JO d’hiver Alpes 2030 : une loi d’exception pour déroger, sécuriser, accélérer et encadrer

Adoptée définitivement le 5 février 2026, la loi relative à l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver Alpes françaises 2030 installe un cadre juridique dérogatoire, à la fois protecteur pour le contrat hôte, accélérateur pour les projets et plus exigeant sur les enjeux d’intégrité, de contrôle et d’héritage.


« Une boite à outils opérationnelle » pour la ministre des sports.

Un texte pour “verrouiller” le contrat hôte

Premier objectif assumé de la loi : garantir le respect des engagements pris vis-à-vis du Comité international olympique et du Comité international paralympique. Le COJOP Alpes françaises 2030 est reconnu de plein droit comme organisateur des Jeux, sans passer par les procédures classiques du code du sport.
La protection des “propriétés olympiques” est élargie (logos, mascottes, slogans, pictogrammes, œuvres), et le COJOP se voit confier jusqu’en 2030 l’exercice des actions juridiques liées à ces droits, afin de lutter plus efficacement contre l’ambush marketing.

Publicité, marketing : des dérogations très encadrées

Comme pour Paris 2024, la loi ouvre des dérogations ciblées au code de l’environnement en matière d’affichage et de publicité autour des sites olympiques, des relais de la flamme et de certains dispositifs symboliques (compte à rebours, partenaires).
Ces facilités sont toutefois strictement temporaires, géographiquement limitées et assorties d’exigences d’insertion paysagère, avec une interdiction explicite de la publicité aérienne.

Accélérer sans court-circuiter l’environnement

Le texte assume un régime d’exception en urbanisme et en aménagement : participation du public par voie électronique, procédures adaptées pour les installations temporaires, facilitation des acquisitions foncières et des occupations temporaires de terrains.
En contrepartie, le législateur impose une obligation nouvelle de transparence environnementale : estimation d’impact (carbone, biodiversité, sols, eau) en amont, bilan environnemental complet après les Jeux, et plan de réduction des déchets et du plastique avant fin 2028.

Finances : un filet de sécurité, pas un chèque en blanc

La loi autorise les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur à garantir une part d’un éventuel déficit de liquidation du COJOP, dans la limite de 75 M€ chacune.
Cette garantie est strictement conditionnée à des mécanismes de contrôle budgétaire, traduisant la volonté d’éviter tout dérapage financier non maîtrisé.

Gouvernance, éthique, intégrité : le “retour d’expérience Paris 2024”

Plusieurs dispositifs tirent clairement les leçons des précédents Jeux :
– adoption d’une charte du volontariat (droits, devoirs, prévention des discriminations, valorisation des compétences) ;
– présence consultative d’un député et d’un sénateur dans les instances clés du COJOP ;
– transparence annuelle sur les plus hautes rémunérations ;
– contrôle renforcé de l’Agence française anticorruption.

La Cour des comptes est pleinement mobilisée, avec un rapport d’étape attendu en 2028 et un rapport final, avant fin 2031, sur le coût, la gestion et l’héritage des Jeux.

Santé, sécurité, travail : un arsenal spécifique

Le texte autorise la création de polycliniques olympiques temporaires, encadre l’exercice de professionnels de santé étrangers accrédités, renforce les dispositifs de sécurité (contrôles, interdictions de paraître, drones) et prévoit des dérogations temporaires au repos dominical autour des sites, sous conditions de volontariat et de compensation.

Ce qu’il faut retenir

Avec cette loi, l’État assume pleinement un régime juridique d’exception pour Alpes 2030. L’équilibre recherché est clair : sécuriser le contrat hôte et tenir les délais, tout en renforçant les garde-fous en matière de finances publiques, d’environnement, d’éthique et de contrôle démocratique.
La réussite des Jeux se jouera désormais moins sur le droit que sur la capacité opérationnelle des territoires à transformer ce cadre dérogatoire en un héritage réellement soutenable.

Lien vers la petite loi

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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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