Amélie Oudéa-Castéra : « Un an après, le cap est fixé et l’action est engagée »

Un an après son élection à la tête du Comité national olympique et sportif français, Amélie Oudéa-Castéra dresse, à l’occasion de l’assemblée générale, le bilan de sa première année de mandat — et trace les perspectives. Elle revendique un CNOSF « à 360 degrés ». Héritage de Paris 2024, défense des moyens du sport, lutte contre les violences, transformation numérique, échéances de Los Angeles 2028 et des Alpes 2030 : elle déroule une feuille de route dense, qu’elle assume à la fois ambitieuse et priorisée. Entretien.


Un an, ou presque, jour pour jour. Dans quel état d’esprit abordez-vous cette assemblée générale ?

Avec beaucoup d’allant. Cette assemblée, c’est le moment de revenir sur un an d’action et, surtout, de tracer les perspectives. J’ai tenu à une lecture simple, en trois temps 1 + 3 + 1  : 1 : l’héritage de Paris 2024 comme point de départ, 3 : un CNOSF fort, utile et moderne comme je l’avais présenté dans ma campagne (A lire ) , et 1 la préparation des prochaines échéances olympiques. C’est cette cohérence d’ensemble qui donne, je crois, sa densité à notre feuille de route.

Commençons par cet héritage. Que reste-t-il, concrètement, 2 ans après les Jeux ?

Du concret, et tout récent. Le conseil d’administration du fonds de dotation, réuni le 24 juin, a acté deux décisions. La première, c’est un appel à projets de près de 5 millions d’euros pour des séjours à la montagne destinés à des enfants. La seconde concerne l’outre-mer : une logique d’abondement pour soutenir nos jeunes athlètes ultramarins, leur permettre de concourir en métropole et de participer aux compétitions de zone. C’était un manque, j’y tenais beaucoup.

Pourquoi la montagne ?

Parce que c’est un trait d’union entre l’héritage de Paris 2024 et les Alpes 2030 : ce seront des enfants des territoires qui ont accueilli les Jeux. Et nous ne nous limitons pas aux séjours d’hiver ni aux seules Alpes,  c’est aussi faire découvrir la montagne en plein air, sur l’ensemble des massifs. Les contours de l’appel à projet seront dévoilés prochainement avec le COJOP d’Alpes 2030.

Premier pilier un CNOSF  « fort ». Dans le débat public d’aujourd’hui, c’est quoi un CNOSF Fort ?

Un CNOSF fort pour faire gagner le sport. C’est d’abord une parole qui porte. Au-delà de la défense des moyens du sport, c’est notre contribution au CESE sur les rythmes de l’enfant, notre plaidoyer pour les municipales, l’animation de la Semaine olympique et paralympique et de la Journée olympique. C’est aussi mobiliser pour préserver le budget du sport, ses cadres techniques, les ressources du mouvement. Et puis, dans l’élan de Paris 2024, prolonger la dynamique du sport qui gagne, vers Los Angeles 2028  et vers les Alpes 2030.

Vous évoquez déjà la présidentielle. Comment comptez-vous peser ?

En nous rassemblant. Huit têtes de réseau du sport français (Comité National Olympique et Sportif Français, Comité Paralympique et Sportif Français, Sportsora, Union Sport & Cycle, La Sportech, ANESTAPS, Cosmos et Fondation du Sport Français)  vont s’assembler pour porter, ensemble, un petit nombre de mesures fortes,  un peu dans l’esprit du pacte écologique de Nicolas Hulot en 2007. Nous interpellerons chaque candidat sur ces engagements. Mais je veux aussi quelque chose d’un peu plus personnel, presque impertinent : leur demander quel rapport ils entretiennent, eux, avec le sport. Quel sportif ils sont.

Deuxième pilier, un CNOSF « utile ». Utile pour qui ?

Utile pour servir les fédérations et le mouvement sportif. Un des sujets prioritaires , c’est la lutte contre les violences, c’est une tolérance zéro.  La lutte contre les violences devient une institution : nous lançons la Fondation pour un Sport sans Violences, dont le premier conseil d’administration se tiendra le 16 juillet. J’en ai confié la présidence à Dominique Mérieux, la présidente de la fédération française de gymnastique,  un symbole, parce qu’il faut montrer que la transformation vient aussi de l’intérieur.

Utile c’est aussi un accompagnement des fédérations sur deux préoccupations majeures du mouvement : les tests de féminité et la cybersécurité.

« Utile », c’est enfin  l’accompagnement des bénévoles. Avec  un partenariat avec le Crédit Mutuel et une plateforme, que nous lançons en septembre, facilitera leur accès à la formation et l’animation des communautés.

Troisième pilier, un CNOSF « moderne ». Vous misez beaucoup sur la donnée et l’intelligence artificielle.

Oui, parce que c’est là que se joue notre capacité à nous projeter, à anticiper les transformations. Nous créons un Conseil de la prospective du sport : les fédérations nous disent leur besoin d’être accompagnées pour penser le sport à dix, vingt, trente ans. Nous avons engagé des contacts avec les grands acteurs de l’intelligence artificielle pour en faire un véritable levier de simplification administrative, au service du mouvement sportif.

Moderne c’est aussi accompagner la transition  des équipements. C’est dans ce cadre que   SportRénov, conduit avec la Banque des Territoires porte sur la création d’ un fonds d’ingénierie et d’une enveloppe de prêts à taux bonifié de plusieurs centaines de millions d’euros, pour devenir le bras armé de la rénovation thermique et énergétique.

Moderne c’est également  l’avenir des jeunes avec l’alliance tripartite MEDEF–CNOSF–France Travail, qui vise l’insertion de 100 000 jeunes par le sport d’ici 2030.

Et enfin moderne c’est la mise à l’étude de  la création d’un véhicule d’investissement dédié au sport professionnel féminin. Je ne peux pas me satisfaire d’une situation où des sections féminines ferment. C’est un sujet de travail, mais je voulais l’ouvrir.

Reste l’avenir immédiat : les échéances olympiques.

Nous annoncerons prochainement notre chef de mission pour Los Angeles 2028 . En attendant, le bail du Club France est confirmé avec la ville de Santa Monica, et nous en construisons le modèle économique. Pour les Alpes 2030, la stabilisation de la carte des sites referme l’étape des fondations : nous entrons désormais dans la planification opérationnelle.

Sur 2030, justement, beaucoup pointent une gouvernance encore fragile. Êtes-vous inquiète ?

Je dirais plutôt exigeante. La fin de l’étape des fondations ne doit pas masquer le chemin qui reste : la planification opérationnelle demande une gouvernance solide et une mobilisation collective. C’est ma vigilance pour les mois qui viennent.

Au fond, après un an, qu’est-ce qui vous porte ?

Le sentiment que nous sommes plus utiles que jamais,  que se décarcasser, ça sert à quelque chose. Et l’unité : il n’y a pas de tensions internes, on avance ensemble. Nous transformons aussi le CNOSF de l’intérieur, en dialogue avec les partenaires sociaux, avec le premier baromètre social de son histoire. Un an après, le cap est fixé et l’action est engagée : un CNOSF plus impactant, clé de voûte d’une grande nation sportive.

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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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