population, l’appétence pour l’activité physique — du loisir à la performance.

2. Concrètement, comment le TUC est-il organisé aujourd’hui ?

Benoît Maury. Le cœur, ce sont nos 18 sections sportives — athlétisme, aviron, badminton, escrime, rugby, hockey, handball… — qui couvrent la plupart des sports olympiques. Chacune est une association indépendante, administrativement et juridiquement, affiliée à la fois à sa fédération et à l’Omnisport, via la Fédération française des clubs omnisports. Ce sont elles qui font le sport au quotidien et qui mènent vers la compétition et le haut niveau.

Autour d’elles, l’Omnisport déploie quatre pôles transversaux : les Expériences sportives, la Jeunesse, l’Emploi et Compétences, et la Santé et Prévention. Trois structures — l’Omnisport, Vacances et Formation, et Santé — partagent la même présidence. Là où les sections visent la pratique compétitive et la performance, nous, nous venons initier, élargir l’accès et irriguer : permettre à chacun de pratiquer toute l’année, y compris sans compétition.

3. Par quoi cette transformation a-t-elle commencé ?

Benoît Maury. La première pierre a été la prévention. Nous avons créé un programme, Action Prévention Jeunes, pour sensibiliser dans les clubs aux conduites à risque — drogue, alcool, tabac, addictions — en utilisant le sport et la parole des sportifs comme leviers. Prévu au départ pour nos seules sections, il s’est très vite ouvert à l’ensemble des clubs et à l’Éducation nationale. Il est aussi devenu un service utile aux sections, qui n’ont pas toujours la compétence sur ces sujets et peuvent ainsi répondre à des attentes, notamment fédérales, dans leurs dossiers de subvention.

Aujourd’hui, cette mission s’étend : nous travaillons avec l’Agence régionale de santé, dans le cadre d’un contrat d’objectifs et de moyens, à une feuille de route régionale sur la prévention des addictions en milieu sportif — en y intégrant des fléaux émergents comme le protoxyde d’azote. Nos éducateurs, au contact quotidien des enfants, en sont les relais, tout comme les futurs encadrants issus de la filière STAPS. Nous ouvrons aussi le champ aux violences sexistes et sexuelles, avec un temps fort gratuit et ouvert à tous.

4. Le pôle Jeunesse, ce sont les centres de loisirs et les colonies. Comment l’avez-vous bâti ?

Benoît Maury. Le TUC organise des centres de loisirs depuis 2012 ; j’en ai repris la direction, avec la partie Vacances et Formation, fin 2022. Aujourd’hui, cela représente environ 3 000 enfants sur cinq centres répartis aux quatre coins de Toulouse — Daniel Faucher, Bellevue, Sainte-Marie des Champs notamment — plus un sixième ouvert par périodes. C’est un cercle vertueux : nous employons les animateurs des sections, et nous prolongeons en extrascolaire l’initiation à l’activité physique tout au long de l’année.

Nous avons relancé les séjours en 2024, après les avoir arrêtés faute de compétences internes, en recrutant une personne dédiée. Le parti pris : des colos à double dominante sportive et écoresponsable. Voyager, découvrir d’autres cultures, oui — mais avec un impact local. Au Mexique, les jeunes ont participé à la sauvegarde des tortues ; en Thaïlande, à celle des éléphants et à des échanges avec des tribus autochtones ; en France, ils nettoient le pied du château de Montségur en Ariège, les plages des Landes ou les calanques de Marseille. Nous sommes passés d’un séjour en 2024 à cinq, puis dix cette année, avec un objectif de croissance de 20 à 30 % par an. Prochaine étape : le premier ALAE sportif, sur le temps périscolaire — notre plus gros enjeu pour 2026-2027 — en partenariat avec les clubs locaux.

5. Vous êtes aussi organisme de formation. Quel rôle joue ce pôle Emploi et Compétences ?

Benoît Maury. C’est une brique essentielle, et elle alimente tout le reste. Nous sommes un des rares organisme de formation à délivrer à la fois le BAFA et le BAFD certifié Qualiopi, et nous visons désormais la certification de la région. Nous formons près de 270 à 280 personnes par an, sur une quinzaine de sessions. L’esprit, c’est d’offrir un « premier job » et une première marche vers la professionnalisation des métiers de l’animation. Ce sont ensuite ces animateurs que nous formons qui encadrent nos centres de loisirs et nos séjours : le sport devient un véritable tremplin professionnel.

6. Le pôle Expériences sportives vous amène dans des lieux inattendus : des magasins, des restaurants…

Benoît Maury. Depuis environ dix-huit mois, nous avons noué un partenariat avec Decathlon, à l’échelle régionale. Tout est parti d’un pari : utiliser leurs espaces sportifs pour proposer des anniversaires sportifs. En quelques mois, tous les magasins voulaient le faire. Nous en réalisons aujourd’hui plus de 200, et nous avons ajouté des stages « Velo sans petites roulettes » sur les playgrounds des magasins — 550 enfants en six mois, en trois modules de deux heures, de 3 à 12 ans ; 95 % repartent sans roulettes. Nous ne sommes pas un simple prestataire : nous transformons le magasin en lieu d’expérience, où l’on se souvient d’avoir appris à faire du vélo.

Nous intervenons aussi dans des restaurants : pendant que les parents déjeunent, nous occupons et sensibilisons les enfants par des activités physiques ludiques — tir à l’arc, jeux de précision. À chaque fois, la même logique : aller au-devant des publics, là où ils sont, pour donner le goût du mouvement. C’est notre rôle de « première marche » vers l’activité physique, quand les sections, elles, conduisent vers la performance.

