CMQ sport : en Occitanie, les STAPS absentes de la feuille de match d’un dispositif qu’elles alimentent
Alors que les Campus des métiers et des qualifications (CMQ) sont présentés comme des outils structurants pour rapprocher formation, emploi et développement territorial, leur mise en œuvre dans le champ sportif interroge les équilibres institutionnels. En Occitanie, la gouvernance du CMQ sport semble en effet dessiner une nouvelle hiérarchie entre acteurs… dans laquelle les formations universitaires STAPS apparaissent reléguées au second plan.
Un dispositif territorial qui recompose le pilotage de la formation sportive
Pensés pour favoriser la coopération entre lycées professionnels, organismes de formation, acteurs économiques et collectivités, les CMQ doivent contribuer à rendre plus lisibles les parcours de formation et à mieux répondre aux besoins en compétences des filières. Dans le sport, l’ambition est forte : structurer une offre cohérente à l’échelle régionale et accompagner les transitions professionnelles.
Mais derrière cette logique de coordination territoriale se joue aussi une recomposition du pilotage des formations. Les textes d’organisation du CMQ sport en Occitanie montrent que l’accès au consortium et la participation aux décisions stratégiques reposent sur un processus d’adhésion encadré, dans lequel les CREPS occupent une position centrale.
Les formations STAPS au banc des remplaçants ?
Le CMQ vise pourtant à structurer des passerelles entre formations secondaires, supérieures et professionnelles, dans une logique d’écosystème.
Or, alors même que les formations universitaires STAPS représentent près de 60 % des diplômés du champ sportif, leur place dans le dispositif apparaît incertaine.
Elles peuvent adhérer en tant que membres associés — au même titre que des associations, entreprises ou collectivités — sous réserve de validation.
Une situation paradoxale :
les principaux producteurs de compétences du secteur sont invités à participer… mais sans garantie d’être pleinement décisionnaires.
Spectateurs, supporteurs équipier titulaire ?
La logique de gouvernance actuelle interroge donc le positionnement réel des universités et des formations STAPS au sein des CMQ sport :
- simples observateurs ?
- partenaires opérationnels ?
- ou véritables co-pilotes stratégiques ?
quelle est leur place ? La grille d’adhésion elle-même — spectateur, supporter, équipier, titulaire — traduit une hiérarchisation implicite des rôles. Dans ce jeu institutionnel, quelle place est réellement accordée à ceux qui forment l’essentiel des professionnels du sport ?
- Adhérent spectateur : 300 € par an
- Adhérent supporter : 500 € par an
- Adhérent équipier : 1 000 € par an
- Adhérent titulaire : 3 000 € par an et plus
Une gouvernance stratégique concentrée autour des CREPS
Le règlement intérieur rappelle que le campus fonctionne selon un principe de consortium, fondé sur une gouvernance partagée et une co-construction des actions.
Dans les faits, les membres fondateurs identifiés comprennent notamment le rectorat, la Région, le CROS… et les deux CREPS d’Occitanie.
Surtout, la procédure d’adhésion des nouveaux membres révèle un point décisif :
- toute demande est instruite par le directeur opérationnel,
- puis les deux directrices de CREPS disposent d’un délai pour émettre leur avis,
- l’adhésion est validée en cas d’accord unanime.
Autrement dit, l’entrée dans le campus — et donc l’accès à la gouvernance et aux projets structurants — dépend directement de leur position.
Une recomposition silencieuse du système sportif
Au-delà du seul cas occitan, cette situation pose une question plus large sur l’évolution de la gouvernance du sport et de ses formations. À mesure que les CMQ deviennent des lieux de structuration territoriale, ils redéfinissent les rapports de force entre établissements de formation, services de l’État, opérateurs publics et mouvement sportif.
Le risque est alors de voir s’installer une logique dans laquelle l’enseignement supérieur, pourtant central dans la production de compétences et l’innovation pédagogique, se trouve repositionné comme un partenaire parmi d’autres — mobilisé sur des projets, mais moins associé aux décisions structurantes.
Former l’essentiel des professionnels du sport sans participer pleinement aux orientations du système : simple anomalie transitoire… ou nouvelle norme en train de s’installer ?


