Damien Got, nouveau président de l’ANDES : « Plus de proximité, plus de services, plus de collectif »
Renforcer l’ancrage territorial de l’Association nationale des élus en charge du sport, défendre les moyens des collectivités et remettre le sport au cœur des politiques publiques : Damien Got expose ses priorités. Le nouveau président de l’ANDES plaide pour un ministère des Sports fort, des financements mieux coordonnés et une gouvernance qui reconnaisse pleinement la responsabilité des élus locaux.
» Nous ne voulons pas simplement défendre la place des collectivités dans le système sportif actuel. Nous voulons contribuer à construire un système sportif plus efficace dans lequel les collectivités occupent enfin la place qu’elles méritent. »
Vous prenez la présidence de l’ANDES. Quelle ambition portez-vous pour l’association ?
Je souhaite que l’ANDES franchisse une nouvelle étape dans son développement. Depuis sa création, elle a accompli un travail considérable pour faire reconnaître les élus locaux comme des acteurs incontournables du sport français. Je tiens à saluer le travail de mes prédécesseurs et des équipes.
Nous devons poursuivre cette reconnaissance et peser davantage dans la construction des politiques sportives nationales. Mais nous devons aussi être encore plus utiles aux élus dans leur quotidien. L’ANDES a été créée pour leur apporter des solutions, défendre leurs intérêts et porter leur voix. Notre ambition est de renforcer notre influence nationale tout en consolidant cette proximité.
Ce retour aux fondamentaux signifie-t-il que l’ANDES s’est éloignée de ses adhérents ?
Le travail réalisé au niveau national a été considérable, sur les Jeux Olympiques et Paralympiques comme sur les piscines et bien d’autres dossiers. L’ANDES est aujourd’hui reconnue et dispose d’interlocuteurs dans les principales instances du sport.
En revanche, nous n’avons peut-être pas suffisamment donné à nos adhérents le sentiment d’être entendus à leur juste valeur. J’ai moi-même essayé de maintenir ce lien à travers l’animation du réseau, sans toujours disposer des moyens correspondant à mes ambitions. Nous devons mieux écouter les territoires, mieux partager les informations et
mieux répondre à leurs préoccupations. Nous ne pourrons pas dire que l’ANDES est forte si nous ne renforçons pas davantage son ancrage territorial.
Comment comptez-vous organiser concrètement ce réseau territorial ?
Nous allons nous appuyer sur 12 référents régionaux – un par région – issus du Comité Directeur. Leur mission sera d’animer leur région avec les référents départementaux, mais aussi de dialoguer avec les ligues, les comités régionaux olympiques et sportifs et les préfets de région.
Nous allons également renouveler le réseau des référents départementaux, avec des élus qui souhaitent s’investir et auxquels nous devons donner des moyens. Cela passera par l’appui renforcé de nos salariés qui se déplaceront et participeront à l’organisation des réunions territoriales du réseau ANDES. Cela passera aussi – bien évidemment – par le fléchage de financements pour mener à bien ces rencontres territoriales.
Pour rendre ce projet réalisable, nous allons lancer un audit financier et organisationnel. Il s’agit de déterminer comment notre fonctionnement et nos ressources peuvent nous permettre de mettre en œuvre notre programme, et quels moyens complémentaires nous devons rechercher.
Quel bilan tirez-vous des conférences régionales du sport et des conférences des financeurs ?
L’idée de réunir les acteurs, de réfléchir ensemble et de construire un projet sportif de territoire a du sens. Le mouvement sportif et les collectivités peuvent y faire entendre leur voix et partager leurs priorités.
J’ai aussi connu des commissions techniques à l’échelle départementales dans lesquelles les services de l’État, le département, les intercommunalités et les représentants du bloc communal examinaient les projets et leur cohérence avec les priorités du territoire. C’était utile pour faire émergée des priorités consenties par toutes et tous et ainsi créer une dynamique commune indépendamment de nos structures ou couleurs politiques.
Mais si, au bout du compte, les préfets décident seuls sans tenir compte des priorités dégagées collectivement, l’intérêt de cette concertation devient difficile à comprendre et perd de son sens. Les élus ont besoin de savoir que le temps consacré à ces échanges débouche sur des décisions qui prennent réellement en compte leur travail. Lorsque ce n’est pas le cas, ils s’investissent là où ils le jugent plus utile. C’est pourquoi nous avons observé une certaine forme de désengagement dans certain territoires où la décision était trop centralisée en préfecture.
Vous appelez à un ministère des Sports fort. Quelle organisation souhaitez-vous pour le sport français ?
Avant de discuter du devenir d’une agence ou d’une conférence, nous devons nous poser une question : quel modèle sportif voulons-nous pour la France ? Je souhaite que nous organisions de grandes assises sur ce sujet.
