Jeux olympiques d’hiver : L’important, c’est de participer. Vraiment ? par Eric de Fenoyl.
Trois places supplémentaires pour les skieuses françaises… et pourtant, personne ne partira.
Derrière un simple “refus de quota”, c’est le rêve olympique de trois athlètes qui s’éteint.
Une décision qui interroge pour Eric de Fenoyl.
La semaine dernière étaient arrêtés les quotas masculins et féminins pour les Jeux Olympiques d’hiver de Milan-Cortina. C’est l’événement attendu par des sportifs qui, depuis des années (bien plus que 4), « rêvent des jeux » et vivent pour eux.
Le nombre maximum d’athlètes n’étant pas extensible à l’infini (par genre 151 plus deux pour le pays hôte) et le nombre de nations comptant des athlètes éligibles, c’est-à-dire remplissant des conditions de minima relevant davantage du haut niveau que du niveau mondial, augmentant année après année, le quota des « grandes » nations diminue à chaque édition.
En ski alpin, le quota initial était ainsi, pour la France, de 8 pour les femmes et 6 pour les hommes. Il était plus important pour les femmes que pour les hommes alors que ces derniers sont actuellement plus performants que l’équipe féminine en reconstruction, parce que le ski reste, dans de nombreux pays, un sport masculin. Dans de nombreux pays c’est malheureusement le sport qui est plus masculin que féminin.
Cette année en ski alpin seule la Suisse avait obtenu, dès l’allocation initiale, les quotas maximum (11 places) pour les hommes et les femmes.
Une réallocation qui change tout… sauf pour les Françaises
Certains pays n’utilisent pas leurs quotas ou leurs entiers quotas initiaux, parce qu’ils ne souhaitent pas participer ou parce que les athlètes éligibles ne le souhaitent pas, ont pris leur retraite sportive ou sont blessés. Une réallocation intervient alors.
Au titre de cette réallocation la France a pu bénéficier d’une place supplémentaire pour les hommes, place qu’elle a évidemment saisie. Elle s’est vu proposer trois places supplémentaires pour les femmes, qu’elle a refusées. La page du site de la FIS mentionne : « Maximum NOC quota reached (8 + 3 refused) » (
Trois skieuses qui auraient pu participer à la grande fête olympique ne prendront pas la direction de Cortina. Des jeunes femmes qui depuis des années luttent contre le froid, la neige et le vent, se levant tôt les matins d’hiver mais aussi d’été (lorsque leurs congénères font la grasse matinée après des soirées festives) et d’automne, sur des glaciers souvent lointains. Trois jeunes femmes n’iront pas à la fête dont elles rêvent et pour laquelle elle se battent, non pas parce qu’elles ne méritaient pas leur place (la réallocation a été proposée), mais parce que ces places ont été refusées par leurs instances sportives nationales.
Ces places seront utilisées par trois skieuses coréenne, andorrane et tchèque (pays ayant bénéficié de la réallocation des places refusées), moins bien classées. Trois skieuses françaises verront peut-être des collègues de courses, qu’elles battaient peut-être depuis des années, prendre la direction de Cortina parce qu’elles ont une autre nationalité, parfois une double nationalité.
Une décision qui pose une question de stratégie fédérale
Ce refus de places pose une question de stratégie.
Depuis plusieurs saisons on voit des fédérations inscrire à des épreuves de la coupe du monde de jeunes skieuses qui ne marquent pas toujours de points (seules les 30 premières le font). Cette stratégie consistant à envoyer tôt dans le « grand bain » est celle de l’Italie, de la Suisse, de la Croatie, de l’Allemagne … Ce n’est pas celle de la France qui, à plusieurs reprises, n’a pas utilisé son entier quota lors d’épreuves, principalement féminines, de coupe du monde.
Certes la stratégie peut faire débat entre les bénéfices escomptés d’une précoce confrontation au très haut niveau mondial et les risques d’un découragement devant le constat d’une marche résiduelle trop importante.
Les Jeux Olympiques : une fête… et trois absences
Mais là il est question des Jeux Olympiques, de la fête universelle.
Celle où l’important c’est de participer.
Il faudra penser à ces trois jeunes femmes qui, on leur souhaite, rechausseront leurs skis sans avoir le cœur trop lourd. On a envie de leur dire que l’important c’est de continuer.


