Pourquoi les trois scénarios de l’IG (Inspection Générale) ne permettent pas de décider de l’avenir de l’ANS – Agence nationale du sport ?
Il y a des rapports qui sortent, et d’autres qui ne sortent jamais. Trop confidentiels, trop sensibles, ou tout simplement pas à la hauteur m’expliquait un jour un ancien inspecteur. Mystère. On ne sait pas à quelle catégorie appartient celui de l’inspection générale (des 3 inspections en réalité) sur le devenir de l’Agence nationale du sport : annoncé, attendu, commenté, mais toujours absent de l’espace public, … alors que l’ANS consacre aujourd’hui une réunion au sommet pour écrire la feuille de route 2026-2030″ sur … « sa gouvernance » ! C’est magique, faire plancher tous membres de l’ANS sur une feuille de route alors que le sort de l’ANS n’est toujours pas encore décidé officiellement selon nos informations.
Les inspecteurs ne se mouillent pas.
Quelques gouttes d’encre ont toutefois filtré. Et elles confirment une impression déjà bien connue : les inspecteurs ne se mouillent pas. Partant du constat que l’action de l’agence doit évoluer, la mission identifie trois trajectoires possibles, en en détaillant pour chacune les conditions de mise en œuvre et les conséquences en matière de gouvernance, de moyens, d’organisation et de ressources humaines. Mais sans jamais trancher. La mission indique explicitement ne privilégier aucun scénario.
Autrement dit, chacun est posé sur la table… sans que personne ne soit invité à choisir. Une posture qui n’étonne guère. Comme je l’écrivais récemment à propos du triptyque acteur–système–décision, il est toujours délicat pour une inspection de tirer contre son propre camp.
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Selon nos informations, de fortes divergences ont d’ailleurs traversé la mission, entre des approches très radicales du côté des finances et des positions plus conservatrices du côté des sports. Résultat : le rapport est sur le bureau du gouvernement depuis plusieurs semaines, et aucune décision n’a été prise.
Trois scénarios pour ne pas choisir ?
Le premier scénario s’inscrit dans une logique de continuité. L’agence conserve l’ensemble de ses missions, du développement des pratiques à la haute performance, avec l’objectif affiché d’optimiser l’existant (fusion des PSF et des contrats de développement) . Il s’agit pour l’Etat de reprendre la main dans le cadre du COM (contrat d’objectif et de moyen) et d’aller jusqu’à réviser la convention constitutive de l’agence en ré interrogeant les membres fondateurs selon leurs contributions au développement. (visiblement la mission n’a pas voulu comprendre les principes fondateurs de l’ANS qui visaient à consolider les contributions directes et indirectes de chaque acteur) la mission aurait pu lire cet article qui explique l’impérieuse nécessité de consolider les moyens apporté par chaque partenaire. Exit ce premier scénario qui va contre le principe d’autonomie des collectivités locales. Comment imaginer une seconde que les collectivités contribue au financement de l’ANS alors que ce sont elles qui financent tous les projets portés par l’ANS !
Le deuxième scénario propose un rééquilibrage. Le développement des pratiques serait repris en main par l’administration centrale, tandis que l’agence se recentrerait sur la haute performance. Ce scénario vise une clarification des responsabilités et un pilotage plus direct de l’État, mais suppose une réforme juridique et organisationnelle non négligeable le passage en établissement public. La déclinaison sur les territoires s’appuierait sur les MRP situés dans les CREPS écrit la mission. La mission aurait pu lire cet article et aurait compris que ce n’est pas la meilleure solution…
Le troisième scénario marque une rupture plus franche. Il repose sur la suppression de l’agence et la redistribution de ses missions : le développement des pratiques relèverait du ministère, tandis que la haute performance serait confiée à un pôle national spécialisé au sein de l’INSEP. L’objectif affiché est la simplification du paysage institutionnel, au prix toutefois d’une réforme lourde et d’un coût élevé de conduite du changement. Ça c’est sur ! et surtout il faudra expliquer comment l’INSEP pourra être juge et partie en étant à la fois au pilotage et évaluateur du HN et en même temps opérateur du dispositif. Exit ce scénario !
Mais un angle mort demeure, et il est de taille, la gouvernance sur les territoires.
Dans les trois scénarios esquissés, l’évolution de la gouvernance est pensée exclusivement à l’échelle nationale, depuis Paris en quelque sorte. L’État se réorganise, les opérateurs se redistribuent les compétences, les structures changent de périmètre… mais les territoires sont absents du raisonnement. Comme si le développement des pratiques sportives pouvait encore être piloté verticalement, sans prendre acte du fait que l’essentiel de l’action publique se joue désormais au niveau local.
Or, depuis plusieurs années, ce sont bien les collectivités territoriales et le mouvement sportif qui portent, financent et mettent en œuvre le développement des pratiques : équipements, clubs, éducateurs, politiques d’accès, sport-santé, inclusion.
Un scénario alternatif aurait donc pu – et dû – être posé : confier clairement le pilotage du développement des pratiques aux territoires, en articulation avec les fédérations, l’État conservant un rôle stratégique, normatif et d’évaluation. Ce scénario-là n’apparaît nulle part alors que c’était le scénario d’AP 22.
Le gouvernement peut il trancher seul une question qui engage directement les collectivités, sans rouvrir un débat politique plus large sur les compétences ?
Ce silence n’est pas anodin. Il révèle une difficulté persistante de l’État à accepter qu’il ne puisse plus, seul, décider du développement du sport sur les territoires. En creux, il dit aussi pourquoi aucune décision n’a été prise à ce stade : le gouvernement ne peut trancher seul une question qui engage directement les collectivités, sans rouvrir un débat politique plus large sur les compétences, les financements et la gouvernance du sport. Autrement dit, ce que ces scénarios évitent soigneusement, c’est la vraie question : qui pilote quoi, et à quel niveau ? Des EGS Etats généraux du sport s’imposent !


