À Dijon le gymnase de l’ARSENAL conjugue exemplarité environnementale et défi de la canicule
Classé E3 C2, le gymnase de l’ARSENAL illustre une nouvelle génération d’équipements sportifs : structure bois, isolation paille, lumière naturelle, chauffage urbain et conception bioclimatique. Avec une salle omnisports, un dojo et une salle de boxe sur 2 170 m² de surface de plancher, il associe performance environnementale et qualité d’usage. Son premier retour d’exploitation éclaire aussi les limites du rafraîchissement passif face à une canicule durable.
Dans l’écoquartier de l’Arsenal, l’ambition environnementale du gymnase se lit autant dans sa construction que dans ses espaces intérieurs. Bois apparent, charpente associant bois et métal, éclairage naturel diffus, matériaux biosourcés : l’équipement conçu par Topoïein Studio fait de la sobriété un principe architectural et technique.
Son classement E3 C2 dans le référentiel E+C−, « Énergie positive et réduction carbone », associe un niveau élevé de performance énergétique au niveau carbone le plus exigeant de ce référentiel. La qualité du projet tient aussi à sa programmation et à la coopération entre la Ville de Dijon, la SPLAAD, l’équipe de maîtrise d’œuvre et les entreprises.
Trois espaces sportifs et une organisation attentive aux usages
Le gymnase développe 2 170 m² de surface de plancher. Le tableau des surfaces fixe sa surface utile totale à 2 074 m². La salle omnisports et les principaux espaces d’accueil occupent le rez-de-chaussée ; le dojo, la salle de boxe et leurs vestiaires se trouvent à l’étage, accessible par ascenseur.
La salle omnisports de 1 039,9 m² offre une hauteur sous plafond de 7,30 mètres. Son parquet sur lambourdes accueille les sports collectifs, avec panneaux de basket relevables ou rabattables, buts rabattables ou rétractables et équipements de volley-ball. Un tableau de scores et des afficheurs de possession complètent l’installation. Les spectateurs disposent de gradins fixes en bois et d’un espace de 73,6 m², desservi par 72,9 m² de circulation.
À l’étage, le dojo de 169,3 m² dispose d’une hauteur sous plafond de 3,95 mètres et de protections murales adaptées à la pratique. La salle de boxe de 129,2 m², haute de 3,50 mètres, reçoit un sol souple sportif et des panneaux antichocs. Un ring de 5 × 5 mètres et un portique pour sacs de frappe sont prévus hors marché de construction.
| Espaces et fonctions | Surface utile |
| Vestiaires sportifs de la salle omnisports | 59,2 m² |
| Vestiaires sportifs du dojo et de la boxe | 59 m² |
| Deux vestiaires pour les encadrants | 22,9 m² |
| Sanitaires sportifs des deux niveaux | 48,1 m² |
| Accueil et convivialité avec circulation associée | 116,7 m² |
| Sanitaires des spectateurs | 21 m² |
| Bar | 14,6 m² |
| Bureau des associations | 12 m² |
| Loge et infirmerie | 11,1 m² |
| Stockage de la salle omnisports | 32,7 m² |
| Stockage du dojo et de la boxe | 20 m² |
| Rangement de l’espace de convivialité | 6,1 m² |
Les accès des pratiquants, des spectateurs et les accès techniques sont distingués. Douches accessibles, casiers, fontaine à eau et défibrillateur complètent l’équipement, classé établissement recevant du public de type X, de troisième catégorie.
Le bois et la paille au cœur de la construction

La salle omnisports associe parquet sportif et charpente bois et métal. Photo Nicolas Castets.
L’enveloppe repose sur une ossature bois isolée en paille, complétée par des caissons de toiture bois-ouate. La charpente associe le bois au métal pour franchir les grandes portées de la salle omnisports. Les panneaux de murs et les caissons de toiture ont été préfabriqués dans les ateliers des charpentiers locaux CBF et ALD, afin d’améliorer la qualité de mise en œuvre et d’optimiser les opérations de levage.
Le projet mobilise 330 m³ de paille en murs, soit environ 1 580 bottes, 70 m³ de ouate en murs et 400 m³ en toiture. Les 400 m³ de bois comprennent 100 m³ pour la charpente. La fibre de bois représente 1 800 m² en extérieur des murs et 1 900 m² en toiture.
Les matériaux permettent le stockage de plus de 400 tonnes de CO₂. Ce stockage contribue à la démarche de réduction de l’empreinte carbone, dont l’évaluation globale porte sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment.
Le confort acoustique bénéficie de 1 700 m² de panneaux en plafond et de 650 m² en murs. Ce traitement accompagne les usages d’un équipement où les impacts de ballons, les voix et les activités simultanées peuvent dégrader les ambiances sonores.
Le chantier s’est déroulé sur douze mois, de janvier 2025 à janvier 2026.
Lumière naturelle et sobriété énergétique

