Pierre Samsonoff, président de S’engager pour tous les footballs « Le football doit redevenir un écosystème cohérent, pas un empilement de silos. »

Le football français est à un point de bascule : populaire et puissant, mais fragilisé par une crise silencieuse qui touche les clubs, les bénévoles et la pratique. Face à un système trop fragmenté, Pierre Samsonoff appelle dans cet entretien à décideusr du sports à sortir des silos pour reconstruire une cohérence d’ensemble, du terrain au haut niveau.
Avec “S’engager pour tous les footballs”, l’ambition est claire : fédérer des acteurs qui ne se parlent plus assez et produire des solutions concrètes, testées sur le terrain.


Vous avez lancé hier la première conférence dans le cadre des réflexions engagées par “S’engager pour tous les footballs”. Pourquoi avoir lancé ce mouvement maintenant ? Quels constats vous ont conduit à agir ? Et quel regard portez-vous sur le football aujourd’hui ?

Pierre Samsonoff :
Nous l’avons lancé parce que nous sommes arrivés à un point de bascule. Le football français reste un sport immense, populaire, structurant socialement… mais il traverse aussi une crise multidimensionnelle : baisse de la pratique dans certaines catégories, essoufflement du modèle associatif, tensions autour de l’engagement bénévole, et instabilité économique du football professionnel.

Le premier constat, c’est que le discours officiel ne suffit plus à rassurer. Sur le terrain, on voit des signaux faibles qui deviennent forts : des clubs qui ferment, des dirigeants épuisés, des difficultés à accueillir correctement les plus jeunes, et une dynamique du football féminin qui reste plus fragile qu’on ne le croit.

Le deuxième constat, c’est le décloisonnement devenu indispensable. Aujourd’hui, trop souvent, on fonctionne en silos : le football amateur d’un côté, le professionnel de l’autre ; les instances fédérales, les districts, les ligues, les collectivités… chacun agit avec ses contraintes, ses priorités, ses calendriers. Mais au final, on aboutit à une vision fragmentée, parfois incohérente.

Et enfin, mon regard est lucide mais pas pessimiste : je pense que le football français a surtout besoin de méthode, de cohérence et de confiance. C’est précisément ce que nous voulons remettre sur la table.

« Déclin des licenciés, féminines en difficulté, clubs fragilisés… » : quel diagnostic posez-vous ?

Pierre Samsonoff :
Le diagnostic, c’est que le football français ne peut plus raisonner uniquement en volume, en chiffres ou en communication. Il faut regarder la réalité : la qualité de l’accueil, la qualité de l’encadrement, la capacité des clubs à tenir dans la durée.

On voit une fragilité dans le renouvellement des plus jeunes : les catégories d’âge 6–13 ans, notamment, sont très sensibles à la qualité du cadre, des infrastructures et de l’expérience proposée. Un enfant ne “s’accroche” pas par un discours : il s’accroche parce que l’environnement est rassurant, organisé, et que l’encadrement est à la hauteur.

Sur le football féminin, il y a une évidence : il ne suffit pas d’afficher des objectifs, il faut construire un modèle viable. Là aussi, on doit sortir de la logique du slogan. D’ailleurs le nombre de licenciées féminines est en baisse malgré les annonces fédérales.  Notre ambition, c’est d’aider à inventer un modèle français solide, au lieu de copier des modèles qui ne correspondent pas forcément à nos réalités territoriales.

Enfin, il y a un sujet majeur : l’érosion du tissu associatif. On était à 19 000 clubs il y a une dizaine d’année on sera à 10 11 000 dans 10 ans.  Quand un club disparaît, ce n’est pas juste une structure administrative en moins : c’est un lieu de socialisation, un cadre éducatif, une identité locale, et souvent un petit système économique qui s’effondre. Ce sujet doit être traité comme un enjeu d’intérêt général.

Quelle est la finalité de l’association ?

Pierre Samsonoff :
Notre finalité est simple : réfléchir collectivement aux grands enjeux du football et tester des idées concrètes sur le terrain. C’est vraiment notre ADN.

Nous ne sommes pas là pour ajouter une structure de plus. Nous voulons créer un espace utile, structuré, qui permette de faire dialoguer des mondes qui se parlent trop peu : acteurs du jeu, clubs amateurs, football professionnel, médias, universitaires, financeurs, entreprises, État et collectivités, supporters.

