La multiplication des fondations : bouffée d’oxygène… ou aveu d’échec pour le sport français ? par Patrick Bayeux

Le sport français se couvre de fondations, de partenariats et de “solutions” périphériques, comme si l’innovation devait désormais venir d’à côté plutôt que du cœur du système. Derrière cette effervescence, une question dérange : assiste-t-on à une modernisation assumée… ou à la preuve que les institutions n’arrivent plus à tenir leurs missions ? La reconversion des athlètes n’en est qu’un exemple : un révélateur d’un modèle qui cherche de l’oxygène oui le marqueur marqueurs d’un sport qui sait mobiliser autour de lui ?


L’annonce du partenariat entre le CNOSF, le CPSF, l’ANS, le ministère des Sports et la Fondation Mercato pour renforcer la reconversion des athlètes de haut niveau a tout d’un signal positif : un acteur spécialisé, une promesse d’accompagnement, et l’idée que l’après-carrière devient enfin un sujet traité sérieusement. Mais derrière cette bonne nouvelle, une question plus politique affleure : pourquoi voit-on apparaître autant de fondations (cf les 13 fondations abritées par la fondation du sport français) et de dispositifs parallèles dans le sport français ? Est-ce la marque d’un écosystème qui se modernise… ou le symptôme d’un système qui n’arrive plus à assurer ses propres responsabilités ?

Un aveu d’impuissance ?

Pour certains observateurs, la multiplication des partenariats et des fondations ressemble d’abord à un aveu : les instances officielles ne suffisent plus. Autrement dit, si l’on doit mobiliser des structures extérieures pour traiter la reconversion (qui relève des missions de service public de l’Etat ! ), c’est peut-être parce que l’État, les fédérations et les opérateurs publics peinent à couvrir ce champ de manière complète, stable et équitable.
La première lecture, la plus directe, est celle d’un désengagement progressif. Quand le ministère s’appuie sur une fondation pour renforcer l’accompagnement social, une suspicion naît : les budgets publics stagnent-ils ? Les moyens sont-ils insuffisants au regard des besoins réels ? Et surtout, la reconversion risque-t-elle de passer du statut de mission de service public au coeur du parcours deu SHN à celui de “complément”, dépendant de la bonne volonté des mécènes, des réseaux et des opportunités ?
Deuxième critique : la complexité. En superposant les acteurs (ANS, CNOSF, CPSF, Ministère, fédérations, fondations…), on peut rapidement produire un mille-feuille où l’athlète — pourtant censé être au centre — finit par ne plus savoir à qui s’adresser, ni quelle porte pousser, ni quels droits mobiliser. La reconversion devient alors une course d’orientation administrative, où les plus informés s’en sortent… et les autres décrochent.


Enfin, il y a le risque d’une responsabilité diluée. Quand une fondation prend en charge un enjeu aussi sensible que l’après-carrière, les fédérations pourraient être tentées — même inconsciemment — de considérer que “ce n’est plus vraiment leur sujet”.

Un écosystème qui se modernise ?

À l’inverse, cette dynamique peut être lue comme une preuve de maturité : le sport français accepte enfin de travailler en réseau, et surtout de sortir de sa bulle institutionnelle. Car la reconversion n’est pas uniquement un sujet sportif. C’est un sujet d’emploi, de compétences, de mobilité professionnelle, de réseau économique. Et sur ce terrain, l’administration — par nature — n’est pas toujours l’acteur le plus rapide, ni le plus efficace pour ouvrir des portes.
En s’appuyant sur une fondation spécialisée, les institutions peuvent au contraire faire un choix pragmatique : connecter les athlètes au monde de l’entreprise, là où se trouvent les opportunités réelles, les recruteurs, les parcours de formation, les mentors et l’accès à l’emploi. Dans cette perspective, la fondation n’est pas un substitut : c’est un accélérateur.
Une logique qui renvoie à une approche “gagnant-gagnant” : un modèle hybride public/privé. L’idée n’est pas de décharger l’État, mais d’ajouter des compétences et des moyens supplémentaires sans faire peser l’intégralité de l’effort sur le contribuable. Alors, le mécénat, les fondations, les partenariats : sont ils des marqueurs d’un sport qui sait mobiliser autour de lui ?

Alors : bon signe ou mauvaise nouvelle ?

La réponse dépend d’un point central : la fondation vient-elle compléter un cadre public solide, ou compenser une défaillance structurelle ?
 Si elle renforce un dispositif existant, clarifie les parcours, simplifie l’accès et améliore la qualité d’accompagnement, alors c’est une bonne nouvelle — et même une preuve de modernisation.
Mais si la fondation devient la condition de fonctionnement de ce qui devrait être garanti à tous les sportifs de haut niveau, alors c’est plus inquiétant. Car dans un modèle où le sport de haut niveau relève historiquement de l’État, la reconversion ne peut pas dépendre du hasard des réseaux, des disciplines, des territoires ou des opportunités.

Des #EGS Etats Généraux du sport s’imposent

En réalité, ce débat dit quelque chose de plus large : le sport français est peut-être en train de changer de modèle. Et la question n’est pas de savoir s’il faut des fondations ou non. La vraie question est : qui porte la responsabilité finale de l’après-carrière, avec quels moyens, et avec quels engagements mesurables ? Des #ESG Etats généraux du sport s’imposent !

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Patrick Bayeux

Consultant, Enseignant chercheur, Docteur en sciences de gestion.

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