Le dojo bénéficie de lumière naturelle et de brasseurs d’air. Photo Nicolas Castets.
Les sheds orientés au nord structurent l’architecture. Ils apportent une lumière diffuse à la salle omnisports, aux circulations de l’étage, au hall, à la salle de boxe et au dojo. Cette disposition recherche un éclairage homogène tout en limitant les apports solaires directs sur les espaces de pratique. L’enveloppe blanche de la grande salle réfléchit une partie du rayonnement solaire.
La consommation conventionnelle d’énergie primaire est de 85,1 kWhep/m².an, contre une référence de 144 kWhep/m².an, soit un gain d’environ 41 %. Cette performance calculée sera complétée par le suivi des consommations en exploitation. Le classement E3 C2 inscrit l’équipement dans une démarche associant efficacité énergétique, recours aux énergies renouvelables et réduction de l’empreinte carbone des matériaux et équipements.
Le chauffage et la production d’eau chaude sanitaire sont raccordés au réseau de chauffage urbain de Dijon. La production d’eau chaude est centralisée au cœur des vestiaires. Trente panneaux photovoltaïques totalisent une puissance de 13,2 kWc. L’étanchéité à l’air atteint n50 = 0,51 h⁻¹ et Q4Pa-surf = 0,37 m³/h.m².
Le renouvellement d’air associe ventilation mécanique et ventilation naturelle. Dans la grande salle, les gaines de soufflage sont dissimulées au-dessus des panneaux rayonnants, tandis que la reprise d’air est intégrée sous les gradins. Les ouvrants asservis profitent d’un air extérieur plus frais. Des brasseurs d’air complètent le dispositif dans le dojo et la salle de boxe.
Les eaux pluviales des toitures sont dirigées vers une fosse de Stockholm, un dispositif qui bénéficie au jardin public arboré voisin. La démarche bioclimatique concerne ainsi le bâtiment comme son insertion dans le quartier.
Un coût maîtrisé et en dessous du prévisionnel
Le bilan d’opération du 30 septembre 2026, établi après solde des décomptes généraux définitifs des entreprises, affiche un poste travaux de 4 500 525 € HT, soit 5 400 630 € TTC soit 2073 € HT/m². Ce périmètre comprend notamment les branchements, les révisions et des commandes complémentaires.
Le coût global de l’opération atteint 5 614 064 € HT, soit 6 736 877 € TTC, en intégrant les études, les honoraires techniques et les autres frais d’opération. Il se situe environ 286 000 € HT sous l’enveloppe de 5,9 millions d’euros HT du prévisionnel 2023, soit un écart de 4,85 %.
Une programmation et une conduite d’opération saluées
Matthieu Dumont Girard, référent sécurité et grands travaux à la direction des sports, souligne le rôle du programme élaboré avec l’appui d’ISC : « La SPLAAD et l’archi ont vraiment apprécié la qualité et le détail du programme, ce qui a facilité le projet en phase de DCE, et après. »
La définition des espaces, des besoins des utilisateurs, des exigences techniques et des conditions de fonctionnement a ainsi constitué un socle pour le projet. Le référent salue également le travail de Topoïein Studio : « Ce fut une très bonne coopération aussi bien professionnellement qu’humainement. »
La conduite d’opération a joué un rôle essentiel : « La SPLAAD a été déterminante dans cette opération », estime-t-il, qualifiant le chargé d’opération de « pilote remarquable ».
Autour de Topoïein Studio, architecte mandataire, l’équipe réunit Assemblage Ingénierie Bois pour la structure, Elithis pour les fluides, la thermique, l’acoustique et la sécurité incendie, ECP Associés pour l’économie de la construction et Verdi pour les voiries et réseaux divers.
La salle de boxe et son ring. Photo Nicolas Castets.

Face à la canicule la performance du bâtiment rencontre celle des usages
L’exemplarité de l’ARSENAL rend son premier retour d’exploitation particulièrement instructif. Lors de l’épisode chaud de mai, les températures élevées en journée redescendaient la nuit. Le résultat a été favorable : « Ouvrants et brasseurs d’air ont eu l’effet escompté », rapporte Matthieu Dumont Girard. L’isolation, l’orientation et la limitation du rayonnement direct ont contribué à contenir la surchauffe.

Les sheds et la lumière diffuse participent à la conception bioclimatique. Photo Nicolas Castets.
La canicule de juin a posé une autre difficulté. Une canicule se caractérise par une chaleur intense qui persiste de jour comme de nuit pendant au moins trois jours, selon des seuils départementaux. Les nuits chaudes réduisent alors les possibilités d’évacuer la chaleur accumulée. La distinction utile pour le bâtiment porte donc sur la disponibilité d’une fraîcheur nocturne, et non sur une opposition absolue entre vague de chaleur et canicule.
Même une enveloppe performante ne permet pas aux seuls ouvrants et brasseurs d’air de garantir une salle à 25 °C dans ces conditions. Les brasseurs améliorent la sensation de fraîcheur sans abaisser la température de l’air. Pour maintenir durablement une température sensiblement inférieure, une production de froid devient nécessaire lorsque ces leviers ne suffisent plus.
Le constat invite également à réfléchir aux horaires et à l’intensité des séances, notamment entre 16 h 30 et 19 h 30, période la plus chaude observée dans le gymnase. « Peut-être faudrait-il questionner l’usage car le “bâtit” ne pourra pas apporter toutes les solutions », souligne Matthieu Dumont Girard. Il formule ainsi l’arbitrage : « Soit on produit du froid, soit on questionne les usages… »
Ce premier retour devra être consolidé lors de l’été suivant, les systèmes passifs n’étant pas encore pleinement opérationnels. L’ARSENAL reste une référence par la cohérence de son programme, ses matériaux biosourcés, sa qualité de lumière et sa performance énergétique. Son suivi en exploitation enrichira les prochains projets de construction et de rénovation sportive.
Sources et crédits
Dossier du gymnase de l’ARSENAL : présentation Topoïein Studio aux Assises, plans du dossier des ouvrages exécutés, tableau des surfaces, panneau pédagogique, bilan financier du 30 septembre 2026 et récapitulatif des marchés mis à jour le 6 octobre 2026. Témoignage de Matthieu Dumont Girard, direction des sports de la Ville de Dijon.
Photographies extraites de la présentation Topoïein Studio. Crédit photographique : Nicolas Castets.
Référentiel E+C− : ministère chargé de la Construction, « Niveaux de performance ». https://rt-re-batiment.developpement-durable.gouv.fr/niveaux-de-performance-a1122.html