L’objectif, ce n’est pas “d’avoir raison” dans un débat : c’est de produire un livre de propositions, avec une vision à 10 ans, et surtout des orientations concrètes capables de transformer le quotidien des clubs et l’équilibre global de notre modèle.

Comment peut-on adhérer ?

Pierre Samsonoff :
Nous avons fait un choix clair : l’ouverture. L’adhésion est accessible, avec une cotisation volontairement simple (25€), parce que nous voulons éviter l’entre-soi et favoriser la diversité des profils.

On peut adhérer quand on est dirigeant bénévole, éducateur, arbitre, élu local, acteur institutionnel, ancien joueur, chercheur, partenaire économique, ou simplement passionné qui pense que le football mais aussi le sport en général est un sujet sérieux, socialement majeur, et qu’il mérite mieux que des réactions à chaud.

Le message est : vous n’êtes pas “spectateur” du système. Vous pouvez en être acteur.

Comment avez-vous structuré la réflexion ?

Pierre Samsonoff :
Nous avons structuré le travail autour de six grandes thématiques, parce que le football est un écosystème : on ne peut pas régler un sujet en ignorant les autres.

Ces six axes sont :

  1. Quel modèle de développement des clubs amateurs ?
  2. Performance sportive et formation du jeune footballeur
  3. Gouvernance et démocratie sportive
  4. Imaginer un modèle pour le football féminin
  5. Un football inclusif, responsable et accessible
  6. Réseaux et publics

Ces thématiques ne sont pas des débats abstraits : ce sont les sujets qui conditionnent, très concrètement, l’avenir de nos clubs, la confiance des familles, la qualité de la formation et la soutenabilité du modèle.

Chaque thématique est portée par des groupes ouverts, “mixtes”, avec l’idée de produire un diagnostic partagé, des propositions concrètes, et de tester des expérimentations locales.

Vous assumez donc une démarche “think tank”, mais ancrée dans l’action ?

Pierre Samsonoff :
Exactement. On ne veut pas rester dans une posture de commentaire. Ce que nous cherchons, c’est une intelligence collective qui débouche sur des résultats.

C’est aussi pour ça que nous lançons un cycle de conférences : l’objectif est d’apporter des éclairages d’experts, et surtout d’outiller les clubs et les acteurs du football.

Les thèmes annoncés sont très concrets : commotion cérébrale et suivi médical, évolution du modèle économique du sport amateur, sécurité et organisation des manifestations sportives, ou encore regards croisés sur la formation France/Espagne.

Dans vos travaux, quelle place occupe la rupture entre sport de masse, préformation et football professionnel ?

Pierre Samsonoff :
Elle est centrale. Parce que c’est souvent là que le système se fracture.

On voit bien que le continuum est moins fluide qu’avant : les clubs professionnels recrutent de plus en plus tôt, les structures fédérales se retrouvent contournées, et chacun optimise son intérêt immédiat. Ce n’est pas un reproche moral : c’est un constat systémique.

Mais si on veut préserver un modèle performant et durable, on doit remettre sur la table l’articulation entre formation, éducation, santé, parcours citoyen, et enjeux économiques. Et dans un contexte de crise financière du football professionnel, il y a peut-être paradoxalement une opportunité de rebâtir des coopérations plus solides.

Un dernier mot au lendemain de cette première conférence ?

Pierre Samsonoff :
Ce lancement n’est pas une protestation, c’est une construction. Le football français est à la croisée des chemins : soit on subit l’érosion et la fragmentation, soit on décide de reconstruire un modèle plus cohérent.

“S’engager pour tous les footballs”, c’est une manière de dire : on ne va pas attendre que le système se dégrade pour agir. On se met au travail maintenant, avec ceux qui font le football au quotidien, et avec ceux qui peuvent aider à le transformer.

partager
Twitter
LinkedIn
Facebook
Email
Imprimer
Cet article vous a-t-il été utile ?

contributeur

Image de Patrick Bayeux
Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

plus d'articles

La quinzaine des décideurs

Recevez les derniers articles dans votre boîte aux lettres électronique.

catégories

tags

à lire aussi

A quel point cet article vous a-t-il été utile ?

Cet artcile ne vous a pas été utile?

Newsletter Gratuite

Abonnez-vous à notre newsletter et recevez toute l'actualité des décideurs du sport.