#Municipales2026 – vers une politique sportive intercommunale de nouvelle génération ? par Patrick Bayeux

Mutualiser des piscines, gérer des équipements, soutenir le haut niveau : l’intercommunalité sportive s’est longtemps construite sur une logique de rayonnement et de mutualisation des moyens. Dans un contexte financier durablement tendu, le prochain mandat permettra-t-il de passer d’une logique de gestion à une logique de projet sportif territorial, portée par une véritable ingénierie sportive intercommunale, construite avec le mouvement sportif ?


Le prochain mandat municipal puis intercommunal s’ouvre dans un contexte inédit pour les politiques sportives locales. Contraintes budgétaires durables, attentes renouvelées des habitants, fragilisation du tissu associatif, montée en puissance des enjeux éducatifs, de santé et de cohésion sociale : le sport ne peut plus être pensé comme qu’en terme d’optimisation des moyens et de mutualisation. Il appelle désormais une politique publique à part entière, structurée, lisible et partagée à l’échelle des intercommunalités.

Le fondement de l’intercommunalité : développer le territoire et organiser les solidarités

L’intercommunalité s’est construite comme un outil de développement territorial et de solidarité entre communes. La loi dite “Chevènement” de 1999 a constitué un accélérateur majeur : même si le sport n’a pas été rendu obligatoire parmi les compétences, elle a fourni un cadre politique, administratif et financier permettant de bâtir des équipements que certaines communes ne pouvaient plus assumer seules.
Dans les faits, le sport a été pris en compte à travers deux logiques distinctes :

  • une logique de compétence, centrée sur le transfert et la gestion d’équipements ou de services ;
  • une logique de politique publique, centrée sur un projet sportif de territoire, partagé et orienté vers des objectifs collectifs.
    Or, peu d’intercommunalités ont véritablement franchi le pas d’une politique sportive complète, articulant ces deux dimensions.

Hier rayonnement et économies d’échelle

Historiquement, l’action intercommunale en matière de sport s’est construite autour de deux moteurs complémentaires :

  • Le rayonnement : grands équipements, haut niveau, événements emblématiques pour renforcer l’attractivité
  • Les économies d’échelle : mutualisation pour assumer les coûts d’équipements complexes

D’un côté, les grands équipements structurants, le soutien au haut niveau ou l’accueil d’événements emblématiques ont permis de renforcer l’image et l’attractivité du territoire. De l’autre, l’intercommunalité a souvent été un outil de mutualisation pour assumer des équipements coûteux, complexes à exploiter et difficiles à financer à l’échelle communale. A noter des situation différentes selon que le président de l’EPCI cumule ou pas la fonction avec celle de Maire de la ville Centre.

Passer de la gestion à un projet sportif de territoire

Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus seulement de gérer des équipements intercommunaux ou d’accompagner quelques “têtes d’affiche” (clubs phares, équipes, événements). Cela reste utile, mais ce n’est plus suffisant.
Le mandat à venir doit permettre de franchir une étape : construire une politique sportive intercommunale structurée, fondée sur un projet sportif de territoire clairement assumé et partagé. Un projet qui organise la complémentarité entre communes, donne une direction lisible, fixe des priorités, et garantit des bénéfices concrets pour l’ensemble du bassin de vie : accès à la pratique, apprentissage, animation du réseau associatif, cohésion sociale, santé, jeunesse et équilibre territorial.

Des clubs à structurer à l’échelle intercommunale

Cette évolution ne pourra pas reposer uniquement sur l’action des collectivités : le mouvement sportif doit aussi s’organiser pour répondre aux enjeux d’aujourd’hui.

Le constat : dans la plupart des territoires, les clubs restent structurés à l’échelle communale, de manière isolée, avec des bénévoles sollicités et peu de moyens pour coopérer.
Le besoin : mettre en réseau les clubs, favoriser les coopérations (emploi partagé, matériel mutualisé, projets communs, formation des dirigeants) et accompagner l’émergence d’organisations sportives de bassin de vie.

Se doter d’un service d’ingénierie sportive territoriale

Pour réussir ce changement, l’intercommunalité doit créer un service d’ingénierie sportive territoriale : un service public moderne au service du territoire.
Ses missions :
•       Piloter une stratégie sportive de territoire
•       Apporter de l’ingénierie aux communes
•       Accompagner concrètement le mouvement sportif
•       Organiser la coopération intercommunale : mise en réseau des clubs, professionnalisation, soutien aux bénévoles
•       Coordonner les projets éducatifs et sportifs
•       Mutualiser les ressources quand c’est pertinent

Il ne s’agit plus uniquement de gérer des équipements ou d’attribuer des subventions, mais de piloter une stratégie, d’apporter de l’ingénierie aux communes et d’accompagner concrètement le mouvement sportif.

Politique sportive intercommunale : projet de territoire ou compromis entre communes ?

Reste une question qui dérange : peut-on vraiment piloter une politique sportive intercommunale solide… sans élus intercommunaux directement élus au suffrage universel ? Tant que l’EPCI n’est pas perçu comme un niveau politique pleinement légitime, le sport risque d’être géré “à l’équilibre”, au gré des rapports de force et des arrangements entre communes. D’où un impératif : remettre de la rationalité dans la décision,

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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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