Grands événements sportifs : quand le risque redéfinit la géopolitique du possible selon Patrick Roult
Et si le véritable pouvoir dans l’organisation des grands événements sportifs internationaux ne se jouait plus ni au CIO, ni à la FIFA, mais dans les bureaux feutrés des réassureurs mondiaux ?
À travers une lecture croisée de l’article de François Bellanger et des travaux de Jathan Sadowski, se dessine selon Patrick Roult une mutation silencieuse mais radicale : la gouvernance du sport mondial bascule d’une diplomatie des États vers une politique de l’algorithme et du risque.
Uu soft power à la décision assurantielle
Longtemps, l’attribution des grands événements sportifs a reposé sur une diplomatie du prestige, lisible et politiquement débattue. Cette architecture est aujourd’hui fragilisée par l’irruption d’acteurs longtemps périphériques : les réassureurs mondiaux, tels que Swiss Re ou Munich Re. À travers les CAT models, ils ne se contentent plus de couvrir le risque : ils définissent ce qui est assurable, donc ce qui peut être organisé selon Patrick Roult
Une neutralité technique qui recompose le sport mondial
Présentée comme objective, cette gouvernance par le risque masque des choix profondément politiques. Les modèles quantifient les pertes financières mais invisibilisent les coûts sociaux et territoriaux, produisant une sélection silencieuse des lieux “acceptables”. Comme l’analyse Jathan Sadowski, le risque devient un outil central de gouvernement : difficile à contester sans être accusé d’irresponsabilité. Le sport mondial glisse ainsi d’un universalisme proclamé vers une cartographie invisible du possible, tracée par l’algorithme plus que par la décision collective.


