Présidentielle 2027 – Panorama Haut Niveau / Haute Performance #1 : Faut-il être inquiet pour la haute performance française ?

Dans un entretien accordé à L’Équipe le 13 octobre 2026, Yann Cucherat, manager général de la haute performance de l’Agence nationale du sport (ANS), dresse un premier bilan de l’olympiade et réclame de la stabilité. À l’heure où l’avenir de l’Agence fait débat et où la campagne présidentielle s’ouvre, ce premier épisode pose la question : faut-il être inquiet ?

Ce que dit Yann Cucherat

  • Sur les résultats : « la photographie de nos résultats sur les Championnats du monde n’est pas pleinement satisfaisante par rapport à la trajectoire attendue. Elle nous place plutôt à la 7e place mondiale alors que l’objectif est la 5e ». Le paralympisme est mieux orienté : « on peut tendre vers le top 5 ».
  • Sur l’état d’esprit : « j’entends un certain ronron depuis les Jeux de Paris 2024. Mon rôle est de tenir en éveil tous les acteurs ».
  • Sur la concurrence : il cite l’Allemagne, « qui a fait un copier-coller de notre stratégie « Ambition Bleue » et vient de créer son agence », l’Angleterre, l’Italie, l’Australie et le retour des athlètes russes.
  • Sur les moyens : « Les moyens de la haute performance (110 M€) sont stables mais on a perdu quatre personnes à la cellule haute perf depuis la fin des Jeux alors que la mission s’élargit ».
  • Sur l’avenir de l’Agence : « Une médaille aux Jeux se prépare dix ans avant. Sans pilote pour tenir ce cap, sans cellule en charge de la haute perf, on la perd dès aujourd’hui ».

Haut niveau, haute performance : de quoi parle-t-on ?

Le haut niveau est une filière et un statut définis par le code du sport : inscription sur les listes ministérielles (Élite, Senior, Relève, Reconversion, complétées par les listes Espoirs et Collectifs nationaux), projets de performance fédéraux, réseau de structures (INSEP, CREPS, pôles) et droits ouverts aux sportifs. La haute performance en est le dernier étage : les athlètes et équipes à potentiel de médaille aux Jeux et aux championnats du monde, ciblés et accompagnés individuellement dans le cadre de la stratégie Ambition Bleue. Le premier relève d’une logique d’accès et de structuration, la seconde d’une logique de résultat et de sélection. Le lien entre les deux est essentiel sans filière d’accès au haut niveau, pas de haute performance. C’est toute la limite du  scénario 3, le retour d’AP 22, pour la présidentielle.

Un bref historique

Après l’échec des Jeux de Rome (1960), un audit demandé par le général de Gaulle conclut à la nécessité « de privilégier une organisation permettant une action rapide et efficace face à la lourdeur des bureaux administratifs du Ministère » : la Délégation générale à la préparation olympique est créée. Depuis, la préparation olympique est gérée hors de l’administration centrale, par des structures successives : groupement d’intérêt public du sport d’élite et de la préparation olympique, service à compétence nationale rattaché au cabinet du ministre, services de l’INSEP, puis Agence nationale du sport à partir d’avril 2019. La stratégie Ambition Bleue est publiée en septembre 2020. À Paris 2024, la France obtient 64 médailles olympiques (5e nation, contre 33 médailles et la 8e place à Tokyo) et 75 médailles paralympiques (8e nation, contre 55 et la 14e place).

Depuis Paris 2024, le sport français a engagé sous la direction de Yann Cucherat Manager Général de la Haute Performance de l’Agence Nationale du Sport ANS une nouvelle phase décisive avec la stratégie Ambition Bleue 2025-2032. Conçue pour inscrire durablement la France dans le Top 5 olympique et paralympique, elle s’appuie sur un modèle rénové, fondé sur l’exigence et le pilotage partagé.

Alors, faut-il être inquiet ?

À la question, Yann Cucherat répond : « Non mais il faut rester vigilant ». Trois signaux ressortent de l’entretien : des résultats mondiaux en deçà de la trajectoire, une concurrence qui se structure, souvent en s’inspirant du modèle français, et une incertitude institutionnelle qui, selon lui, « fragilise tout le système ». Les objectifs restent fixés : le Top 5 olympique et paralympique à l’horizon 2032 et, pour les Jeux des Alpes françaises 2030, « se rapprocher de 28 médailles » olympiques et de 24 paralympiques.

Les prochains épisodes de ce panorama s’appuieront sur les données : dix ans de sportifs de haut niveau, leur répartition par région et par département, et le lien entre licenciés et sportifs de haut niveau.

Sources : entretien de Yann Cucherat, propos recueillis par Rachel Pretti, L’Équipe, 13 octobre 2026 ; ANS, Ambition Bleue 2025-2032.

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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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