« Agir tous ensemble. Et agir à tous les niveaux. Ouvrons grand la SOP », entretien avec Amélie Oudéa-Castéra 

À l’occasion de la Semaine Olympique et Paralympique, Amélie Oudéa-Castéra la présidente du CNOSF  détaille dans cet entretien la stratégie du mouvement sportif pour répondre à l’un des défis majeurs des politiques publiques : remettre les jeunes en mouvement. Entre héritage de Paris 2024, coopération entre école et club et nouvelles dynamiques territoriales, le CNOSF entend changer d’échelle. Avec une conviction simple : c’est par l’action collective, à tous les niveaux, que se construira une génération 2030 plus active.


La 10ème édition de la Semaine Olympique et Paralympique à l’école se lance. Quoi de neuf ?

AOC – La SOP est désormais pilotée par le CNOSF et le CPSF, c’est une composante de l’héritage des Jeux de Paris 2024 et un rendez-vous auquel nous tenons beaucoup avec Marie-Amélie Le Fur. La SOP est placée cette année sous le signe de l’engagement, pour promouvoir la pratique sportive, mais aussi l’engagement des jeunes comme bénévoles ou comme supporters. Nous sommes heureux d’œuvrer à tout ça, en coopération étroite avec les ministères des Sports, de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur notamment.

Ce millésime 2026 embarque plus de 620 000 élèves à travers plus de 1800 projets portés partout en France par la communauté éducative et le mouvement sportif. Et plus de 70 athlètes sont aussi mobilisés, dont de grands noms du sport comme nos parrain (Nikola Karabatic) et marraine (Marie Bochet) ! Je veux les en remercier. Pour les jeunes, leur présence sur le terrain fait une énorme différence.

Sur la pratique sportive des jeunes, où en sont les chiffres ?

AOC – Il y a les problèmes structurels que l’on connaît : 73% des 11-17 ans ne sont pas aux standards d’activité physique et sportive recommandés par l’OMS. Le cocktail inactivité physique + dépendance aux écrans place même 49% d’entre eux en situation de risque sanitaire élevé. Mais d’autres chiffres plus nouveaux font froid dans le dos, comme la progression des troubles anxieux qui affectent désormais un adolescent sur deux. Ou comme le fait que, si rien ne change, en 2050, 1 enfant sur 3 sera obèse.

Mais disons-le aussi : rien n’est irrémédiable – un jeune qui se remet au sport peut récupérer 5% de ses capacités cardio-respiratoires en moins de 6 semaines – et il y a face à ces enjeux une mobilisation collective et des réponses qui évoluent positivement dans le cadre de l’Héritage des Jeux.

Par exemple ?

AOC – Par exemple, les 30 mn d’activité physique quotidienne (« 30APQ ») sont maintenant déployées dans près de 90% des écoles primaires, et plus de 80% des enseignants en voient les bénéfices sur la vie de classe et la concentration des enfants. Les tests d’aptitude physique sont désormais une réalité à l’entrée en 6ème ; je salue cet engagement tenu qui, sous le pilotage des professeurs d’EPS, va donner des points de repère essentiels pour la suite car les résultats montrent l’ampleur du défi à relever. Le rétablissement annoncé du Pass’Sport pour les 6-13 ans, sur lequel le mouvement sportif a beaucoup insisté, est également une bonne nouvelle, même si nous sommes en attente des modalités pour la saison qui se profile.

Du côté des haut potentiels sportifs, les lignes bougent aussi : les places en « sport études » (21 000) augmentent au rythme annoncé ; il faut continuer jusqu’aux 25 à 30 000 escomptés.

Et je veux saluer l’engagement remarquable de nos fédérations. Celles de sport scolaire (USEP, UGSEL, UNSS) et universitaire (FFSU, FFCU) sont fortes de 3 millions de licenciés. Et au total, ce sont plus de 10 millions de jeunes qui sont accueillis dans nos clubs et associations sportives.

A l’international, la France reste mal classée, non ?

AOC – Oui – le dernier classement que j’ai en tête c’est 119ème sur 146 – et pourtant nos atouts sont nombreux. Des professeurs d’EPS bien formés. Un modèle de sport scolaire (NDLR : à ne pas confondre avec le sport à l’école) assez unique en son genre. Un gros réseau bien maillé de clubs sportifs.

Mais l’une de nos difficultés, c’est que les acteurs opèrent encore trop en silo. Il faut beaucoup plus de coopération, notamment entre les établissements scolaires et les clubs sportifs. C’est d’ailleurs l’un des objectifs de la SOP de les rapprocher, nous y tenons beaucoup avec Véronique Moreira, la présidente de l’USEP qui pilote la SOP avec moi côté CNOSF. Cette passerelle – le « une école, un club » qu’on a porté dans le plaidoyer du mouvement sportif pour les municipales – c’est la clé.