Le sport doit être reconnu comme une politique publique à part entière. Il concerne la santé, l’éducation, les transports, l’économie ou encore l’aménagement du territoire. Nous devons donc mettre ces acteurs autour de la table, avec un ministère des Sports capable de porter une ambition politique et de coordonner les interventions.
Je m’interroge aussi sur l’empilement des structures. Une organisation dans laquelle le ministère fixe une feuille de route, avec une déclinaison départementale réunissant les acteurs concernés, mérite d’être étudiée. Nous avons besoin de circuits plus simples, de responsabilités plus claires et de financements mieux coordonnés.
Dans ce contexte, quelle est votre priorité sur le financement des équipements sportifs ?
Nous devons obtenir des garanties pour que les moyens destinés au sport bénéficient effectivement au sport. Si les crédits consacrés aux équipements rejoignent des enveloppes généralistes, sans fléchage, nous risquons de les voir passer derrière d’autres priorités.
Un maire qui doit refaire une école ou une route peut difficilement présenter aussi son projet de gymnase lorsque les possibilités de dépôt de dossiers sont limitées. Le sport devient alors une variable d’ajustement.
C’est pourquoi je défends des enveloppes dédiées aux équipements sportifs, y compris dans les dispositifs liés à la transition écologique, notamment le Fonds Vert. Réhabiliter un bâtiment sportif, c’est aussi agir pour cette transition. La coordination entre politiques publiques doit se traduire concrètement dans les budgets. Aujourd’hui, le Projet de Loi de Finances pour 2027 n’offre aucune de ces garanties.
Vous estimez que les collectivités ne sont pas suffisamment respectées. Que voulez-vous dire ?
Les collectivités financent les équipements, les entretiennent, les mettent à disposition et soutiennent les associations. Elles ne peuvent pas être considérées uniquement comme des organismes chargés de payer.
Le mouvement sportif est essentiel au développement du sport. Il doit évidemment être associé à la réflexion lorsqu’une collectivité construit un équipement : nous avons besoin de connaître les usages et les besoins des clubs. Mais lorsqu’il s’agit de financer, de gérer et d’entretenir les bâtiments, la responsabilité des collectivités doit être pleinement reconnue.
Construisons les projets ensemble, en respectant les prérogatives de chacun. Je souhaite que les élus retrouvent de véritables marges de manœuvre et que leur rôle soit davantage reconnu dans les décisions.
Avec l’idée « une commune, un équipement », quel objectif poursuivez-vous ?
Je veux que chaque commune puisse se sentir concernée par le développement du sport. Il ne s’agit pas de construire partout une piscine ou un grand gymnase. Un équipement peut être plus modeste et adapté aux besoins du territoire.
L’accès au sport pour toutes et tous doit être une réalité, en milieu rural comme dans les villes et dans les outre-mer. Cela doit se faire en proximité. Mayotte fait notamment partie des sujets sur lesquels nous devons comprendre les blocages et les difficultés de mise en œuvre des projets.
Cette ambition concerne aussi l’égalité d’accès, quels que soient le sexe, l’origine ou la situation de handicap. Nous devons partir des besoins des habitants et des réalités locales pour apporter des réponses adaptées.
Quels seront les premiers dossiers de votre mandat, et comment aborderez-vous l’échéance présidentielle ?
Mes premières priorités sont de rencontrer les acteurs du sport français, de mettre en place notre organisation territoriale et d’engager le travail avec les référents départementaux. Une association comme la nôtre doit être capable de fédérer autour de ses propositions.
La bataille budgétaire est également immédiate. J’ai déjà été auditionné par le député Benjamin Dirx et nous poursuivrons les échanges avec les parlementaires pour défendre les moyens du sport et des collectivités.
Nous interrogerons aussi les candidats à l’élection présidentielle. Je poserai les mêmes questions à tous, quelle que soit leur famille politique. Je suis là pour défendre une cause et représenter les élus en charge du sport dans toute leur diversité. Le débat doit être franc et respectueux.
À la fin de votre mandat, à quoi jugerez-vous votre réussite ?
À trois choses. D’abord, à la capacité de l’ANDES à renforcer et développer son réseau, en proposant davantage de services et un accompagnement toujours plus proche des besoins des élus locaux, tout en consolidant sa place dans l’élaboration des politiques sportives.
Ensuite, à notre contribution à une évolution de l’organisation du sport français, avec davantage de liberté, moins de lourdeurs inutiles et des financements mieux coordonnés.
Enfin, à une meilleure reconnaissance de la responsabilité des collectivités dans le développement du sport. Les élus doivent être respectés pour ce qu’ils apportent et retrouver de véritables marges de manœuvre. C’est sur ces résultats que je souhaite que nous soyons jugés.


