Tests d’aptitudes physiques en 6e : mesurer ou appauvrir l’EPS ? par Éric Donate et Claire Sackepey
Éric Donate et Claire Sackepey, membres de la direction nationale du SNEP-FSU, livrent dans le café pédagogique une lecture critique des évaluations physiques en 6e. À travers ces tests, ils interrogent moins les résultats que ce qu’ils révèlent des politiques éducatives actuelles. Entre mesure des aptitudes et transformation de l’école, c’est la place même de l’EPS qui est en jeu.
A lire
Des tests qui confirment les inégalités plus qu’ils ne les expliquent
Les résultats publiés en 2026 montrent un recul global du niveau physique des élèves, mais surtout une forte corrélation avec les inégalités sociales et de genre. Endurance, force ou vitesse : les écarts entre établissements favorisés et défavorisés, ainsi qu’entre filles et garçons, sont marqués. Pour les auteurs, ces tests n’apportent pas de révélation nouvelle : ils objectivent des réalités déjà connues, notamment le rôle déterminant de l’accès aux pratiques sportives hors de l’école. Leur généralisation partielle, hétérogène selon les établissements, interroge également leur impact sur les apprentissages, certains élèves étant testés au détriment du temps consacré aux activités physiques, sportives et artistiques (APSA).
Une dérive vers une EPS sanitaire au détriment des apprentissages
Au-delà des résultats, c’est la logique même du dispositif qui est critiquée. Les remédiations proposées apparaissent générales, peu ancrées dans les apprentissages techniques et traduisent une vision davantage centrée sur la condition physique que sur la culture sportive. Les auteurs dénoncent une approche différenciée selon les niveaux, où seuls les élèves les plus performants bénéficient d’apprentissages qualitatifs, tandis que les autres se voient proposer des réponses quantitatives ou floues. Cette évolution s’inscrit, selon eux, dans une transformation plus large de l’école, marquée par la montée des logiques d’évaluation, de classement et de pilotage par les résultats, au risque de dénaturer le sens même de l’enseignement de l’EPS.