7. Quatrième pôle : la santé. Qu’est-ce que la Maison Sport-Santé Universitaire de Toulouse ?

Benoît Maury. Nous avons été labellisés Maison Sport-Santé, puis nous l’avons transformée, grâce à nos liens historiques avec l’université — les présidents d’université sont membres de droit de notre conseil d’administration et la présidente de l’université de Toulouse est Vice Présidente en charge de la santé et de la Prévention — en Maison Sport-Santé Universitaire de Toulouse. Elle s’adresse à trois publics : les étudiants, les personnels, et les publics du territoire. Pour ces derniers, nous accompagnons déjà, autour des pathologies chroniques et de l’obésité, des parcours continus à l’année qui visent l’acculturation à l’activité physique, avec, à terme, une pratique multisport ludique. L’idée est simple : l’activité physique à des fins de santé, comme outil de remise en mouvement.

8. Vous reliez tout cela à un concept, la « littératie physique », et à un événement international. De quoi s’agit-il ?

Benoît Maury. La littératie physique, c’est notre fil rouge : mettre la population en mouvement, de 0 à 99 ans, dans tous les pans de la société. Nous vivons dans une société du « sport à la zapette » — un jour l’aviron, le lendemain l’athlétisme, le surlendemain le badminton — où l’on ne travaille jamais les mêmes compétences. La littératie physique développe la coordination, la mobilité et l’agilité, pour former un enfant complet, physiquement et cognitivement. Nous la déployons par l’exemple : l’Omnisport montre comment faire, et les sections s’en saisissent quand elles le souhaitent — la démarche doit être proactive, jamais descendante. Nous lançons d’ailleurs une section multisport, pour les 5-13 ans, dans les prochains mois.

Les 1er, 2 et 3 octobre, nous co-organisons avec l’ONG internationale Sport for Life, leader mondial de la littératie physique, un événement consacré à « la littératie physique dans la société » : engagement politique du local à l’international et recherche le premier jour ; santé, prévention et urbanisme ensuite ; engagement de la société pour finir. L’ambition, que nous pouvons annoncer, est de créer à Toulouse le premier centre européen de la littératie physique, pour aider collectivités, clubs et acteurs privés à diffuser cette démarche en France et en Europe.

9. Quel lien concret l’Omnisport entretient-il avec les sections, et quel est votre modèle économique ?

Benoît Maury. L’Omnisport rend aux sections trois grands services. D’abord, un accompagnement à la structuration : mise à disposition de personnel, appui RH (recrutement d’animateurs et d’éducateurs, contrats de travail) et soutien juridique sur les sujets complexes. Ensuite, un outil de gestion partagé, AssoConnect, qui couvre les inscriptions, le suivi et la comptabilité. Enfin, et ce n’est pas le moindre, tout le rayonnement et le dialogue avec les collectivités pour accéder aux infrastructures et aux créneaux, principalement sur le site Daniel Faucher. Nous n’avons pas fait le choix d’un groupement d’employeurs : un acteur performant existe déjà sur le territoire, et la mutualisation des temps partagés serait, à ce stade, trop complexe à gérer.

Côté chiffres, le budget consolidé tourne autour de 4,5 millions d’euros, dont environ 1,2 million pour les 2 activités Vacances & Formation et Omnisport commulées. La part de subventions publiques s’établit en moyenne autour de 28 à 29 % — avec de fortes disparités d’une section à l’autre, et une activité Vacances & Formation qui, elle, n’en perçoit quasiment pas, hors mise à disposition d’infrastructures. C’est tout le sens du modèle : mutualiser les profits et les pertes, élargir la surface économique et tendre vers une moindre dépendance à l’argent public.

10. Quelle est votre vision de l’évolution des clubs pour les années à venir ?

Benoît Maury. Le club est aujourd’hui au milieu de tout : l’Éducation nationale a sa politique de l’activité physique, les collectivités la leur, et c’est souvent au club de faire le lien. C’est un véritable enjeu de territoire et de politique publique. Pour exister, un club doit à la fois se structurer et travailler l’enfant — et l’adulte — de 0 à 99 ans, en développant des compétences physiques et une culture de la vie en mouvement, contre la sédentarité que le Covid a encore accentuée.

C’est la logique du « club à 360° » : ne pas se penser comme une juxtaposition de sections, mais comme un acteur global, multisport, qui se positionne à l’échelle de son agglomération, met en réseau les compétences et diversifie ses finalités. C’est, je crois, à cette condition que les clubs gagneront en utilité sociale comme en solidité économique.

  LE TUC EN BREF

IdentitéToulouse Université Club, fondé en 1905 — le plus grand club omnisports du Sud-Ouest.
Périmètre18 sections sportives indépendantes (≈ 6 300 adhérents), portées par l’Omnisport, Vacances & Formation et Santé (présidence commune).
Quatre pôlesExpériences sportives • Jeunesse • Emploi & Compétences • Santé & Prévention.
ValeursForce • Union • Toulouse • Performances.
Activité≈ 3 000 enfants en loisirs/vacances • ≈ 300 personnes formées par an • ≈ 3 000 personnes touchées via le partenariat Decathlon.
ModèleBudget consolidé ≈ 4,5 M€ • ≈ 28-29 % de subventions publiques • mutualisation et diversification des finalités.
À venirSection multisport « littératie physique » (5-13 ans) • premier ALAE sportif • centre européen de la littératie physique (événement 1-2-3 octobre, avec Sport for Life).
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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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