Une clé pas très nouvelle…

AOC – Non, mais justement, il est temps de déverrouiller cette coopération. Avec une gouvernance efficace associant écoles et clubs, qui passe par les projets éducatifs territoriaux (PEDT) mais aussi par les projets sportifs locaux, les fameux PSL qui doivent voir le jour avec les élus, au niveau des communes ou des intercommunalités.

Cette coopération doit permettre par exemple une bien meilleure mutualisation des équipements sportifs, selon une logique gagnant-gagnant pour les clubs et les établissements scolaires.

Mais aussi une articulation plus fluide entre temps scolaire et temps extrascolaire ; à cet égard, le mouvement sportif, par la voix du CNOSF, a proposé, dans le cadre de la récente Convention citoyenne sur les rythmes de l’enfant, une sortie à 16h pour tous les élèves, de manière à ce qu’ils aient plus de temps pour pratiquer une vraie activité sportive (ou culturelles) dans nos associations.  

Est-ce vraiment réaliste ?

AOC – On ne peut pas dire que le problème du silo entre les clubs et les écoles n’est pas nouveau et ne rien proposer de nouveau pour le résoudre…Et quand on sait que la journée de certains élèves s’étend aujourd’hui jusqu’à 18h voire 19h, il ne faut pas s’étonner ensuite de statistiques sanitaires alarmantes…

Je relève aussi que la Convention citoyenne va même plus loin que le 16h dans ses propositions, puisqu’elle évoque en cible un 15h30 pour les collégiens. Et regardons les Pays-Bas, qui sont devenus la 3ème plus grande nation de sport aux JO derrière les Etats-Unis et la Chine : chez eux, la journée scolaire s’achève entre 15h et 16h ! Ce n’est sans doute pas tout à fait un hasard.

En tout cas, je pense que cette réforme, qui ne serait pas une révolution mais une évolution, guidée par l’intérêt des enfants (et leur bonheur, puisque 89% des collégiens disent que le sport leur permet de s’amuser !), devra interpeller et mobiliser dans le cadre des futurs débats de la présidentielle. Nous en avons posé les conditions de réussite dans la contribution du CNOSF à la Convention citoyenne.

Vous qui présidez le comité olympique : l’olympisme est-il un vrai levier pour inciter les jeunes à faire du sport ?

AOC – On peut en tout cas dire que les succès sportifs de nos équipes de France, olympique et paralympique, sont parmi les plus puissants facteurs d’inspiration pour la jeunesse !

Et, au-delà des médailles, l’olympisme, c’est aussi des valeurs, une histoire, des apprentissages. La SOP s’appuie sur tout ça : nous mettons dans les mains des enseignants, via la plateforme Génération 2024, plus de 200 contenus et supports pédagogiques, y compris des fiches action sur l’engagement bénévole.

Et d’autres dispositifs moins connus ont vocation à monter en puissance, comme les classes olympiques (937 aujourd’hui), qui permettent aux enseignants d’inscrire leur classe dans un projet pédagogique à l’année. C’est d’ailleurs l’un des points inscrits dans la Convention que nous signons à l’occasion de cette SOP, Marie-Amélie Le Fur et moi, avec Marina Ferrari, Edouard Geffray et les autres ministres concernés.

Vous évoquiez la « Génération 2024 », quid de l’impact d’Alpes 2030 ?

AOC – Le COJOP participe à la SOP 2026 et son rôle montera en puissance d’ici 2030. La plateforme de contenus Génération 2024 gérée par le CNOSF changera très prochainement de nom pour épouser l’horizon 2030. Et la démarche de labellisation des établissements scolaires a déjà été rebaptisée Génération 2030 par le ministère de l’Education nationale.

Mais au-delà de la symbolique des noms, c’est le fond des projets qui va aussi prendre corps avec 2030. Nous y travaillons en équipe, tant pour voir ce qu’il est possible d’accompagner avec le Fonds de dotation de Paris 2024 (NDLR : qui gère le boni de liquidation des Jeux) qu’avec les équipes d’Edgar Grospiron et les régions. Tout le monde a notamment à cœur de faire découvrir la montagne, et ses sports de glisse et de nature, aux jeunes qui en sont éloignés.

Pour le mot de la fin : si vous aviez à résumer la stratégie poursuivie par le CNOSF et le CPSF avec cette SOP, vous diriez quoi ?

AOC – Agir tous ensemble. Et agir à tous les niveaux : sport à l’école, sport scolaire, sport universitaire, sport en club.

Ouvrons grand la SOP !

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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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